‹ De la Restauration françaiseChapitre 2 sur 189 · CHAPITRE l · texte numérisé non relu

CHAPITRE l

Problème moral qui euveloppe noire problème économique.

Le problème économique est dans le problème infini. Partout les hommes ont parlé de jouir. Ne rêvant plus aux biens du Ciel, on chercha des biens sur la terre.

Un ordre nouveau se présente ; ne croyez pas que la douleur va s'affaiblir. L'âme s'accroît, la sensibilité augmente. Plus près du Ciel, l'homme doit s'y présenter plus grand.

L'existence en dehors de Dieu s'explique parla liberté; la liberté, par la douleur. L'homme est le produit de sa force; il est le fils de l'obstacle.

Retirer la douleur, ce serait retirer la création ellemême. Qui n'a pénétré la signification de trois mots qui ont six mille ans : la Faim, le Travail, la Mort ! Les premiers chapitres de la Genèse subsistent toujours.

L'effort est là. La nature, toujours présente, au besoin nous le dira. Et le combat qu'elle a offert, qu'est-il à côté du combat donné dans l'âme pour la conquête de l'infini!

En dehors de l'absolu, il y a la liberté. Bien qu'elle ait eu commencement , elle repose sur la grande loi ; il faut qu'elle soit par elle-même. Sa première mise de fonds lui est retirée tous les jours, afin que son moi lui soit propre.

La liberté est l'enfant de la douleur : le bonheur est pour la substance faite*. Cette idée éclatera visiblement dans l'époque qui commence. Elle sortira comme la voix de tous les faits, et restera comme la loi qui est sous les événements. Les mots douleur, liberté, décomposeront euxmêmes le sens de ce mot Travail , sorti de la voix des événements.

L'avenir ne sera point comme on l'entend. L'homme n'est pas entreposé sur la terre pour jouir, mais pour grandir. L'infini nous a envoyé la substance; d'éternelles lois s'accomplissent ici-bas.

Cette révolution politique est peu; mais elle porte dans ses plis un fait économique immense : le christianisme non plus caché au fond des cœurs, mais se montrant sur les lois et dans les mœurs. La production et la consommation deviendront un mode chrétien. Car aucune des deux n'est le but. Ici, tout n'est que moyens pour préparer des âmes à l'Infini.

Le Globe fournira quelques richesses de plus , jamais dans la proportion des besoins. La répartition ne fera pas ce qu'on attend. Elle satisfera moins les intérêts que la justice qui est au fond de nos âmes. Au reste, la population, croissant selon les subsistances, viendra éternelle-

* « Jésus-Christ n'a pas été une seule heure dans sa vie sans souffrir (le la Douleur: s'il y avait un moyen meilleur pour riiomnie, Dieu nous l'aurait sans doute appris. » imitation db j.-c.

ment se presser vers leurs limites extrêmes. Toujours on verra la misère : elle ne sera limitée que parla vertu.

Les hommes ne doivent pas s'associer pour plus produire en vue de plus consommer, mais en vue de plus s'aimer. Quand l'amour sera en eux, ils comprendront le grand mystère de la liberté et de la fraternité pour la vie éternelle. Dieu attend ce jour pour voir la marée de la foule monter vers lui.

On n'emprunte pas au christianisme que ces mots... surtout pour les interpréter avec l'esprit du paganisme ! Par ce faux l'humanité est attaquée. L'homme n'est pas mis en ce monde pour satisfaire ses besoins, mais pour croître par les efforts qu'ils réveillent en son âme. Car c'est ainsi qu'il s'élève dans l'être. Triste façon de former l'homme que de le tourner du côté opposé à la sainteté !

L'Économique entière reviendra sur ses pas pour cette vérité méconnue :

Le travail ne fut point fait pour les besoins, autrement Dieu ne les eût pas créés ; mais les besoins furent faits pour le travail. Le travail, au reste, est la préparation indispensable pour que la richesse ne soit pas un grand mal*.

École païenne, que pensais-tu? Le plaisir n'est point offert pour y céder, mais pour y résister, et par ce moyen devenir hbre.

I La richesse acquise par le travail moralise ; acquise par le vol ou roisiveté, elle corrompt.

II n'y a de prodigue que celui qui n'a rien. Par Tart admirable de la création, la satisfaction du besoin a pour condition raclivilé, c'est-à-dire le développement de l'homme. En sorte que sa moralité se forme en même temps que sa richesse ; en sorte qu'il ne peut avancer d'un jias sur la terre qu'il ne Tait fait dans le Ciel.

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