‹ De la Restauration françaiseChapitre 170 sur 189 · CHAPITRE LXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIL

Appel an peuple , dernier système.

L'appel au peuple? mais c'est précisément le peuple qui fait un appel au Roi!., c'est-à-dire à l'autorité, sans laquelle il ne serait pas. Faut-il baigner dans le principe révolutionnaire, que ses propres adversaires soient encore noyés dedans !

L'appel au peuple tue du coup le principe de la Légitimité, dont le mérite précisément est de ne pas recourir au peuple. L'appel au peuple serait l'appel aune autorité infaillible; la souveraineté, au lieu d'être dans les mains

du Roi, serait dans celles du peuple. La multitude reste investie du droit de juger son œuvre.

Quand vous proclamez un principe, ayez la force dé le porter! Si le peuple est l'appel, il juge en dernier ressort, il est l'autorité définitive. Dès lors, il peut en disposer à toute heure. C'est le système déguisé de la souveraineté du peuple, la porte ouverte aux révolutions. Vous ferez au peuple, bureau ouvert, un appel régulier : il répondra à sa manière à votre appel, du moment qu'il en a le droit... L'appel au peuple, remarquez bien, toujours pour éviter l'appel à V Eglise î

La souveraineté nationale ne fut inventée que pour couvrir d'un meilleur nom la souveraineté du peuple. La souveraineté n'est pas plus en haut qu'en bas, chez la noblesse que dans le peuple. Si la nation est souveraine, pourquoi la déranger d'où elle est? son principe, à cette heure, est dans sa réalité. . . Enfin, l'idée de résumer la souveraineté nationale de toutes les générations n'est qu'un plus vaste système de la souveraineté du peuple. C'est reculer pour mieux aboutir en lui. Quand cesserez-vous de puiser la souveraineté dans celui qui vous la demande ?

Puisque l'autorité ne peut dépendre du peuple, il faut bien qu'elle dépende de quelqu'un ! Les peuples ne sont pas faits pour les rois; mais les rois sont faits pour que les peuples possèdent une autorité. Ah! sortez du principe de la souveraineté nationale, si vous voulez sortir des révolutions; sortez du principe de la souveraineté d'un homme, si vous voulez; n'y pas rentrer... La souveraineté est en Dieu ; le souverain est celui qui l'exerce pour votre bien ; et l'Obéissance, la vertu dont vous payez le bienfait d'être en Société.

La Royauté n'est que le principe de la souveraineté de la Loi. Ne voulez-vous obéir en rien, êtes-vous arrivés à l'orgueil social? vous le payerez de votre civilisation.

Mais si vous voulez reconstruire l'édifice, reconstruisez jusqu'au sommet : toutes vos pierres redescendront jusqu'à ce qu'elles aient été saisies par la clef de voûte...

Page 1