‹ De la Restauration françaiseChapitre 136 sur 189 · CHAPITRE XXVIIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIIÏ

De la science du moude et de rempire du Clergé.

Vous parliez sans cesse de sciences à l'Église, pensiezvous lui tenir un très-haut langage? Je veux les supposer toutes vraies. Eh hien, le génie est du côté de rhomine, c'est-à-dire de la liherté : mais la vérité n'en a pas besoin, il ne lui reste qu'à s'occuper de la vertu. La terre compte ses grands hommes, l'Église lui montre ses saints !

Et si je disais que vos sciences sont toutes fausses... dès que vous ne les rapportez plus à Dieu ! Si je disais que toute cause seconde se tourne vers la cause première, et que vos yeux les ont toutes vues dirigées vers la terre ! Que penser de lumières qui ont obscurci pour vous le Ciel? Est-ce donc là la vérité qui illumine les temps? Quoi ! le savoir donne au monde une longue compagnie d'athées, il enfante l'erreur absolue!... S'il est un chemin de l'ignorance, c'est assurément celui qui éloigne de Dieu : c'est par là que vous désiriez faire passer après vous l'Église!

Une fois que vous eûtes créé la science, le Clergé n'a plus pu s'en servir. Que lui restait-il de l'homme après que vous en eûtes usurpé la raison, l'observation, le jugement, la mémoire et l'imagination? La foi fut-elle faite pour briller au milieu d'un automate ! Vous ne laissâtes pas une seule faculté à l'homme, et c'est dans cet état que toutes les jeunes générations, le clergé même compris, furent livrées à l'enseignement de la morale !

Qu*il faut admirer la foi qu'a su conserver le Clergé ! Mais, bien qu'il renferme ce qu'il y a de plus digne, de plus éclairé, de plus vertueux, de plus charitable, de plus doux, déplus élevé, de plus consolant parmi nous, il est homme cependant. Pouvons-nous être submergés dans l'erreur, sans qu'il soit même effleuré par l'illusion? Comment vivre au milieu des hommes, les aimer, prendre part à leurs pensées, entrer dans leur propre langue, eh quoi ! sortir de leur sang, sans voir un peu par leurs yeux? Le monde envahissait tout; on voulut faire la part du feu. Alors, on crut qu'on pouvait saisir l'âme sans avoir l'homme tout entier ! De là vinrent les petites méthodes. En présence des événements , on renonça peut-être à la Société pour s'occuper des individus : mais la Société, c'est précisément la direction prise par toutes les âmes. . .

Hélas! comment les retirer une à une, si la Société les noie toutes à la fois ? Le Clergé meurt à la peine, et voit le monde triompher...

Il devient insuffisant de faire le bien dans les sacrements ; il faut en même temps Topérer dans la raison et dans Topinion : l'une règne sur le monde, et l'autre le gouverne. La religion suffira plus à sauver les âmes en détail; l'opinion, c'est le gros courant, c'est à ce poste que la Foi veut se placer !

Emparez-vous de l'opinion par les hauteurs de la morale. Vous êtes la tête du monde. S'il était vrai que vous ne dussiez plus le diriger, c'est que le mohde est à sa fin.

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