‹ De la Restauration françaiseChapitre 40 sur 189 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

Les hommes politiques en face de la solotiou.

Vous quittez le Christianisme, et vous voulez conduire les peuples qu'il a formés. Vous n'êtes plus dans l'Évangile, et vous venez en forcer les applications. Vous saurez ce qui reste à faire pour que votre république soit une vérité !

Voyez votre position î vous allez être obligés partout d'admettre le principe, et partout obligés d'éviter les conséquences. Quel ouvrage ferez-vous?

Quand on a pensé dans le faux, on ne peut retomber les pieds sur le vrai. La révolution que vous désiriez s'est ouverte : idées, principes, essais, problèmes, décrets, tout succombe à la première épreuve. On dirait que la Société moderne, accourue, est venue là se convaincre de son impuissance? Non point, mais de celle de vos idées. Pas un de vos mots, vrai en lui-même, qui ne soit faux en touchant à vous !

Les hommes rêvant d'ardeur la république étaient ceux qui, voyant l'homme perfectible, oubliaient en même temps l'Evangile. Les hommes la repoussant de crainte étaient ceux qui, voyant l'homme dépravé, sans croire le monde plus mal, en sentaient les difficultés. Les derniers, quoiqu'ils aient trouvé raison dans les faits, valent encore moins que les autres.

Les premiers ont du moins conservé le regard chrétien. Privés des sources de la sagesse, ils seront dominés par les hommes du fait. La vérité ne leur viendra qu'avec

la Foi. Les seconds portent un cœur inaccessible à la candeur du vrai.

Ou des esprits qui ferment les yeux à la lumière, ou des esprits qui ne les ouvrent qu'aux dehors ! Il ne reste à la pratique que fort peu d'hommes de bon sens en France. Si le point de vue moral leur échappe, ils voient au moins les faits sortis. Ils ne peuvent sauver la France ; ils peuvent empêcher de lui faire administralivement plus de mal.

Sauver la France ! ce n'est au pouvoir d'aucun homme en ce moment. Un grand homme est même impossible aujourd hui. Trouvez une absence d'anarchie dans les esprits sur un point! L'éloquence est dans ceux qui écoutent ; où est la pensée qui les réunirait? Est-elle dans la Démocratie? est-elle dans la Bourgeoisie? Dieu nous garde de l'ivresse insensée de l'une et de la corruption mortelle de l'autre.

Sauver la France? Il faut trente ans de vertus pour rétablir d'abord le capital dévoré par soixante années de vices ! On crut n'avoir qu'à frapper du pied le sol, et que des hommes en sortiraient! Il s'agit bien de splendeur! il s'agit de ne pas mourir. Si des hommes te sont donnés, ô France, ce ne sera point pour ta gloire, mais pour te secourir.

Cette révolution est le seul remède à la civilisation qui tombait. Elle ne laisse plus possible qu'une Société dans le vrai : il faudra conséquemment des choses et des hommes qui y soient. Que ceux qui ont demandé la République se doutent peu de leur demande !

Mais la foule se trouve réellement plus incapable qu'elle ne l'eût été en 1850 de s'ordonner dans une constitution

républicaine. Nos vices, arrivés sur elle, la refoulent dans une incapacité semblable à la nôtre. Le peuple s'est présenté à cette révolution avec les instincts delà bourgeoisie ; c'est pourquoi il n'en jouira pas !

Vous qui pensiez tenir nos destinées entre vos mains, que de choses l'avenir va vous apprendre ! A tout instant vous croyez saisir le bout dans un triomphe du scrutin ou de l'épée. Bientôt vous reconnaîtrez si ce sont les folles idées des hommes, ou seulement les lois de Dieu, qui conduisent les nations.

Toutes les questions ont été travesties dans votrepensée. Vous devez ne plus savoir vous-mêmes par quel côté les retirer. Vous portiez un livre, et le texte en a passé dans une langue inconnue. Vos idées vous apportent l'effroi ; avouez que vous ne reconnaissez même plus votre propre conscience !

Dans la crise qui va s'ouvrir, des hommes qui nous administrent aujourd'hui aideront encore à administrer ; d'autres que Ton ignore apporteront leur dévouement : et Dieu veuille qu'ils se sentent à la fois toute h commisération et toute la force pour diriger en ce moment les hommes ! Mais quels qu'ils soient, qu'ils se rappellent bien ceci :

Dans la vie des Sociétés, comme dans celle de l'individu, TOUT CE QUI NE SE FAIT PAS EN VUE DE DiEU EST PERDU.

Le bon sens doit dire que la loi de ce monde est suspendue à celle de l'autre.

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