CHAPITRE XXXÏÏI
Kaciiie histoi'itjiic ilii imil, la Reuaissaiice.
Ces dix-huit années de corruption flaiirante et d'athéisme secret ont fait à l'oindre moral un mal pour le moment irréparable. Un siècle et plus de i'ôusse économique, portant un tiers du capital réel sur le mercantilisme, a creusé sous la France un gouffre qu'un siècle ne suffira pas à combler. Notre époque est une victime. Il aurait fallu plus que nous pour repousser ce fatal héritage d'erreurs, de vices et de dettes.
L'abus du mercantilisme a soulevé contre la propriété, c'est-à-dire contre le capital constitué, une réaction dont le terme pourrait être celui de la Société môme. Cette
réaction peut devenir contre cette seconde colonne de la civilisation ce que la Réforme a été contre la première. Car le capital est dans l'ordre physique ce qu'est la Foi dans l'ordre spirituel. Or, la Foi, condition de la vie de l'âme, repose sur l'autorité ; le capital , condition de la vie du corps, repose sur la propriété.
On voyait, en 1500, des mœurs païennes restées debout sous les idées chrétiennes. Il n'y avait pas à réformer la foi, puisqu'elle était complète et vivante, mais les mœurs, que sa lumière montrait évidemment fausses. La réaction se dépassa ; le vice de ceux qui portaient les idées chrétiennes l'attira jusque sur elles. De même aujourd'hui, la réforme n'est pas dans la propriété, mais dans l'abus que, malgré elle, on fait encore du capital. Loin d'atténuer la propriété, il faut l'augmenter et l'étendre; mais loin de la conduire au terme païen de l'abus, il faut la ramener au but chrétien de l'usage.
Un Protestantisme économique est ce que vous avez à conjurer en ce moment.
Veillez-y; il s'agissait, en 1500, d'être aussi chrétien par les mœurs qu'on l'était par les idées; il s'agit aujourd'hui de ne plus être païen par la fortune, quand on ne l'est plus par les lois. Des guerres aussi sanglantes que les guerres de religion nous menacent. Jugez de ce que deviendrait un pays où pendant trois siècles la propriété subirait le sort de la Foi ! Imaginez un état économique semblable à l'état moral que le scepticisme a fait! c'est-àdire que la population delà France, suivant la phase de son capital, redescendrait, sous le couteau de la misère, dans ses chiffres de 1500 !
.l'ignore ce qu'en architecture, en peinture, en littéra-
ture, on pense de la Renaissance ; mais ce que , de mon côté, je suis obligé dédire, c'est qu'elle a été la destruction de l'ordre économique en France. Fille posthume du paganisme, elle a ramené la nature partout à la place de Dieu; partout, conséquemment, la chair qui consomme, à la place de l'âme qui s'abstient. Fut-il un lettré en Europe, philosophe, savant, publiciste, qui n'écrivît: « La Nature? » ïl en fut ainsi dans le cœur... La Renaissance n'est autre chose que celle de l'antiquité.
Ici est la grande cachette ; fouillez-la, vous trouverez tout : d'abord tout le point de vue humain , puis tout ce qu'il a dû produire. De là sortit la grande Protestation ; c'est-à-dire, celle de l'esprit privé de l'homme contre l'esprit absolu de Dieu. De là sortit le Luxe, c'est-à-dire la richesse prise aux besoins pour être accordée aux sens. De là sortit ce que plus tard on nomma Légitimité ; c'està-dire, l'investiture en un homme de la Souveraineté de Dieu. Auparavant, les nations vivaient sur la foi en leurs princes ; ils n'avaient point eu l'idée d'usurper la prérogative essentielle donnée par Jésus à l'Eglise. La Légitimité ne fut que l'infaillibilité transportée dans la politique.
La raison, la science, les besoins, les sens, tout parla de sa légitimité. Oui , tout devint lécilime chez l'homme, excepté ce qui devait l'être. Ce mot, en politique, ne fut, comme ailleurs, que l'achèvement du point de vue humain .
La Révolution française en fut la dure réaction. Elle n'a point fini. Si elle a vengé la Société de l'œuvre impie de 1600 à 1700, la révolution nouvelle la vengera en même temps de l'œuvre de loOO à 1600, et de celle de 1700 a 1848!
Voltaire fut le premier écrivain qui, sans se douter du fait auquel il concourait, emporté par ce mouvement imprimé à l'opinion par les Rois et les parlements, opéra dans la société domestique la révolution que les princes avaient faite dans la société politique. Or, ce que Vçltaire et le dix-huitième siècle firent dans l'ordre domestique, ce que les Princes firent dans l'ordre politique, Luther l'avait accompli dans l'ordre religieux : de sorte que l'athéisme, c'est-à-dire le point de vue humain, a gagné la Société par ses trois éléments. Comment l'ordre économique s'en serait-il préservé?
Là nous en sommes. Un effroyable despotisme pourrait seul contenir cette anarchie. Une effrayante révolution pourra seule nous en guérir.
Tout s'y prête en ce moment...