CHAPITRE XXX
Ce que pourrait être la tcire.
Si la vertu avait dominé, voulez-vous savoir ce (pie serait aujourd'hui la terre? Sî tout homme avait économisé son vice, voulez-vous savoir quel spectacle donneraient en ce moment les hommes?
Toutes les familles comptent derrière elles le même nombre de générations, connues ou inconnues. Supposez seulement que depuis la monarchie française chaque homme ait mis en capital l'argent qu'il a bu ou joué, et celui qu'il eût gagné en ces instants perdus. Supposez que les fds soient partis de ce premier capital pour vivre à l'image de leur père. 11 y a quatre générations d'héritiers par siècle: calculez ou ce quatrième des descendants serait
arrivé. Maintenant appliquez ici la progression géométrique donnée par le chiffre des quatorze siècles, dites le capital que chaque famille posséderait aujourd'hui en France !
Celles qui ont plus ou moins fait ce que nous venons de dire, forment en ce moment les classes nobles et bourgeoises. Et celles qui, jusqu'à ce jour, se recommençaient au contraire à chaque génération, sont les classes populaires, ou inférieures.
Mettons à part les familles dont l'agiotage a augmente momentanément le butin, et examinez ce que possèdent déjà des familles commencées, en général, il y a deux siècles, ou même depuis deux ou trois générations ! Et voyez à quelle prospérité en seraient aujourd'hui les hommes, si tous, depuis cette dernière époque, avaient eu seulement les vertus de ces classes élevées !
Supposez donc, enfin, que les antiques familles ne se fussent pas éteintes par le relâchement, et que la vertu fût venue quelques siècles plus tôt à ces familles nobles et bourgeoises de deux siècles, dont nous venons de parler, et calculez alors la quotité du capital qu'auraient constitué les Aristocraties pour porter aujourd'hui les masses vers le niveau du bien-être. Quoi ! . . . une couche végétale généralement triplée sous le travail, les constructions et l'engrais, une production agricole peutêtre de vingt pour un comme en Chine, quelques heures de travail par jour pour l'entretien du corps, les autres consacrées à l'élévation de l'âme, pour tous enfin la vie que les Bénédictins, tombés au sein des solitudes, étaient parvenus à se créer î , . .
Tl y a place ^uv Ja terre à l'entretien de toutes les
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taïuilles. La culture viendrait de couvrir le globe, qu'il resterait à la culture à décupler cette richesse en décuplant la somme de cette terre végétale, qui conduit une mesure de sol depuis une valeur de cent francs jusqu'à une valeur de mille. La moindre famille, dont les quelques arpents valent de cinq à dix mille francs, aurait pu leur donner, depuis cent ans, unç valeur de cinquante mille francs.
Or, depuis cent ans, combien de vin répandu hors du besoin, de vices satisfaits, de forces détournées de produire ! Comptez au bout de la vie, au bout des siècles, au bout des civihsations, et vous aurez le chiffre mystérieux qui, dans ce monde, donne aujourd'hui la misère de l'homme.