CHAPITRE LVm
Du droit divin,
La Loi n'est pas, comme l'a dit Montesquieu, l'expression des rapports nécessaires qui découlent de la nature des êtres. Les lois ne découlent pas des êtres; ou bien il faudrait supposer que c'est la terre qui, depuis le commencement du monde, s'amuse d'elle-même à tourner autour du soleil^
Un astre ne fait pas sa loi, un être ne fait pas sa loi ; mais sa loi, au contraire, le fait être ce qu'il est. Dam Vordre physique, la loi est ce qui régit les êtres.
Dans l'ordre moral, la Loi ne résulte pas plus des volontés que, dans l'ordre physique, elle ne résulte des corps. Si c'était la volonté qui se fit à elle-même sa loi, il n'y aurait point d'obligation morale.
D'ailleurs la volonté qui fait sa loi, peut la détruire, ou peut la suivre comme elle l'entend. Bientôt, il n'y aurait plus de loi. Si elle se faisait sa loi, la volonté serait absolue : alors elle n'aurait pas besoin de loi !
Le législateur ne peut pas plus faire une loi pour la Société, que le physicien n'en peut faire une pour la nature. Le monde moral, commele monde physique, a sa loi; il s'agit de la connaître et de la suivre. Dans l'ordre moral, la loi est ce qui doit régir les volontés.
Si la loi ne vient pas des hommes, elle vient de Dieu,
> Seulement les lois ont une telle convenance pour les êtres, que celui qui les examine du point de vue empirique, les croit découler de la nature de ces êtres.
Y a-t-il absurdité à dire, dans la nature, que sa loi vient de Celui qui l'a créée, de celui qui la fait être et la conduit à son but?
Si la loi venait des hommes, il n'y aurait point de Société possible , parce qu'il n'y aurait aucune obligation pour la conscience d'obéir à l'homme ; les volontés, comme telles, étant égales et libres en cet unique fait.
La volonté de l'homme n'est point obUgatoire pour luimême, loin d'être obligatoire pour autrui. Ou il n'y a point de loi, ou, de nécessité, elle est divine \
Entre des êtres semblables, il n'existe naturellement ni pouvoir ni sujet, ni droit ni devoir, par conséquent aucun ordre possible. Les hommes ne peuvent constituer une société entre eux, s'ils n'ont reçu de Dieu le don sacré du pouvoir.
Dieu a donc donné sa loi à l'humanité ; de plus, il l'a investie du Droit divin, c'est-à-dire du droit de maintenir cette loi divine.
Comment trouver ailleurs qu'en Dieu la raison du Pouvoir, c'est-à-dire le principe d'obligation qui régit les libertés sans attenter à leur nature ? On s'est moqué du Droit divin : on s'est moqué de la grandeur et de la dignité de l'homme !
* Dès qu''on ne veut plus reconnaître que le pouvoir vient de Dieu, on le fait venir de la volonté de Thomme. Et l'homme ayant la faculté de créer le pouvoir, de créer la loi, la loi n^est que la volonté de Phomme. Pour en voiler l'absurdité on la recouvre de celte définition : la loi est l'expression de la volonté générale. Comme si des millions de volontés, la volonté du genre humain, pouvaient créer la loi, qui est précisément ce qui doit régir la volonté du genre humain!
Si le genre humain était souverain, c'est-à-dire s'il était idenliflé avec sa loi, il n'aurait pas besoin de souverain.