‹ De la Restauration françaiseChapitre 23 sur 189 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

D'oii vient la rédaction de notre Capital.

Quand on connaît le capital, il faut chercher qui le conserve, il faut chercher qui le détruit.

Tout le capital que le luxe a prélevé sur les richesses de nécessité et le capital du crédit qui faisait le service de l'agiotage, bref tout le capital fictif est détruit. Or voici la loi:

Toute diminution de capital amène une diminution proportionnée de production ; et toute diminution de produc-

tion amène une diminution proportionnée de population. Où est la production des quinze à vingt milliards du capital fictif? Demandez ce que deviendra la population qui reposait sur cette production ?

De plus, la France est physiquement incapable de venir au secours de la population industrielle. L'impôt aurait la faculté de prélever sur un point pour reverser dans un autre. Mais sur qui le lèverait-on? Évidemment sur le capital qui reste, sur les habitants des campagnes. Or, vous savez la vérité sur le sol...

On a voulu commencer. Déjà, sous la forme d'ateliers nationaux, de commandes, de primes et de secours, des millions provenant des ouvriers des campagnes sont allés aux ouvriers des villes. Le préjugé qui consiste à croire qu'il y a beaucoup de richesses en France, qu'on pourrait au besoin créer du capital par décret, et qu'enfin sans inconvénient on peut déplacer le capital dans une nation, ne bornera pas là notre ruine.

Devant vous la position est forcée. Le capital fictif qui soutenait la population des villes est détruit; le capital agricole est seul debout à travers son hypothèque. Vous voudrez prendre où il y a, pour porter où il n'y a pas. Le premier impôt a levé le peu d'avances qui restaient ; le second soulèvera les hommes. Il faut le dire, la question se trouvera ainsi posée dans les faits : la guerre des campagnes contre les villes...

Le résultat de tant d'erreurs est-il enfin palpable? d*un côté, un capital énorme anéanti, sur lequel une vaste population s'est assise; de l'autre, toute la population du sol appauvrie depuis (rente ans par cette émission exagérée de valeurs fictives! Déjà cette dernière ne peut se suf-

fire, et la première est obligée de recourir à elle pour ne pas périr ! Vous parliez d'organiser le travail : il est bien temps maintenant ! L'organisation du travail, c'est un capital en état de le soutenir. Ouvrirez-vous les yeux ? sont-ce nos vingt-huit millions d'agriculteurs qui demandent d'organiser leur travail?

Tout le mal vient de l'abus du commerce. Autrefois nos deux industries agricole et manufacturière en contact produisaient pour pourvoir à leurs nécessités mutuelles. Ces deux activités économiques en présence pouvaient s'arrêter à la limite de leurs vrais besoins. Il en fut ainsi jusqu'à la fin du moyen-âge. On ne pensait alors qu'aux justes nécessités, on songeait moins aux fortunes.

Mais, entre les deux industries agricole et manufacturière, les Juifs vinrent établir l'industrie intermédiaire du commerce, pour transporter les produits de l'une à l'autre. Dès ce moment la production entra dans une autre voie.

En premier lieu, les deux industries agricole et manufacturière n'ayant plus de rapports entre elles, aucune des deux ne sut le point auquel elle devait arrêter sa production. Elle a dû aisément penser que toute production augmenterait son profit, et que les moyens de consommation seraient toujours au niveau. Delà une grande partie de l'activité employée, non à une augmentation de richesse, mais à une véritable destruction.

En second lieu, cette troisième classe ayant pour objet de vendre cher et d'acheter bon marché, et pour but, non plus , comme les deux précédentes, l'intérêt de la production y mais la consommation la plus grande possible

des produits de toutes sortes, ne s'occupa plus des besoins véritables de ces deux autres classes. Elle eut au contraire intérêt à en créer de superflus pour augmenter son trafic.

Dès lors une nuée d'entrepreneurs de commerce se répandent et se trouvent en lutte partout. Dès lors concurrence entre eux pour s'emparer des débouchés. Dès lors nécessité de réduire les prix. Dès lors nécessité de produire à meilleur marché, c'est-à-dire de diminuer le profit du capital et le salaire de l'ouvrier.

