CHAPITRE XIX
Le sang est nn Capital de la nationalité.
Le sang est à une population ce que le capital est à l'homme. La race en est le dépôt, ou le sol.
Ici se retrouvent toutes les grandes lois de l'homme. La liberté a son vase, qu'elle remplit ou qu'elle vide. Le temps est lent parce qu'il porte avec lui les faits, comme le chariot de l'humanité. Il est aussi le préservatif de la liberté. La liberté a besoin de support pour ne pas s'é-
crouler à chaque génération, et recommencer éternellement notre âme.
Ce support est l'organisme, aussi progressif qu'ellemême. Le cerveau reçoit sa forme de l'àme; le sang prend nature des vertus qu'elle a. Les divers points d'arrêt de ce développement ont établi autant de races sur la terre. Les races sont des quantités acquises dans l'âme.
Aussi les races résistent à leur fusion comme les nationalités elles-mêmes. Elles ont tous les caractères de la liberté. Chacune, ficre de son produit, est toute jalouse de ce qu'elle est. Elles ont même iixé un costume sur elles. Les races ont aidé beaucoup les commencements des peuples : c'étaient des unités morales toutes faites.
Une religion les a formées, une religion seule peut les défaire. Le développement social, c'est-à-dire l'accroissement de l'âme, est la seule cause au fond qui puisse modifier le type primitif d'une race. Les croisements portent leur richesse ou leur pénurie avec eux.
Tout ce que nous avons dit du sol, il faut le dire de l'homme; tout ce que nous avons dit du capital, il faut le dire du sang. Il est ce capital intérieur qu'accroît et vitalise la vertu , ce capital qu'exploite et purifie le travail, ce capital dont l'àme a rempli la coupe écumante où boivent et ses désirs et ses transports.
Selon que les nations s'élèvent, elles emportent avec elles la forme oui, d'après la physiologie, correspond à la justice , à la pensée et à l'amour. Cette forme est la beauté.
Et la beauté du sang fait la gloire d'un peuple tout autant que la richesse du territoire. Les nationalités se
sont individualisées sur la terre par rapport à ce sol et à ce sang qu'elles ont formés.
Le capital réside en trois lieux : dans le sol, par la couche végétale que le travail et l'engrais y ont établie ; dans l'homme, par la vertu que le sang et l'éducation y ont mise; dans les machines et tous approvisionnements, par l'intermédiaire desquels s'établit la jonction féconde de la nature et du travail. Mais si le capital est reçu dans ces trois réservoirs, il n'a qu'une source unique, au cœur de l'homme.