CHAPITRE XXIX
Où se lient le Capital du Luxe.
Tout capital formé en dehors des richesses nourrissantes, vêtissantes, meublantes, et d'enseignement, est, comme je l'ai dit, un prélèvement exercé sur le véritable Capital, sur celui qui porte la population.
Par exemple, le capital inouï consacré chaque année, en France, à produire voitures, chevaux et ameublements de luxe, soies, dentelles, bijoux, boissons coûteuses, enivrantes, etc., aurait pu d'autant abriter des hommes contre la faim, le froid, et fournir des instruments utiles, s'il fût allé dans le gain des producteurs fixés au sol. Le milliard entier, peut-être, que le peuple, depuis que la religion s'est affaiblie, dépense chaque année en boissons hors du besoin, et en perdant les premiers jours de la semaine, l'aurait d'autant pourvu dans ses véritables besoins, et mis à même de faire autour de lui du capital.
Le luxe, c'est toute consommation ou emploi de capital fait en dehors des besoins de nécessité ou d'éducation. Celui qui absorbe après son besoin, qui ajoute l'inutile à son vêtement, ou à sa mollesse un objet dont
riionime modeste se passe, commet une consommation improductive, détruit du capital. Le seul qui se couforme à la loi exprimée est le chrétien, le meilleur agent de l'ordre économique.
Il y a un moyen de transformer tout de suile le capital du luxe en capital agricole : c'est la vertu.
Il ne faut jamais consumer, parce que la France jamais ne produira assez, parce que les besoins jamais ne seront satisfaits, parce qu'on n'empêchera jamais un liers de ceux qui naissent de mourir faute de soins plus délicats. Que la conscience en soit avertie! quiconque, en valeur, satisfait trois fois son besoin, empêche deux liommes de satisfaire le leur. L'Évangile fait les moeurs du véritable patriote.
Ne prêtez jamais l'oreille aux hommes qui n'entendent point la question économique par la vertu. Ce n'est pas de notre avancement qu'ils sont en peine, mais de leur iriste gloire. Tout homme qui attaque de sa pensée ou de ses actes le capital , peut être un libéral , un érudit, un étourdi, ce n'est pas un économiste. Les théoriciens partent en avant, sans emmener avec eux les faits. Ils arrivent certainement les premiers, comme le cheval qui s'échappe sans traîner son char.
L'homme ne court pas comme les idées, il marche comme les faits, étendant sous ses pas le terrain du possible. Ah ! les faits ! ils portent à la fois l'idée et sa réalisation! 0 Peuple! puisqu'il en est tant aujourd'hui qui s'adressent à toi, reconnais celui qui te trompe! Quand tu diras : liberté! misère ! il le criera doux fois. Regarde l'Église, qui t'aime depuis dix-huit cents ans, a-tellechangé de mots avec toi? Observe-le : ceux qui t'ont
fait (lu bien, dans le cours de la vie, t'abordenl-ils en te flattant?...
Que les hommes réfléchissent, puisqu'ils peuvent tant souffrir! Au lieu de recevoir la douleur de la main étrangère des événements, comme les esclaves du Destin, qu'ils portent dans leur sein la main familière de la privation, comme des enfants de Jésus-Christ. Il est si doux d'être saint ! Eh quoi ! simple dans nos besoins et humble dans notre esprit ! La sainteté n'est pas loin, c'est tout ce qu'il y a de plus près de l'homme. Nous serions aimés de notre conscience, aimés des hommes, nous connaîtrions la source de toute joie. L'homme ne peut satisfaire ses jouissances sur la terre, il ne peut y trouver que le bonheur...