CHAPITRE IL
On n'a va que le bat temporel de la Société.
L'unique malheur de ce temps est qu'on ait redit à l'homme qu'il était ici pour jouir. Cette dune fatale que le gravier antique nous a jetée en travers fera buter l' avènement que le christianisme préparait pour nos jours. Mais les révolutions conduiront la mer sur ces sables. Elles effacent toujours les races qui empêchent l'humanité de traverser.
Alors, combien de temps pour reprendre la notion supérieure que l'Évangile avait mis tant de soins à fonder? Juste le temps que cette révolution durera. Combien durera-t-elle ? Juste le temps que ceux qui ont compris la liberté mettront à comprendre la Foi !
La religion, qui porte la loi de Dieu, la liberté qui l'accomplit, ont été divisées. De sorte que la liberté veut ne s'appliquer qu'à la terre; de sorte que la religion ne serait plus que pour le Ciel. Le premier usage que l'homme fit de la liberté fut de la prendre pour lui. L'orgueil fit comme au jour d'Adam !
Les hommes ne montrèrent point la générosité de Dieu; quand ils séparèrent la religion et la liberté, ce fut pour abolir l'une ou l'autre. Si l'homme savait qu'il a fendu sa propre pensée et mis en deux sa puissance ! Aujourd'hui, ceux qui admettent les conséquences ne veulent plus admettre les principes; ceux qui possèdent les principes ne veulent pas admettre les conséquences. Le grand obstacle est là.
La calamité de ce siècle est dans le schisme de la nature humaine.
Ainsi les économistes n'ont étudié la Société que dans son rapport avec ce monde, qu'elle doit traverser; ils ne l'ont point considérée dans son rapport avec l'infini, ob. elle doit mener les âmes. On a cherché sans cesse la fonction de la Société dans le temps, sans songer à son but au delà du temps. La Société n'étant que pour recueillir le genre humain et le conduire à Dieu, le temps n'a pas répondu.
Il ne possède point la loi, celui qui ne l'a vue que par un bout, à son extrémité sur le fini. La loi s'élance dans la création entière. La richesse, puisque votre pensée bute là, repose sur le travail, le travail sur le capital, le capital sur la vertu, et la vertu sur la Foi. On ne peut faire d'économie politique pour la terre.
Suscitez beaucoup de systèmes, le fait est ce que je viens dédire. A moins que vous ne repreniez l'escalier antique : la richesse par le travail, le travail par le capital, et le capital par l'esclavage...
L'individu a subi le sort de la pensée actuelle. Chrétien, il a voulu jouir en païen ; païen, il a voulu être traité en chrétien. L'un demandant le luxe, sans réfléchir qu'on ne peut convertir en or le pain de l'homme sans l'appauvrir ; l'autre voulant être en tout égal et frère, sans songer qu'il faut remonter à ce Père qui est aux Cieux.
On ne peut être chrétien et jouir, on ne peut être libre et sans foi. Les bénéfices du christianisme ne sauraient être recueillis pour les festins impurs.