Dans cette concurrence sans limite et cette fièvre de la production, la richesse s'est accrue? mais le salaire et le profit ayant diminue, la consommation s'est d'autant réduite. De là encombrement, c'est-à-dire existence d'une production inutile, c'est-à-dire destruction d'un capital. De là le commerce, ne trouvant de plus en plus ses acheteurs que chez les hommes en qui la concurrence a concentré les capitaux, au lieu de produire les choses de nécessité, produit les choses de luxe. De là détournement de plus en plus du capital au profit du superflu, c'est-àdire aux dépens des masses.

Sur ces entrefaites, les gouvernements, voyant la production augmenter, augmentèrent aussi les impôts; le fait retombe sur la production, et les masses encore le payent. Les gros budgets sont venus avec les gros capitaux tout prêts. Les gouvernements favorisèrent le commerce aux dépens de l'agriculture, afin de savoir où les prendre. Les commerçants profitèrent de leur crédit pour créer des valeurs comineiciales énormes. Ces valeurs, qui s'élevaient au chiff're efli'ayant de vingt milliards, ont déprécié d'autant le numéraire et le sol ; il a fallu deux ou trois

fois plus d'argent pour payer les frais agricoles. De là l'agriculture ruinée s'hypothéquantsans profit pour l'industrie. Qu'une cause vienne détruire cette richesse de crédit, la détresse est universelle; la misère qui poursuivait l'habitant des campagnes et atteignait celui des villes, frappe alors la Nation.

Résultats du Commerce : disettedâus les choses utiles ; surabondance dans les choses superflues; pénurie des masses et ruine des capitaux, c'est-à-dire paupérisme.

Quand l'Église nous mit en garde contre les Juifs, contre les banques, contre l'usure, enfin contre l'abus du commerce, nous n'avons pas voulu l'écouter...

Écouterez-vous les faits? Premièrement, le commerce substituant la valeur vénale à la valeur réelle bouleverse les lois de la production. Secondement, le commerce se substituant aux besoins renverse les lois de la consommation. Troisièmement, le commerce substituant les richesses de superfluité aux richesses indispensables détruit la population.

L'affaire du négociant n'est pas d'être utile, mais de vendre. Le commerce n'est plus, comme dans les livres d'économie politique, cette industrie qui, transportant le produit au lieu de sa consommation, crée devant le besoin une richesse réelle. Il devient cette puissance accélérant partout la consommation par un bas prix qui vient de ruiner quelque part une branche du travail. L'institution du voyageur de commerce est un fait qui explique tout.

Lebienfaitdu commerce fut d'enleverl'industrie à l'état domestique. Son fléau est de s'être fait le sol des objets de luxe. C'est par ses soins, c'est pour son but que du lin valant 1 fr. est converti en une dentelle de 5,000. Je

demande où sont les 2,999 fr. de travail, c'est-à-dire le capital, entrés dans cette confection ? Un peuple qui laisse le droit de transformer ainsi son capital pour les besoins païens ne risque pas de s'enrichir ! Il crée une richesse pour satisfaire ses besoins de nécessité, aussitôt on la lui change en un objet de vanité.

Notre misère a commencé le jour où les hommes ont voulu s'enrichir. Les lois de la richesse ont été bouleversées dans le monde. Comme la terre ne fut pas faite en vue de fournir de l'or, les digues économiques ont été rompues, et le capital s'est perdu. Le jour où pareil fait se déclara chez les nations antiques, elles disparurent. Les populations déshéritées du Capital allumèrent une guerre civile qui amena la destruction de ces États.

Les Prophètes n'ont-ils parlé que pour les Juifs? Ils ont dit la ruine des peuples que le commerce, dans ses conséquences économiques et morales, avait dissous. Les sociétés modernes auraient-elles d'autres fondements, et l'homme reposerait -il en dehors des lois morales?

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