‹ De la Restauration françaiseChapitre 19 sur 189 · CHAPITRE XVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIIL

Da capital que fcprcscntp itue population.

ïl faut considérer la population que porte un territoire comme un capital ajouté à celui que ce territoire contient. Et la nature de ce premier capital fait la mesure du second.

En France, par exemple, en. ne prenant comme positivement apte à quelque genre de travail que dix millions d'âmes, la population aurait, par le chiffre qu'on vient

d'indiquer, une valeur de deux cents milliards, c'est-àdire une valeur économique probablement trois fois plus forte que celle du capital introduit dans les choses.

Seulement le capital dans les choses est fixé , et le capital dans les hommes porte son danger toujours prêt. Le besoin ouvre un gouffre sans fond, sur lequel court la frêle barque des richesses. Une population peut engloutir en trois ans son capital de quatorze siècles, et s'abîmer avec lui. De là deux sommes dans la richesse des nations : le capital pose l'une, la population sert de diviseur ou de multiplicateur à l'autre,

La nature entière conspire à faire du sang, et la richesse à faire l'hommg^ Les nations n'ont d'autre but que la formation de ce divin capital. Que la Société protège de tous ses moyens la sublime phalange des travailleurs qui, sous le salaire de la Providence, produit directement ce capital glorieux , réservé pour l'Infini. Le Clergé, prêchant le travail et la modération dans les jouissances , est la grosse racine de l'arbre économique.

Le vice détruit la richesse chez celui qui la possède, dans la Société dont il l'emprunte, et dans le sang qui la consomme; l'homme comme capital est perdu. Tout homme détruit prive le genre humain du sang que plusieurs siècles de civilisation avaient enlevé au lymphatisme de l'état sauvage.

La beauté du sang chez un peuple est la somme de sa moralité; soit par le pain que son travail sut lui fournir, soit par la vie que sa vertu lui conserva. La statistique dit que la moyenne de la vie humaine s'accroît selon la civilisation. La débauche épuise la moelle épinière et le

sang, l'ivresse affaiblit le cerveau et les nerfs, l'intempérance fait prédominer les intestins et le lymphatisme sur les muscles et les organes respiratoires. Le corps retourne à l'état sauvage par les moyens opposés à ceux qui l'en ont tiré.

Estimez aujourd'hui la valeur économique d'une population, vous aurez celle du sang que son épargne a ramassé depuis son origine; vous aurez conséquemmentla mesure de sa vertu. Tout individu est un Capital que la jouissance pouvait détruire, en lui ou dans sa race. Un homme existe; si le vice avait emporté la balance, il n'existerait pas.

Tout homme est une pile de vertus. Supputez maintenant ce qu'une population représente. . . On ne sait pas ce que c'est qu'un peuple! Certaines choses nous échappent par leur grandeur même. Tout peuple compte les degrés de sa gloire sur sa population ; et le Dieu qui aime les peuples compte les cheveux de la tête du plus petit de ses enfants.

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