CHAPITRE XII
Le Capital n'est qn'on produit épargué.
Cubez la terre végétale des continents; toisez les champs des nations, les demeures de l'homme, ses villes, ses canaux, ses routes, ses ponts, ses aqueducs et ses ports ; les flottes, les vastes réserves, les milliers d'instruments, les immenses richesses meublantes, vêtîssantes et pourvoyantes entassées parle genre humain; estimez les innombrables populations qu'il possède, leurs codes, leurs sciences et leurs arts; tout ce qui a été fait sur la terre, au sein des airs et dans la mer depuis le jour où Adam est venu; enfin pesez ceGlobe pour savoir ce qu'il vaut: vous saurez la valeur du Capital, de ce fruit que l'homme a produit et qu'il n'a pas consommé.
Qu'est-ce donc que le Capital ?
Premièrement, un produit ;
Secondement, un produit épargné;
Troisièmement, un produit épargné et employé.
D'ûîi résulte que le Capital est toujours en raison, premièrement du travail, secondement de la vertu , troisièmement de l'intelligence de l'homme. Les deux agents de la production, la nature et le travail, ont des limites; le sol est borné dans son étendue, la population dans ses forces. Le Capital, au contraire, ne rencontre aucune limite nécessaire. Or, la fécondité de la nature etdu travail étant proportionnée au Capital, le Capital reste l'agent définitif de la production , ou de la prospérité.
D'ici vous apercevez le reste. On peut ramasser l'économie politique en quelques lignes.
Ainsi, les choses nécessaires aux besoins, conséquemment à l'existence de l'homme , n'existent nulle part qu'autant qu'elles sont produites par lui. Produire, c'est employer trois choses : les forces de la nature, le travail de l'homme et la puissance du Capital. Mais comme la nature produit en proportion du travail, et le travail en proportion du Capital, pour produire beaucoup, il faut beaucoup de Capital. Enfin, comme le Capital est le fruit de l'épargne, ou de la modération dans les jouissances, toute l'économie politique repose donc sur les deux préceptes chrétiens, 1° qu'il faut travailler, 2" qu'il faut user avec modération.
La nature étant toujours donnée par Dieu, le travail et le Capital n'étant fournis que par l'homme, la richesse en définitive repose sur la Vertu.
Prenez la valeur d'un royaume, vous aurez la quantité
de sa vertu. Le vieux proverbe : Tant vaut Vhomme, tant vaut la terre, s'applique au genre humain comme aux nations. Un peuple est tout dans son territoire. Le prix de son sol est le propre poids de son âme.
Jugez de ce qu'un peuple détend quand il défend ses frontières !