‹ De la Restauration françaiseChapitre 38 sur 189 · CHAPITRE XXXYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXYII

La Propriété est le réservoir du Capilul.

Les nations n'ont eu au fond qu'un soin, celui de protéger la grande industrie du Capital. Selon qu'elles y ont réussi par ce qu'on a nommé les progrès de la législation, elles se sont élevées. Leur développement fut partout celui de la propriété. Pourquoi, contrairement à la pratique du monde, vos esprits visent-ils à l'offenser!

Tout ce que nous avons dit du capital , il faut le dire de la propriété, sur laquelle il repose, dans laquelle il est recueilli. Avant la propriété, il n'existe point de capital. Parmi nous, hors de la propriété, le capital s'évanouit. Et vous le savez, sans le capital, plus de travail, plus de liberté, plus de science, plus de civilisation humaine.

Le capital n'est pas comme un tout qui peut se défendre. Ce n'est pas un Océan qui reprend à tout instant ses flots. Le capital est comme la goutte de rosée formée sur chaque fleur, au pied de chaque plante. Disséminé sur tant de points, chacune de ses parcelles sacrées a besoin d'un défenseur. C'est le propriétaire. Devenu un avec le capital, il l'entretient de sa propre vie.

Porté sur les bras du travail, son père, allaité sur le sein de la prévoyance, sa mère, ce fils de l'homme grandit. La famille le conserve comme son propre sang, elle le transmet comme son hérédité même. Arrachez l'enfant à sa mère pour le remettre à l'étrangère, si vous

voulez confier la propriété à celui de qui elle n'est point issue.

Le terme de l'ordre économique est la propriété, fixation du capital. Longtemps encore la liberté , source de l'inégalité humaine, en laissera couler le flot par le salaire, capital non assis. Au lieu d'atténuer la propriété, travaillez à l'accroître et à l'étendre. Il faut que chaque homme forme autour de lui cet atterrissement de la vertu.

Le capital est un fluide, la propriété est le vase qui le contient. Attaquer la propriété, c'est donner un coup sur le vase et voir le fluide social se répandre dans le désert.

Pour en donner à tous, il ne faut pas briser le vase, mais l'agrandir. Loin de répandre le capital, il faut le recueillir encore par l'épargne; loin de lui ouvrir la porte de la jouissance, il faut la lui fermer par la vertu.

Quand le capital sera plus grand , un plus grand nombre en jouira ; partout il escortera le travail. Le partage du capital, en ce jour, ne ferait que quelques pauvres de plus. Le déplacement de la propriété précipiterait le capital dans les canaux qui ne l'ont point recueilli et conduit jusqu'à nous.

Si l'on distribuait au travail le milliard et demi environ de la rente et du profit revenant aux entrepreneurs et propriétaires de France, la quote-part de chaque ouvrier pourrait s'élever de 12 centimes. Mais ce fait anéantirait d'un coup le capital d'approvisionnement et suspendrait toute entreprise pour entrer dans l'année suivante.

Régler les salaires sur les besoins serait une chose si belle que ce serait toucher le but. La vertu seule a ce

pouvoir. Malheureusement les besoins de l'homme dépassent deux ou trois fois tout salaire. Si le maître dans l'antiquité, plus tard le seigneur, enfin le propriétaire n'eussent pas été un obstacle à la totale répartition des produits, il n'y aurait pas un pouce Cube de capital sur la terre !

Le capital a commencé le jour où quelques hommes, ayant satisfait leurs besoins, ont eu la possibilité d'épargner. Si l'inégalité ne fût surgie immédiatement parmi les hommes, les besoins eussent éternellement étanché les produits ; ce capital précieux, qui fait tout l'avenir de l'humanité, ne serait pas encore fondé.

Le capital suit la loi de l'irrigation. La comparaison est frappante. Une faible source sort de terre, le filet d'eau est constamment absorbé par les trois ou quatre mètres de surface qui l'entourent. Creusez un bassin pour le recevoir, et son flot court arroser huit ou dix mille mètres de sol. L'eau revenant au réservoir, l'opération recommence. Que le pré eût demandé la destruction du bassin qui retient ses eaux, et trois ou quatre mètres pourris sous les joncs remplaceraient la fécondité d'un hectare. La propriété est le réservoir du capital.

Chez les sauvages, oii règne une égalité inflexible devant la nature, le chef tout seul ne parvient pas à constituer un capital pour commencer une nation. Le capital fut le noyau de tout Empire. C'est en rompant l'Égalité que la Société naquit ; et l'homme entra danfe la voie du mérite, où il trouva l'équité. C'est pourquoi la charité est la dernière loi de la terre.

Pour protéger le travail, protégez plus que jamais le Capital. A mesure que le levier sera plus long, le bras

aura plus de puissance. Ceux qui veulent qu'on sacrifie le capital au travail, compatissent aujourd'hui à sa douleur, et le sapent pour demain. Au total, c'est le propriétaire qui abuse le moins du capital : c'est lui jusqu'à ce jour qui l'a formé... Le travailleur en abuserait bien davantage : c'est lui jusqu'à ce jour qui n'en a point épargné... Les classes restent, les hommes qui les composent changent continuellement ; elles s'entretiennent sans cesse de ce qu'elles sont. La Société n'est que le tourbillon des mérites.

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