‹ De la Restauration françaiseChapitre 18 sur 189 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Da Capital que porlc l'homme .

Puisque la racinede la richesse est la vertu, où se tient le vrai capital?

Leplus précieux capital est celui que renferme l'homme. C'est ce capital qui est la condition du travail , par lequel on produit; de la modération, par laquelle on économise; delà science, par laquelle on exploite l'acquis. Ce capital au fond de l'homme, c'est la moralité, c'est-à-dire la quantité de son âme.

Et sans parler de l'artiste, du savant, du médecin, du magistrat, du législateur et du prêtre, la force, la diligence et l'adresse de l'ouvrier employant le capital sont ellesmêmes un capital. Toutes trois se sont formées par l'épargne : la santé, qui fait la première ; l'éducation, qui fait la seconde; l'apprentissage, qui fait la troisième, déposent de l'épargne des devanciers et de la moralité de celui sur qui ces trois dons sont fixés. En définitive, tout capital n'agit qu'autant qu'il est exploité ; la valeur de l'homme est le chiflre posé à la première colonne.

Un homme arrivé à vingt ans vaut aujourd'hui vingt mille francs, à ne prendre que sa valeur économique et sans le rapporter à Dieu. Je dis sa valeur économique, soit que l'on considère qu'il les a coûtés en soins, nourriture, apprentissages et enseignements, soit qu'on le considère comme apte à produire dès lors ces objets. Pendant ces vingt années, la Société a répandu en lui son capital le plus fin , amour de la jeune mère , sacrifices

innombrables du père, entretien assidu de la religion et des lois, exemples, leçons, idées de tous; il est sa richesse toute pure.

Que cet homme maintenant soit détruit par le luxe ou par la débauche, jugez du dommage fait à la Société ; quelle tige casse sur l'arbre céleste de la civilisation ! Le capital qu'il a coûté au genre humain, il faut qu'il le lui rende, sous peine de le voler. Aussi la Société s'arme-t-elle furieuse , et poursuit l'être immoral comme son ennemi. Enfin, arrivez à considérer cet homme comme étant la propriété de Dieu... Combien ce qui est mal est profondément mal ! La terre est le cadran qui marque pour nous l'ordre éternel.

Une morale qui forme l'homme et une morale qui l'altère ne sont donc point indifférentes ! L'une peut tout à coup augmenter la richesse ; l'autre, en peu de temps la détruire. Voyez où l'Économique a sa source! C'est l'homme qui donne sa valeur au capital ; c'est en définitive en l'homme que gît la grande Richesse.

Page 1