CHAPITRE LXIIL
Dernière remarque de l'auteur.
Je ne viens pas défendre l'ancien Régime, le roi et la noblesse : puisque je viens les accuser! Du moins autant qu'un homme pécheur saurait accuser d'autres hommes pécheurs... Mais enfin, averti par le temps, je viens dire quela Société est frappée et s'en va à cause d'eux.
Si les nations ne se fondent et ne s'élèvent que par leurs aristocraties, elles ne retombent que par elles... Si la Royauté fût restée royale, les passions des hommes ne l'eussent jamais arrachée du trône. Si la noblesse fût restée noble, la seconde classe ne l'eût jamais détrônée de l'opinion. La force, perdue par la vertu, a tourné du côté du mal.
Le peuple n'a jamais tort... Ses mœurs ne sont que les nôtres, et ses crimes sont nos châtiments. Les révolutions remontent à l'époque où les rois s'affranchirent de cette Juridiction spirituelle de l'Église, qui plaçait avant tout, pour condition de leur pouvoir, la Justice immuable. Dès lors, comme en religion, on vit le schisme politique... puis un déisme... enfin l'athéisme actuel... La
royauté et l'aristocratie se sont fait plus de mal que ne leur en ont fait les révolutionnaires.
Elles ont élevé durant quatorze siècles la plus noble civilisation de la terre ; leur mérite devant Dieu et devant les hommes demeurera le plus grand qui ait été obtenu dans ce monde, après celui de l'Église ; et les populations de l'Europe ne rencontreront point les frontières de la reconnaissance qu'elles doivent à l'une et à l'autre ! Cependant il est utile de demander si elles ont fait tout ce que le Ciel attendait d'elles ; si le sang de J,-C. devait tarir dans leur âme; si elles ont épuisé en elles la force des temps modernes, la force de l'homme, celle du bien en ce monde, en un mot, la portée de la création...
Toutefois, si les temps ne sont point accomplis, vous ne sortirez de la situation que par la Foi, par l'exemple, et par l'autorité. En vain vous tenteriez d'une révolution. Ne touchez pas aux événements, ils sont là pour vous sauver et pour vous instruire! Ne travaillez à l'ordre que par l'ordre. Les institutions ne ressusciteront que par la force des mœurs !
Mais l'avenir ne peut sortir d'une forme de gouvernementqui enfante l'orgueil universel.... Suffit-il à la Société moderne que chaque jour un expédient l'empêche de périr? Est-ce là le dénouement légitime de la civilisation, l'accomphssement de l'histoire? un plus grand nombre d'âmes, car c'est toute la question, marchent-elles maintenant à leur salut éternel?... Je ne sais qu'une chose : quand il n'existera plus de Rois en Europe, nous-mêmes nous n'existerons plus... La paix ne sortira [loint de.^
lieux qui ont vomi le désordre. L'autorité ne sera point ressuscitée par ceux qui l'ont mise à mort : personne né dispose de quatorze siècles de respect, et l'agiotage n'hérite pas de la gloire. L'autorité, morte; la foi, la gloire, le respect morts, vous ne tenez à la main que des gouvernements de mort... Les choses peuvent vous paraître se maintenir; prenez garde! vous ne fondez plus, vous VIVEZ SUR l'acquis; la France s'en va...