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De la Restauration française

Nous arrivons à la dernière, à la plus redoutable crise, à celle où l'on cesse de parler du salut des institutions et des gouvernements pour ne s'occuper que du salut suprême de la Société. Les hommes de bonne volonté doivent se demander, où est la vérité? L'ancien monde est aboli : la royauté est devenue un crime, la religion une étrangère, l'hérédité une injustice, la propriété un mal, et l'obéissance un affront... Deux principes se partagent les âmes : il faut savoir Si r Église devra soimiettre son opinion à l'opinion des hommes, ou Si les hommes devront se soumettre aux principes de l'Église? Jamais question plus pressante et plus malheureuse n'a demandé l'attention des esprits.

La démocratie triomphe, et je viens combattre la démocratie. Les aristocraties sont repoussées, et je viens dire que ce sont elles qui ont créé les nations; les dogmes sont rejetés, et je viens dire que ce sont les dogmes qui ont créé les aristocraties et le capital, ces deux colonnes de toute Civilisation. L'industrie, le crédit, les banques, les emprunts, sont proclamés, et je viens dire qu'ils ont ruiné les peuples ; partout la liberté, les droits et la Révolution s'annoncent, et je viens^ avec ma

conscience seule, combattre la Révolution

Reniant les vérités divines, elle a arraché quelques grands mots à nos langues, elle en a bâti l'édifice où l'homme veut se mettre à l'abri de Dieu ! La loi n'est plus de Droit divin, la Société ne descend plus d'en-Haut ; la justice, le devoir, la Foi, la Souveraineté, tout émane de l'homme, tout remonte du peuple î On veut détruire l'orgueil, en retournant aux sources de l'orgueil; on veut puiser la vie où il a fallu toujours la porter ! On demande le progrès à la Classe qui est restée précisément en arrière; nous attendons la justice et la paix de ceux qu'il faut arracher à la barbarie et au mal I

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On l'a déjà reconnu, la Révolution française ne ressemble à rien de ce qu'on a vu dans le passé. Jamais une civilisation entière n'avait osé rompre tout lien avec le Ciel. Les hommes sont venus dire qu'ils n'existaient plus par les lois do Dieu, mais par leurs propres lois ! qu'ils ne vou-» laient plus s'unir entre eux par leurs devoirs, mais se mettre en rapport par leurs droits ! Voilà soixante ans qu'ils se débattent pour que la Société sorte du christianisme, comme ils sont eux-mêmes sortis de sa morale ; soixante ans qu'ils se débattent pour vivre en société sans obéir, ne voulant même plus payer d'une vertu les bienfaits immenses dont Dieu comble une Civilisation... 0 prudents, ô sages, aujourd'hui un simple enfant a le droit de vous juger !

Le lendemain de Février, l'auteur écrivait déjà ces paroles : La République s'est annoncée comme la forme d'une société de chrétiens. Le temps dira ce que nous sommes ! On n'a pas le gouvernement qu'on veut; on a celui que l'on mérite. Si vous restez dans votre mal , vous passerez au despotisme; si vous voulez la corrup-

tion, vous marcherez encore plus loin ! Les lois de la morale et de Uhistoire restent aussi inflexibles que les lois de la nature Vous apprendrez à

vos dépens les vérités que vous avez méconnues. Une diminution d'autorité ne saurait avoir lieu, d'une part, s'il n'y a, de l'autre, une augmentation de vertu. La liberté n'est que le droit de pouvoir faire plus de bien. Faites-en celui d'exécuter plus de mal, et la loi qui conserve le monde, reprenant la forme du sabre, viendra de nouveau courber la personnalité. Le pouvoir n'est qu'une barrière promenée devant le mal. Ranimez en vous les germes de la Chute, et la Force, née de

la Chute, en proportion reparailra Ce n'est pas

des maux de la révolution que nous aurons le plus à souffrir, mais des maux qui l'ont amenée. Tout pliait sous le paganisme, et la croissance de dix-huit siècles de christianisme s'arrêtait. Quand les hommes perdent de vue les nécessités morales. Dieu fait sortir la lumière des nécessités d'un autre ordre I Si la Foi n'est plus reçue par

l'oreille, elle sera enseignée par la faim La

Société rencontrera un empêchement dans chacun de nos vices. Il faudra en détruire un quand on

voudra marcher d'un pas. Avant de changer vos gouvernements, il fallait vous changer vousmêmes. La loi ne décrète pas la vertu, et quand

cette dernière est loin, le décret reste sans arme

Le jour est venu : l'homme qui lança le mauvais exemple a aiguisé un poignard contre lui. Les barbares ne sont plus à nos portes, maisau-dedans, ceux que dix-huit siècles de christianisme n'ont pu arracher à notre vieille souche du Monde. Nos vices ont partagé notre Société ; ils ont mis deux civilisations Tune dans l'autre. Position unique dans l'histoire ! la civilisation ouvrira ses propres flancs pour donner la bataille. Le christianisme constituera la Société moderne, ou la fera voler

en éclats! Prenez, si vous voulez, vos mesures

Les faits économiques, avant peu, mettront les vérités à nu. Vos lois auront tout reconnu, tout consacré et tout administré , les moyens humains seront tous employés; jamais armée plus nombreuse, jamais législation plus complète, jamais administration plus puissante ^ jamais hommes d'État plus savants : arrivés au bout des causes secondes, vous viendrez vous briser contre la cause première ! Ce ne sera plus la Doctrine élevée qui

parlera, ce ne sera plus la conscience inécoutée qui criera... Les faits parleront leur grande voix. La religion descendra de la parole; elle entrera dans le pain que nous mangeons, dans le sang dont nous vivons. La lumière sera le feu! Les hommes se verront entre la vérité et la mort... Auront"ils l'esprit de choisir?....:

Depuis le jour où d'aussi tristes paroles ont été dites, les faits n'en ont que trop mûri la portée ! J'apporte le complément des pages qu'alors le peu d'espace avait laissées interrompues. Deux années de la plus infatigable méditation n'ont que trop confirmé le sentiment profond qui les a fait écrire. On devra pardonner la rapidité et peut-être l'accent que les événements ont mis dans ma voix. Mon âme n'a pas cessé un jour d'être émue; elle n'a pas cessé un jour d'être frappée du dénouement incroyable auquel, leurs théories, conduisent maintenant les hommes. Mais vous. Révolutionnaires, dans tout ce qui se passe aujourd'hui, rien ne vient réveiller les soupçons de votre conscience? De toutes les conséquences qu'on veut tirer de vos doctrines, rien ne vous annonce qu'elles ont

apporté Terreur?.. Cependant, la France se lasse des promesses de la Révolution !

Les principes sur lesquels une nation a établi quatorze siècles d'existence, viennent demander raison aux principes qui u'ont produit que des malheurs ! Bien que , dans votre modestie ordinaire, vous nommiez Avenir la réunion de vos doctrines, vous permettrez que l'on découvre à vos regards la doctrine immense et merveilleuse sur laquelle se fondait le Passé ! Et, s'il est encore de l'inspiration et de la pensée chez les hommes, nous leur demanderons où fut le génie, où fut la plus haute et la plus surprenante conception ! Nous demanderons, enfin, si nous avons le droit d'opposer la lumière, aux Idées, et les fondements De ta Restauration française, à ceux De la Révolution française !

2 Avril 18S1.

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