Ouérin, médecine opératoire, Paris 1874 page 10 ét
Observation I (1).
Ii s’agit d’un garçon de vingt-trois ans (Courtillac Jean), robuste, bien portant du reste, qui n’a point éprouvé de maladie grave dans le cours de sa vie, et qui n’a jamais été atteint de la vénérienne. Il exerce la profession de maçon: sa maladie de la lèvre date de dix mois environ, et a débuté par une gerçure ou crevasse à la lèvre inférieure. Cette crevasse a persisté avec opiniâtreté, s’est recouverte d’une croûte qui est tombée et s’est reproduite à diverses reprises. Bientôt elle a été accompagnée d’un engorgement qui lui a servi de base, et elle a constitué alors un gros bouton ulcéré qui est devenu le siège d’élancements aigus et fréquents. Ce bouton a grossi peu à peu, mais lentement, et a fini par acquérir le volume d’une petite noisette : il est situé exactement sur la partie moyenne de la lèvre et en occupe tout le bord libre, est recouvert de croûtes sous lesquelles on remarque une ulcération couverte de granulations qui saignent très-facilement; les élancements que le malade éprouve sont fréquents, mais non pas très-violents. Le traitement qu’a fait ce jeune homme pour se guérir de ce mal a été tout-à-fait insignifiant, et n’a pu modifier en aucune façon la marche et la nature du mal dont il est atteint.
M. Velpeau pratique sur ce jeune homme l’opération par la méthode de l’incision en V ; deux incisions obliques de trois quarts de pouce environ chacune et se réunissant à leur sommet, circonscrivent tout le mal et le dépassent de plusieurs lignes. Peu de sang s’écoule pendant cette opération; la plaie est réunie à l’aide de deux points de suture entortillée ; il n’est pas fait d’autre pansement. Aucun accident ne survint après l’opération.
Le mardi 12 novembre, trois jours après l’opération, M. Vel-
1. Leçons orales de clinique chirurgicale du professeur Velpeau. Paris 1841, Tome III, p. 138.
peau ôte l’aiguille inférieure; le 13, il ôte la seconde; un bandage, chargé de ramener les lèvres en avant, est appliqué pour éviter la désunion des parties. La réunion se maintient parfaitement; mais le malade est pris de mal de tète, de fièvre et d’angine tonsillaire ; les ganglions lymphatiques sous-maxillaires deviennent douloureux (sangsues derrière les angles des mâchoires, diète, boissons délayantes) ; une eschare superficielle se mani teste sur le bord de la lèvre intérieure, mais l’adhésion des bords de la plaie persiste. Cet état de fièvre et de malaise a duré encore plusieurs jours sans qu’il soit possible de déterminer à quelle cause les attribuer. Courtillac sort bien guéri le 29 novembre. La réunion de la plaie est très-solide et la difformité très-peu sensible.