‹ De la Restauration françaiseChapitre 183 sur 189 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

L'autorité est le lauge de la liberté.

Vous sentez que si l'autorité était la loi du monde. Dieu s'y serait pris autrement. Au lieu de nous mettre la loi au dehors, pour que nous la prissions, il nous l'aurait imposée au dedans. Il se serait établi invinciblement dans nos cœurs, au lieu d'attendre que nos cœurs aillent à lui.

Si la Société avait été pour jamais à sa place dans l'autorité, elle y serait restée. Nous ne serions point sortis du passé. Et de même, si la liberté pure, c'est-à-dire en pouvoir d'arriver sans secours et d'elle-même à la loi, était la vérité, la Société y serait déjà entrée, les révolutions seraient depuis longtemps terminées.

Or la vérité est que l'homme ne naît pas libre, mais pour le devenir; et que l'autorité n'a été établie que pour conduire délicatement un être si fiiible à la liberté.

Je ne disconviens pas que la liberté ne fasse de tout avant de faire définitivement le bien. Je ne disconviens pas qu'elle ne commence par se fabriquer elle-même ses lois avant de suivre sa Loi. Car c'est ce qu'elle commet en ce moment; et son idée de souveraineté du peuple n'est autre chose que la doctrine de sa souveraineté à elle, la doctrine de l'orgueil pur, du panthéisme, de l'homme se substituant à Dieu.

Maintenant, la Société fera-t-elle mieux qu'Adam? c'est là toute la question.

L'autorité ne fut que le lange d'enfance et le remède aux faits de la Chute. Tant que la Société courut le péril du mal, que le christianisme ne lui fut point suffisamment annoncé, l'autorité l'a défendue. C'est le jour où le bien pourrait l'emporter sur le mal que la liberté régnerait ; car l'autorité n'est qu'une avance constituée aux êtres libres. — Ce jour arrivera-t-il?

Toutefois, il faut que le temps de l'éducation cesse, que l'homme ne soit plus l'ombre de l'homme, ce monde l'ombre d'un monde ; et si le mal doit encore une fois sortir de lépreuve offerte à l'universel Adam, Dieu se verra obligé de conclure les temps.

Si la liberté parvenait à faire que le bien l'emportât sur le mal, l'humanité serait relevée de la Chute.., Si ce succès général n'est point réservé à la Création, Dieu aura toujours réussi à sauver partiellement les peuples et les âmes, au moyen de l'autorité. Le nionde ne serait que le Passé; il ne serait pas l'Avenir. C'est ce que mon faible esprit, assurément, ne saurait décider.

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