‹ De la Restauration françaiseChapitre 17 sur 189 · CHAPITRE XYÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYÏ

Le Capital est tonjoni's en proportion de la vertu.

Le fait donné, les conclusions se déduisent.

Pour entretenir sans capital une nation, il faut que la masse des hommes soit en proie à un travail exténuant ; c'est ici l'esclavage. Lorsque cette nation s'élève sur un capital plus étendu, déjà une partie de la population peut entrer dans les fonctions libérales ; c'est ici le moyen-âge. Enfin, lorsque cette nation s'asseoit sur un capital de plus en plus suffisant, les hommes, n'étant point obligés de donner toutes les heures du jour à l'entretien du corps, en peuvent consacrer quelques-unes à l'entretien de l'âme ; c'est à ce but que tend l'histoire.

Dans le capital , comprenez la science, laquelle sans le loisir ne serait pas; la moralité, sans laquelle le travail qui se presse et le besoin qui se contient ne feraient pas du capital; le sang, sans la richesse duquel la science, le

travail, le capital , ne sauraient être emploj^és. Le capital est comme une conscience où retentissent toutes les fonctions de l'âme, depuis l'intention qui commence l'acte, jusqu'à la détermination qui l'accomplit.

Étudiez tout, vous entrerez dans cette idée, la plus simple et la plus profonde de l'Économique : la vertu est la source du Capital, le vice en est la destruction. On n'épargne qu'après avoir pu vivre ; quand pour vivre on absorbe tout, on établit la perpétuelle impossibilité d\i capital.

Le sûr moyen d'arrêter une nation dans sa marche serait de faire rentrer le capital par où il est sorti, en disant au travail de tout consommer, et à l'épargne qu'elle est un vice; c'est-à-dire, en éteignant la morale. Par ce chemin il faut trois pas pour rentrer dans la barbarie, c'est-à-dire dans la misère, dans l'anéantissement du peuple.

Le sûr moyen d'améliorer la condition d'un peuple est d'en accroître le capital. Si l'on faisait l'histoire du capital, ce serait celle de la civilisation elle-même. Or, toujours le capital augmente en proportion de la vertu; il s'accroît par la même puissance que la nature humaine dans l'homme. Si les nations chrétiennes, exclusivement, ont environ cinq fois plus de capital que les plus riches nations antiques, si leur population est plus du triple sur le même emplacement, c'est par cela qu'elles sont les nations chrétiennes.

Telle est la prospérité d'un peuple, dites que telle est sa quantité de capital; telle sa quantité de capital, dites que telle est sa vertu, ou la quantité divine en lui. L'Économique n'est que le champ de la morale.

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