‹ De la Restauration françaiseChapitre 35 sur 189 · CHAPITRE XXXIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIY

Justes conséqnenres.

Les Rois se sont faits Dieu sur la terre ; les hommes à leur tour se sont faits rois devant Dieu. Leur cœur a quitté ses temples, leur sang a reconduit l'infamie sous le toit de la famille, et la stérilité sur la terre. Partout ils se sont couronnés des trois vices de leur paresse ; aucune chair n'a assouvi leur vanité. Le feu des saturnales s'allumait dans les hauts lieux, le plomb fondu en dégouttait sur les têtes de la foule... Vous direz à Dieu maintenant de la rendre chrétienne pour vous !

Il ne s'agit plus aujourd'hui de détourner tel ou tel bras de l'erreur ; le fleuve entier est dans ses bords. Je

puis toute la dire dans un mot : L'homme se cherche au lieu de Dieu. Je puis l'exprimer économiquement : L'homme n'a d'autre pensée que de jouir. Le cœur n'est plus pour aimer Dieu, l'esprit n'est plus pour le connaître, le corps n'est plus pour le servir; mais pour aimer, connaître et servir l'homme. De telle sorte que moimême, en parlant de h sorte, j'ai l'air tout-à-fait d'un enfant.

L'homme a démonté en quelque sorte pièce à pièce le Christianisme; il l'a remplacé pièce à pièce dans son esprit par l'erreur qui lui correspond. La Foi n'est plus le don de sa pensée à Dieu ; la Morale, le sacrifice de tous ses sens; et la Société, le devoir inscrit partout avant le droit, comme l'âme avant le corps \ Existant pour luimême, l'homme ne conserve que des droits. Or le premier est le droit au bonheur.

Est-il malheureux, est-il méchant? le mal, ne sortant point de sa nature , ne peut provenir que d'autrui. L'homme naît bon, la Société le déprave; l'homme naît libre, la loi le met dans les fers ; l'homme naît riche, et les institutions l'ont enfermé dans la faim. Mais qui maintient cette société, cette loi, ces institutions? des hommes. Qui corrompit son cœur? qui détourna sa volonté ? qui aveugla sa grande nitelligence ? des hommes. Qui retient enfin son pauvre corps dans la misère? des hommes ! Depuis Adam, quelques hommes seulement ont empêché le genre humain d'entrer dans l'âge d'or.

Une seule révolution dans les faits nous délivrerait de

* Du devoir absoln naît le droit; de la responsabilité de Tâme vis-àvis de Dieu naît rinviolabilité de rhomme vis-à-vis de ses semblables. On prend la question par Pautre bout pour la briser.

ces hommes ! l'orgueil n'es! plus notre ennemi ; la Société ne porte plus les conséquences de la chute ; son objet n'est plus de reconduire les âmes réparées à Dieu.

La révolution se fit.

Le peuple, en Février, fut tout ravi d'entendre tant d'éloquence, et, peu après, tout surpris de ce que le pain ne venait pas. Il se montrait, on le flattait ; il murmurait, on lui parlait d'une souveraineté éternelle. C'était une destinée de rois ! La nature allait le servir ; ceux qui en avaient fermé les clefs devaient être liés à son char.

Cependant la misère demanda son entrevue; là finit la lune de miel.

Vous deviez, incontinent, rendre tout ce peuple heureux, et, par malheur, sa misère sera égale au capital dévoré ! Vous couriez prendre en main la pohtique d'une nation, et vous ne connaissiez même pas sa situation économique !

Vous avez dit l'homme libre, sans dire comment il le devient; vous avez dit les hommes égaux, sans dire devant qui ils l'étaient ; enfin vous les avez dits malheureux, sans dire comment cela se faisait. 11 vous réclame donc, l'homme, sa liberté, son égalité et sa félicité. Ce peuple ne vous demande aujourd'hui que la logique, comment la lui refuserez-vons?

Vous avez détaché la politique de la morale, et puis la morale de Dieu ; vous avez détaché la richesse de la vertu, et puis la vertu de la Foi; à quoi les rattacherez-vous? Vous disiez à la foule souffrante que des hommes pouvaient la soulager, et qu'ils ne le voulaient pas. Cette foule, encore une fois, ne vous demande que la logique; comment la lui refuserez-vous !

En seriez-vous embarrasstîs? Remettez-vous ; depuis longtemps vos doctrines sont mères, et toute la portée est vivante. ..

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