‹ De la Restauration françaiseChapitre 37 sur 189 · CHAPITRE XXX\7I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX\7I

Le sol de la Frauce est attaqué.

Les hommes ont cru que le christianisme était faux ; ils ont puisé toutes leurs opinions en eux-mêmes. Ils ont dit, l'homme naît bon ; ils ont dit, il est ici-bas pour jouir; ils ont dit, la richesse est toute faite; ils ont dit.

' On ne peut concevoir tout le service que cette logique vient de rendre. Dès aujourd'hui rincrédunlé est arrêtée. Les honnêtes, les bourgeois, les sceptiques, tous les fils de Voltaire ne peuvent faire un pas de plus, ils toucheraient cet homme... Us reviendront en silence sar leurs pas.

tous y ont un égal droit j ils ont dit, il faut égalité de salaire, et l'on ouvrit les ateliers nationaux.

Qu'a fait l'homme ? Il a fait comme le Sauvage, il s'est couché... déclarant que c'est, non pas à la nature, mais à la Société de le nourrir. Que la mesure eût été générale, le pain manquant, il eût fallu, comme dans l'antiquité, forcer les bras au travail ; puis, l'homme s'enivrant jusqu'à extinction de salaire, retenir sur le tribut pour refonderie capital. Et nous y sommes en plein... Ou le christianisme, ou l'esclavage.

L'absence de lumières économiques véritables fait faire en ce moment d'énormes sottises en France. Les décrets et principes qui ont porté atteinte au capital, à la propriété et à la foi des contrats, détruiront en secret le travail. Je pose cette question : Qui osera maintenant fonder une industrie en France? On a pris, en tout, le rebours de la doctrine sur laquelle s'est établi ce grand État.

Quant à l'agriculture, on sent qu'une menace pèse sur le Capital que renferme le sol. Tout propriétaire de France va faire ce raisonnement triste : Comme le gouvernement de Juillet était menacé par ce qu'on appelait la République, qui l'a enfin renversé, de même la République est menacée par ce qu'on appelle le Socialisme, qui un jour la renversera. La Société, d'un point à l'autre, sera mise en question. Ajouterai-je mes épargnes à un champ qui peut m'être retiré ?

Tout capital au soleil s'amoindrira ; c'est-à-dire, que le sol de la France diminuera...

Le seul fait de cette crainte est une calamité publique. La nature en restera frappée comme d'un fléau. Il va

tenir le capital stagnant en France pendant plusieurs années ; promener conséquemment autour de la population existante le fer tranchant de la misère pendant tout ce laps de temps. Réfléchit-on à l'inextensibilité du capital sur une population dont l'élan est d'un million d'âmes tous les cinq ans?

Et tout en même temps vous vouliez la guerre ; vous vouliez augmenter l'impôt ; vous vouliez en secourir la production du luxe ; vous vouliez décimer la propriété, qui soutient le capital ; vous parliez même de le miner de plusieurs milliards de papier hypothécaire ! ce qui prouve que vous ignoriez bien tout.

Le papier hypothécaire ! c'est-à-dire, au sein de notre paupérisme, créer le moyen de manger deux ou trois milliards de plus au capital ! Mais qui êtes-vous?

. Songez-vous que la France est sortie des assignats, qu'elle a fourni les guerres de l'Empire, soldé deux fois la rançon de l'étranger, remboursé le milliard d'indemnité, et qu'ajoutant sept fois ces deux dernières sommes, elle paie en ce moment de sa misère le déficit du capital industriel ? Payer, payer, n'habitue pas celui qui paie, mais le détruit.

Malgré ses 12 milliards de dettes intestines, malgré les 15 milliards que le commerce lui a dévorés, malgré la dépréciation qui mine les 47 à 50 milliards qui lui restent, malgré les 2 milliards d'impôts qui nous frappent, il n'existe plus en ce moment que le sol. Ce sol est le lambeau de la France, sur lequel nous tâchons de nous tenir encore debout.

Et vous voulez le déchirer !

Le moyen est en vos mains. Ce n'est pas l'invasion

que redoute le plus ce pays, l'étranger n'emporte pas le sol ; ce n'est pas la guerre civile, elle tue deux cents fois moins d'hommes par an que la misère. Ce moyen, c'est d'annuler le sol lui-même en étouffant la propriété, soit en la jetant sous le scellé de l'hypothèque, soit en la paralysant par l'impôt.

Le jour oii le sol, lequel n'est que la propriété cultivée, où la propriété, laquelle n'est que le sol créé et conservé, sera livré à ceux qui ne l'ont point enfanté, vous ouïrez de nouveau la demande de la marâtre au tribunal de Salomon !

Hommes de l'illusion , voulez-vous savoir comment on le cultivera? Toisez l'ouvrage des chantiers nationaux.

Voulez-vous savoir comment on le moissonnera? Ouvrez les règlements des moissons chez les esclaves affranchis.

Voulez-vous savoir comment on consommera? Examinez quelle tempérance accepta vos bons de viande et de vin des premiers jours.

Par l'impôt, par l'emprunt, par l'hypothèque, par tout pillage légal touchez à la propriété, et vous aurez détruit l'impôt. Ètes-vous comme des enfants? Par qui le faitesvous payer? Qui vous prépare cet excédant sur ses besoins? Oîi saisirez-vous celui qui, ne faisant pas d'épargne, n'offrira aucun capital! Vous glisserez à l'entrée de sa bouche, dans son vin, dans sa viande, à la fenêtre qu'il ouvre, au cuir qu'il met à ses pieds?

Tout déplacement de richesse est une perte de richesse. Je parle à quiconque a vu. Que par des lois insensées on déplace le tiers du capital de la France

pour élever le niveau ailleurs, avant trois ans la population s'écroulera de plusieurs millions d'hommes. Vos économistes viendront après la consoler !

II est une chose dont je me suis persuadé, mais dont ne pourront se convaincre que par une profonde expérience ceux qui ne l'ont pas depuis longtemps observée. C'est que, ce monde pris en bloc, toutes les Familles qui en ont conduit les affaires et tenu la civilisation, familles princières, militaires, savantes, propriétaires et rurales, étaient au fond les meilleures du genre humain. Il a bien fallu que toute famille ait commencé ! ainsi toute classe et toute nation.

Non-seulement les autres familles admises en masse à la position des premières eussent tout dévoré, mais elles n'eussent rien créé, et eussent elles-mêmes disparu de la terre. Pourquoi reste-t-il encore une moitié du Globe dans la barbarie?

Je crains qu'un déplacement universel en Europe ne soit que le renversement européen. Des changements? beaucoup dans les cœurs, peu encore dans les choses. On semble penser le contraire : on essaiera. Mais comme l'orgueil se trouve l'instigateur, plutôt que le sentiment chrétien, on s'ouvrira de longs repentirs. Ce monde n'est pas à priori, mais bien la suite de la chute... De là la profondeur du proverbe : Le mieux est l'ennemi du bien.

De là l'erreur et la douleur du grand poète. Il s'attendait à trouver dans tous les hommes des sentiments qui n'y sont pas.

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