CHAPITRE XLVII
Il faut que le CKristlauisiue s'accomplisse.
Le Christianisme est la pratique de ce monde. Nos malheurs seront en raison des obstacles que lui opposeront les hommes.
Notre situation présente n'est que celle même des âmes. Il y a en ce moment deux courants parmi les hommes : l'un va évidemment au bien, l'autre court évidemment au mal. Il se fera évidemment deux sociétés l'une dans l'autre : l'une du vice, parce qu'il faut que le xviip siècle s'achève ; l'autre, de la vertu, parce qu'il faut que le christianisme s'accomplisse !
Voici ce que nous sommes : dix-huil siècles de christianisme recouverts par un de xvnr siècle. Il faut se débrouiller de dessous. Au reste, c'est la dernière bataille que l'Antiquité donnera chez nous. Le Monde, va se détruire; son axiome est perdu.
Cette révolution sera moins sanguinaire, mais bien plus pénible et plus longue que celle de 93. Je ne prends ici que le fait :
La Révolution française n'était qu'une révolution pohtique, une ligne à introduire dans le Code :, Tous les Français sont égaux devant la loi. On peut ou on ne peut pas. Une révolution économique est tout autre chose! La politique se déduit de la morale, c'est une conséquence à tirer. Mais l'application économique se déduit de l'expérience ; et l'expérience ne se fait pas en un jour.
Nous allons être obligés de passer par l'erreur de toutes les Écoles qui sont nées depuis trente ans. Chacune aura son triomphe de quelques jours dans la rue. Ce sera autant de calamités pour la nation. Mais nous sommes incapables de nous y opposer par le vrai. On a dit que les Français épuisaient l'erreur pour arriver plus vite à la vérité. Ici le cas est forcé. Il ne reste que les faits pour la démonstration du faux.
Après ces maux, nous entrerons dans la solution chrétienne.
Sans le xviii® siècle, nous eussions fait extérieurement du chemin de moins. Nous n'eussions pas été obligés de reculer et de gémir durant un temps qu'aujourd'hui nul ne peut savoir. Les grands moyens suspendront à peine les événements... Il est temps que les hommes s'instruisent! il y va du salut du monde. La Foi ne pouvait faire un pas de plus. Dieu s'est vu dans la nécessité de renoncer à enseigner par la parole.
Les difficultés politiques ne sont rien à côté de la difficulté économique ; celle-ci gît elle-même dans la difficulté morale. Cette révolution est autrement hors de la puissance humaine que celle de 89 ! Il y avait alors une population de 25 millions d'âmes, production naturelle du sol. La révolution franchie, le sol restait; cette population pouvait toujours se retrouver sur ses pieds.
Aujourd'hui que deviendront les 5 ou 6 millions de population industrielle formés sur le capital fictif écroulé? On les ramènera dans les campagnes ! Certes, il n'y a pas deux partis. Mais déjà le capital du sol, abandonné et grevé, retient dans un demi-paupérisme sa propre population. On ne transporte pas une population sans
— lao — transporter le capital correspondant. La France enverra 1 million d'hommes à Alger, mais elle y enverra •2 milliards !
Ramener dans les campagnes ! Savez-vous ce que renferme ce mot? Durant cinquante ans, qui les a fait abandonner ? Faites une étude morale constatant les instincts qui arrachent le jeune homme ou la jeune fille aux champs, et vous verrez si vous tenez la force prête à faire équihbre au xviif siècle dans les cœurs... Les villes ont été condamnées moralement ; elles ont été condamnées hygiéniquement ; elles le seront économiquement. Et prenez garde aux faits ! ^^" ' '*^
Voici le point d'où il faut partir. L'homme sera toujours apte à plus consommer qu'il ne peut produire. Dans quel état, et par quel moyen, est-il amené à plus produire qu'il ne consommera? Telle est la forte question politique.
Cet état est l'état agricole; ce moyen est le sol, qui reçoit tout et ne rend qu'à mesure. La terre végétale est la grande Caisse d'épargne tenue par le Créateur.
Celle que fonda, avec raison, l'industrie, combien at-elle fait de propriétaires à côté de celle-là? Vos décrets sur l'agriculture, le reboisement, sont un commencement ; mais pressez-vous d'embrasser ce qui ne se décrète pas.
Cette époque ne se sauvera point qu'elle n'ait produit un million de propriétaires. 11 faudra donc en former le capital , et les cœurs pour le porter. La propriété n'est pas un objet fixe. Posséder la propriété n'est autre chose que posséder la vertu de ne pas consommer.
— 13! — Vous chercherez toutes les causes qui ruinent corps et âme la France ; ne trouverez-vous point que la première est dans la perte de la Foi ? "Vous chercherez tous les moyens de réduire la misère; ne trouverez-vous point que le premier est d'augmenter la vertu? Par quel chemin verra-t-on, en France, revenir l'esprit à la place de la chair, l'humilité à la place du luxe, le champ à la place de la banque, enfin le capital à la place du paupérisme? Par un chemin que Dieu tient en réserve s'il veut encore sauver la Nation qui l'oublie ...
Les bons font entendre en vain la voix de la conciliation. Concihez, quand on n'a pas le même Dieu ! Les hommes sont partis chacun de leur côté , comment se rencontreraient-ils?... Ils se rencontreront dans la pensée du malheur. Et, comme il y eut plus de faiblesse et d'égoïsme en eux que de méchanceté véritable, alors ils se retrouveront dans la pensée du remède à tant de maux.
Les nations, comme le pécheur, reviennent au jour de la détresse. En ce jour tout est démontré. Je ne sais où fuir, ma pensée est pressée de conséquences; tout cela ne peut finir que nous n'ayons vu dans les faits quelque chose d'aussi inique que le xvnf siècle l'a été dans l'ordre moral!... A cette heure vous criez, pleurez, montrez partout le mal ; toujours le peuple, jamais vous-mêmes ! Écoutez bien : Dans la bourgeoisie est le