‹ De la Restauration françaiseChapitre 47 sur 189 · CHAPITRE XLVL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVL

Les véritables problèmes.

Déjà vous craignez que cette Révolution ne soit qu'un pur accident, empressez-vous de retirer les idées avec lesquelles vous l'avez faite. Vous avez parlé de réhabiliter la chair; vous avez ditque le travail ne serait plus une peine; et, faisant un appel immodéré aux passions, vous êtes venus déclarer à la France que le but de la Société était de fournir à l'homme une consommation illimitée. Tout peuple qui fera un pas dans la jouissance en reculera de trois dans ses droits. Un progrès dans [la civilisation est un pas fait par la douleur. Si vous ne savez pas que la civiUsation est la sainteté du grand nombre, il ne reste plus rien à vous dire.

Le Christianisme seul éclaire toute la situation présente. Il est la question préparatoire de toutes vos questions :

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i" Nos principes ont leurs motifs dans l'infini. Ce qu'on prend pour l'utilité sur la terre n'est qu'une voie obligée pour l'intérêt éternel. La propriété, par exemple, n'est le principe créateur et conservateur de la Société que parce qu'elle est le principe créateur et conservateur des âmes. Elle est au milieu de nous la formule de l'individualité. Mais, eri tout, on n'a voulu voir qUe les raisons humaines ; alors on a opposé des raisons humaines. Maintenant sortez de leur cercle !.. Je ne viens pas dire que la Société est d'origine divine, mais qu'elle est l'institution divine elle même. Pour trouver un principe, cherchez son but au delà du temps : vous ne travaillez pas pour mourir. On ne prouve que par l'Infini. Toute notre justification est en Dieu.

2° Uniquement, dans la formation de la propriété , et dans son usage quand elle est acquise, il entre les deux plus grandes, les deux plus merveilleuses lois de l'Infini sur la création, l'une par l'effort, l'autre par le renoncement. D'un seul moyen Dieu fait naître la liberté sur toute la terre, et puis élève cette liberté à l'amour. Sur la propriété se fondent les deux étages de l'homme, la personnalité et la charité. Vous détruirez la Société avant la propriété.

S° D'autre part, vous ne pouvez soustraire un point qui occupe toute l'histoire. Par la Chute, le mal est entré dans la nature humaine à coté du bien. Moralement, physiologiquement, économiquement, partout le premier se tient en obstacle au second. Les deux bons tiers de la Société reposent sur ce fait. Quoique vous eh niiez la

cause, vous ne le détruisez pas. Comment, dans l'institution de la Société , abolir ce qui est fondé làdessus?

4° Le Fils de Dieu a certainement dit: Mon royaume n'est pas maintenant de ce monde, et, pour établir la Souveraineté chrétienne, il ajouta: Que le plus grand parmi vous soit le serviteur de tous. Toutefois, pendant quatre mille ans , Dieu le Père l'avait établie en César. Depuis , vous n*avez cessé d'obéir à la race , parce qu'en elle était le mérite. Vous voulez l'abolir, et vous oubliez que Jésus-Christ a apporté dans la Grâce le moyen d'égaliser les âmes. Vous voudriez les conclusions du Christianisme sans en traverser les moyens. La Société ne passera pas sous l'Évangile qu'elle ne se soit relevée de V iniquité.

5" Que de choses vous dites sur le travail ! Mais le travail est, à la fois, une peine, un frein, et un devoir. Il est imposé à l'homme pour le punir, le contenir, et le former. C'est pourquoi le travail a été un esclave, un salarié, enfin un homme libre. Vous ne vaincrez pas plus le travail que vous ne vaincrez la Création. Dieu ne passa de la création des anges à celle de l'homme que pour fonder la loi du mérite. Si toutes les choses que vous dites se pouvaient, le monde serait à ses fins , l'Éternité s'ouvrirait à l'homme.

6" Vous répétez que l'Évangile a proclamé l'égalité des hommes : c'est bien faux ; il a proclamé l'égalité du mérite, autrement dit l'équité. L'égalité n'est qu'un faux nom

(le la justice. L'Évangile savait si i)icn l'inégalité qui résulte de notre liberté, qu'il institua la Charité pour ce monde, et la Réversibilité pour l'autre. L'égalité est la loi des brutes, le mérite est la loi de l'homme '. C'est le mérite qui fait l'égalité de l'homme devant Dieu. Notre civilisation ne détruisit l'Antiquité qu'en substituant le mérite à la loi brutale. Et c'est sur la loi du mérite que l'Évangile a fondé l'inviolabilité, ou la liberté personnelle. Vous ne pourrez pas la détruire; vous ne pouvez que lui ajouter le cœur. L'Égalité serait l'écrasement de la civilisation. La Société n'est que la gamme du mérite.

