CHAPITRE VIIL
Conflit éteruel entre l'absolutisme et le libéralisnie.
Aussi, pour l'œil qui ne pénétra jamais dans les lois de l'Ordre infini, rien ne doit sembler plus étrange que la contradiction ouverte, dans le monde, entre deux choses aussi capitales que l'autorité et la liberté.
C'est ce qui a fait naître les deux écoles , des absolutistes et des libéraux. Combien les premiers ont eu raison de croire que, sans la puissance, la Société n'aurait jamais existé ; combien les seconds ont eu raison de dire que, sans la liberté, l'homme n'existerait point. Quoique, s'il a la liberté morale, bien qu'il soit privé pour cause de la liberté politique, il puisse assurément faire son salut : unique objet pour lequel il est sur la terre !
Les uns ont voulu assurer à l'homme tous les avantages de l'unité; les autres, tous les biens de la liberté. Mais ces écrivains l'ont toujours fait de part et d'autre avec un tel abus de leur principe, qu'ils ont augmenté la confusion et le malheur du monde. La faute en est à la nature humaine, à l'homme, qui existe en ceux qui écrivent comme en ceux qui agissent, en eux comme en nous.
La grande raison des absolutistes est qu'on ne peut se donner à la liberté sans que la Société ne soit détruite. La grande raison des libéraux est qu'on ne peut se donner à l'autorité sans que l'homme n'en soit amoindri, il est vrai, dans sa dernière sphère, et la moins importante des trois. Toutefois, voilà la guerre entre les hommes, et la Société divisée sur son propre compte.
Car chacun, par sa position ou suivant sa nature, se croit en proie ou aux abus de l'autorité, ou aux abus de la liberté. Dès-lors, deux partis se composent. Ceux qui considèrent tout le bien que l'homme pourrait faire, veulent qu'on lui donne toute la liberté. Ceux qui ont vu tout le mal qu'il a fait, veulent qu'on la réserve toute dans la loi. La pensée ne peut donc décider de la question; elle dépend entièrement de nous,..
Toutefois il ne pourrait y avoir d'absolutiste ou de libéral parfait. L'absolutiste voit que si toute liberté est retirée à l'homme, l'homme lui-même disparaît; et le libéral, que si toute autorité était enlevée, la Société finirait. Néanmoins ils se repoussent et se font réciproquement une erreur de chacun de leur principe.
Qui démêlera les deux erreurs?