CHAPITRE XYIL
Il faut qtie toute nation s'ennoblisse.
Il faut que toute nation s'ennoblisse, bien loin de l'esprit qui veut aujourd'hui que toute nation se démocratise, c'est-à-dire se démoralise.
Mais il faut que la noblesse reste nol)le, versant à tout instant l'exemple sur la nation. Il ne faut point qu'elle
1 Le scepticisme n'est que ringratiludc naturelle envers Dieu. Les peuples de la terre sont tous placés sur les divers degrés de Tingratitude humaine j c'est ce qu'on regarde comme es diverses religions. Ainsi, les protestants sont au-dessous des catholiques , trouvant moins à rendre hommage à Dieu ; les mahométans, au-dessous des protestants ; et de m^mc, en descendant le reste de l'échelle.
redevienne peuple en ses mœurs, comme l'a fait la noblesse de France le jour où elle quitta l'épée*.
C'est parce que le peuple est peuple qu'il faut se garder de le faire régner. S'il était noble, il diminuerait précisément la basse classe pour accroître la classe élevée. La perfection d'une nation consiste à détruire peu à peu le peuple.
Chez nous, on proclame la République démocratique, c'est-à-dire qu'on veut mettre la tête en bas et les pieds en l'air. Ces deux mots seront les plus merveilleux de ce siècle de ridicule mémoire ! République démocratique, cela sonne comme la charrue devant les bœufs.
Mais il faut bien que le peuple se dise maître, quand il ne voit plus de supérieurs ! Il faut bien qu'il se porte en tête, quand ses chefs ont reculé derrière lui !
Quand le peuple est en anarchie, qui en accuserezvous? Quand le tonneau se démolit, la faute n'en est pas aux douves, mais aux cercles qui sont cuis. Ne balancez pas à accuser la Bourgeoisie des maux de la France. Son scepticisme, ses exemples, ont jeté le peuple dans l'état où il est.
Les peuples ne se sont jamais constitués que par un double enseignement : celui de la doctrine et celui de l'exemple. Le Clergé offre la doctrine, l'aristocratie répand l'exemple. Quand le Clergé est seul à enseigner, son action tombe, s'émousse et meurt.
1 Comme le clergé, la noblesse, dit M. de Chateaubriand, doit sembler à nos institutions pour apporter dans la Société nouvelle la tradition de l'ancien honneur, la délicatesse des sentiments, le mépris de la fortune, le désintéressement personnel, la foi des sermenls, et cette fidélité qui est la vertu distinclive d'un gentilhomme. »
Je dois le dire en dernier lieu, si le clergé ne parvient pas à relever en aristocratie la noblesse et la bourgeoisie, le peuple français est perdu. De lui-même, il n'est pas en mesure de fournir à temps une seconde noblesse par la vertu, et resterait dans l'état d'un peuple exposé à une nouvelle conquête pour remonter en société.
Napoléon, en ramenant le champ de bataille, fit aussitôt surgir du peuple de la noblesse nouvelle. Le Clergé aura-t-il sur nous ce pouvoir? Qu'on y réfléchisse : nous pouvons encore nous sauver. . . Avant de retirer les étoiles du firmament et les derniers peuples de la surface de la terre, Dieu attend le dernier acte du dernier homme de bonne volonté !