7° Partout vous allez sur ces prémisses, que l'homme doit être heureux sur la terre. Vous tordez toutes vos questions pour les lier à celle-là. C'est très-beau de vouloir presser la Société vers un tel but. Et si par hasard ce n'était pas le sien, vous la renverseriez donc? Il fallait d'abord savoir pourquoi les hommes sont sur la terre. Car si votre pensée allait leur faire perdre pied et surplomber tout l'édifice, et qu'ensuite il se trouvât que l'homme ne fût pas précisément pour ce but-là sur la terre? C'est ce qui résultera tant que vos questions ne seront débattues qu'en politique. De la nuit du Dogme , vous voulez trancher la pratique !

8° Enfin, vous voyez que vous ne réussissez même pas à poser votre grand dilemme. La vérité, avez-vous dit, est-elle dans la pensée qui veut qu'on impose à la Société l'obligation de rendre heureux tous les hommes; ou

1 Par égalité devant la loi économique, il faut entendre égalité du mérile, r'est-à-din» équité. LVquilé, cN'St la prnpoitjoniialilé.

bien dans la pensée qui veut que tous les hommes ne fassent que travailler sur la terre pour chercher le bonheur au Ciel? Trop profonde question, qui varie comme chaque individu, et qu'il faudrait traiter ainsi : Jusqu'à quel point l'homme est-il appelé à travailler et à gémir sur la terre pour développer son âme , et jusqu'à quel point la consolation lui doit-elle être mesijrée de crainte que sa volonté en se trempant ne se brise ? Yous ne pourrez rien sur la question du Mérite, l'unique de la création. Dieu seul sait graduer les consciences, vous restez dispensés de décider sur les choses du Royaume d'en haut. Contentez-vous d'attirer la justice dans les lois, et la charité dans les cœurs, pour que le reste en surcroît vous vienne.

9° Il est bien trop clair que si les hommes étaient également sobres, laborieux et bons, tous également dignes et saints, en un mot tous égaux, il faudrait immédiatement partager les richesses existantes... Pourquoi un tel fait aujourd'hui reconduirait-il à la barbarie? ifi ne livre que ce point à vos réflexions.

10" Le paupérisme est plus encore un fait moral qu'un fait économique. Le plus grand mal de ceux qui en sont atteints n'est pas la privation du capital , mais leur inaptitude à le porter. Vous trouveriez un trésor pour les pauvres , le paupérisme existerait. La source de la misère n'est point où vous la placez. Ce n'est pas dans le sol, c'est dans les bras de l'homme que Dieu a mis les fruits de la terre. Toute richesse vient de l'âme. Remar-

quez-le bien : le paupérisme n'est que l'aboutissement du xviii^ siècle dans les faits...

Dans ce mouvement qualifié de Socialisme, il n'y aurait pas quelque cAose à faire, il y aurait tout. Vous traitez une question politique, et elle est toute économique; vous traitez une question économique, et elle est toute morale. Le mal est dans les âmes. D'ailleurs, toute question n'est que là. S'il ne fallait que raisonner, depuis longtemps le genre bumain serait guéri. Jamais l'homme n'a tort que parce qu'il se donne raison. C'est l'orgueil qu'il faut briser avant le reste. Le siècle dernier plaçait l'origine des maux dans l'ignorance. Il avait ses raisons pour ne pas commencer par la vertu. L'erreur n'est pas la racine, c'est le mal. Avis à ceux qui veulent réformer l'homme !

On eut bien vite écrit que Février n'était pas une révolution politique, mais une révolution sociale. Par sociale, si l'on entend qu'elle doit améliorer la condition de la Société par l'accomplissement des préceptes chrétiens, tout marchera; mais entend-on qu'elle doit renverser notre Société pour céder plus vite au mouvement païen qui parle, tout se précipitera sur vous.

Vous êtes-vous faits républicains, socialistes, etc. , pour jouir et consommer davantage? vous périrez. Pour relever l'austérité des cœurs et les conduire plus près de Dieu? vous êtes certains de tout vaincre. C'est toujours rinfmi qui pose les questions...

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