‹ De la Restauration françaiseChapitre 167 sur 189 · CHAPITRE LIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIX

De la Lcgitimité.

La Société, dépositaire et non point source de la loi, est munie du droit divin de la ftiire exécuter. La loi est dans les mains d'une classe ou d'un homme, qui en est à son tour dépositaire ; c'est-à-dire qu'il a en dépôt le droit divin de faire exécuter la loi.

Mais il ne peut rien sur la loi. Cette loi ne venant ni du peuple ni du roi, n'est pas leur propriété. Ils ne peuvent ni l'un ni l'autre la modifiera leur gré; ils ne peuvent faire que ce qui est injuste, irraisonnable et barbare, soit juste, raisonnable et humain. Ce qui conclut contre le prince, conclut de même force contre le peuple.

Ce qui CvSt juste , raisonnable et humain chez un peuple, est consigné dans sa Législation, contre laquelle tout ce qui se fait est nul de soi.

Les hommes ne sont pas plus les propriétaires du Pouvoir qu'ils ne le sont de la vérité. Comme la vérité est un don divin en dépôt chez les hommes, et qu'ils n'y peuvent rien changer sans y substituer l'eiTeur ; de même le pouvoir est un don divin en dépôt dans la Société, auquel elle nepeutmêler du sien sans y substituer l'arbitraire.

Tout alliage, qu'il vienne d'un homme, qu'il vienne de tous, entache la loi de despotisme ; le despotisme n'est que la substitution de la volonté humaine à la loi.

Dieu ne désigne pas toujours le souverain, mais communique son autorité, c'est-à-dire le droit divin, à quiconque possède légitimement le pouvoir. La manière légale

de le posséder, ainsi que sa forme, varie selon les temps et les lieux. Celui qui a créé ou conservé une Société, a certainement auprès d'elle un droit que n'ont pas ceux qui n'eussent jamais reçu le jour sans lui. Tel est le Droit historique et sa profonde légitimité.

Dieu ne désigne pas : au fond l'expression dont je me sers est mauvaise, car Dieu n'envoie pas les Anges pour agir dans ce monde, mais il y envoie bien les faits. Les faits sontles éléments de ce monde. Les peuples acceptent le pouvoir comme ils acceptent la vie ; ils n'en ont pas le choix.

L'État représente un pouvoir divin ; autrement il ne pourrait commander à la volonté humaine. S'il ne représentait qu'un pouvoir humain, il consacrerait la servitude, nécessiterait la révolte, l'anéantissement de la Société.

Telles sont cependant les conséquences auxquelles mènent deux écoles, les absolutistes et les républicains. Les premiers croient qu'il y a un droit divin, mais ils le font venir d'un homme. Le droit divin étant sa propriété, il en dispose, y substitue son propre vouloir. Les seconds soutiennent qu'il n'y a pas de droit divin ; il ne reste plus alors qu'un droit humain, c'est-à-dire arbitraire, recueiUi dans les caprices de la foule ^. Les uns voient la souveraineté dans le roi ; c'est mettre le despotisme à la place de la loi. Les autres voient la souverai-

1 La doctrine qui croyait la loi le résultat de la volonté générale, a été une réaction contre la doctrine qui croyait la loi le résultat de la volonté d'un homme. Et celte doctrine que Ton rencontre à Torigine des peuples païens est elle-même une réaction contre Panarchie de l'état barbare. Que les Rois montrent le Droit et cachent Thumme; car l'homme, c'est le peuple! Le système de la socver.vineté du peuple a pris naissance SUR LB Trône or l'on a méco>nu les droits de Dieu.

netédans le peuple; c'est mettre l'arbitraire à la place de la loi.

La souveraineté est en Dieu. Les rois sont les ministres de Dieu pour le bien ; et les peuples qui dénoueni eux-mêmes l'autorité, sont comme des animaux qui se coupent la tête pour mieux y voir.

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