‹ De la restauration de la lèvre inférieure après l'ablation du cancroide :Chapitre 5 sur 22 · INCISION EN ARC · texte numérisé non relu

INCISION EN ARC

Emploi. — Le cancroïde a pris naissance au bord libre de la lèvre, il est étendu horizontalement, mais peu en hauteur, que faut-il faire?

Procédé opératoire. — Si nous mettions en pratique le procédé en V, il est évident que nous serions obligés de sacrifier une notable partie de tissus sains. 11 est bien préférable d'avoir recours à Lablation de la partie malade par une incision courbe qui limite exactement le mal. Les Allemands se servent de la pince de Brüns (1) dont les deux branches sont recourbées à leur extrémité. On place le cam croïde entre les deux branches, de façon qu il se trouve totalement contenu dans leur concavité tournée en haut. Alors, le long de la partie convexe, on glisse un bistouri et on sépare d’un seul trait toute la portion saisie. En France on se sert uniquement des ciseaux courbes avec lesquels on excise le mal d’un seul coup. Après l’opération, on lie les artères et on traite la surface saignante comme une plaie ordinaire sans faire de sutures. Ici la nature se suffit à elle-même et son œuvre est souvent très-heureuse ; quand la cicatrisation est faite, d reste peu ou pas dediffor-

1. Güntlier et Kühn, médecine opératoire, Tome VI et VII Leipsig — - Nous avons puisé quelques renseignements dans ce livre, grâce à l’obligeance de notre ami,M. Auguste Gaclieux, qui a bien voulu nous en donner la traduction.

mité. D’ailleurs, si la lèvre n’était pas très-convenable, on pourrait y remédier.

Nous avons recueilli dans le service de M. Benj. Anger à l’hôpital Saint-Antoine l'observation d’une femme opérée par ce procédé qui a donné de bons résultats : nous croyons devoir la rapporter.

Observation II. — ( Personnelle ).

Derou Françoise, âgée de 76 ans, n’a jamais eu de maladies graves, mais elle porte depuis trente ans à la cornée droite une large taie triangulaire qui l’empêche de voir. Au commencement de l’année dernière, elle remarqua à un centimètre environ de la commissure droite une petite ulcération qui saignait au moindre contact et se recouvrait de croûtes. Ces croûtes tombaient et se renouvelaient presque immédiatement. Le mal s’étendit peu à peu vers la ligne médiane, et, quand la malade se présenta en juin au service de M. Benjamin Anger pour se faire opérer, elle présentait une ulcération mamelonnée, saignant au moindre contact, peu étendue en hauteur, mais occupant tout le bord libre de la lèvre, à l’exception d’un centimètre vers la commissure droite.

Opération en juin 1876. — Le cancroïde est enlevé au moyen de ciseaux courbes; la plaie est pansée à l’alcool camphré; il n’y a pas de complications. 18 jours après son entrée à l’hôpital la malade sortait parfaitement guérie ; la lèvre était rétablie, la parole libre, les dents couvertes: pas de perte de salive, la préhension et la rétention des aliments se faisaient trèsbien.

Récidive. — Il vu cinq mois la malade vit reparaître a la commissure droite un bouton qui. dit-elle, se perça bientôt après. Il occupait à peu près la même étendue que le premier.

- Les ganglions n’étaient point envahis. Nouvelle opération le jeudi 7 juin et enlèvement du cancroïde avec les ciseaux courbes. Pas de chloroforme.

Aujourd’hui 2 juillet, la plaie est presque cicatrisée, la malade parle distinctement; la lèvre supérieure s’applique exactement sur l’inférieure quand la malade cherche à fermer complètement la bouche. — Toutefois, les dents sont encore un peu à découvert, mais il est probable que, sous peu, cette dernière difformité disparaîtra. En somme, le résultat est satisfaisant.

Page 1