CHAPITRE IV
Le luxe a produit le paupérisme.
Il faut bien qu'on vous le dise. De trois hommes produisant le pain, le vêtement et le toit de l'homme, le luxe en a usurpé un. La vanité et la sensualité ont prélevé sur le pain et sur le sang; elles ont prélevé sur le genre humain cette fleur du produit qui fût rentrée au capital d'où devait sortir l'avenir. Et comme l'homme adore ce qui est de ses mains, il appela son impiété du doux nom de luxe. Puis il a dit à la foule : Il t'enrichit...
Connaissez le grand canal de vos maux. Après, nous en verrons la source.
C'est le luxe qui enrichit le peuple ! Les Juifs ont donc prêché chez nous? Le capital et le travail employés à le produire donnent-ils des fruits à la terre? Sachez-le :
l'homme n'est point pauvre pour manquer d'objets somptueux, mais pour manquer de pain, de laine et d'un toit. Ils ont pensé que les nations devaient être riches à la manière d'un homme de luxe. Où ont-ils puisé cette science? dans la sagesse, dans les faits? Ils l'ont puisée dans leur cœur.
Encore si tant de luxe, trempé de pleurs, avait conduit sa sève dans la branche de l'art ! Si tant de pain s'était converti en pensée, et tant de sang en vertu, pour élever Tesprit de l'homme ! Mais on vit des femmes baptisées porter plus de richesses sur elles que n'en avait tout un temple de Dieu , et des hommes dont l'orgueil a mis sur le front plus de vices que l'âme n'a reçu de dons !
Tout prospérait de la sorte. Les sciences de leur côté accouraient; on allait obtenir de la matière tout ce qu'elle pouvait donner. L'esprit avait enfin compris le parti que les sens devaient tirer delà terre. A l'homme nouveau il faut bien une morale nouvelle, une religion nouvelle, enfin, pour être franc, un Dieu nouveau. Tout était prêt, les canaux de la richesse achevés, les réservoirs de l'opulence ouverts, Dieu à sa place, les lois parfaitement repassées'; on dit à la Société : Va ! La Société n'a pu faire un pas de plus...
L'homme a cru bâtir sa tour sur la terre ; il a cru se faire un rempart dans ses lois. Mais voilà que la terre n'a connu que les siennes, et les faits n'ont point reçu le nouveau roi.
Franchissez les lois de l'esprit, vous ne franchirez pas celles du monde. Si l'homme ne peut sortir du Globe, la Société ne peut sortir des lois qu'il lui fliit. Dieu n'a pas fondé un ordre physique d'où l'ordre moral s'échappe-
rait ! Dieu n'a pas pu donner le christianisme pour loi à la terre et cacher dans son sol des ressources pour l'esquiver !
Vous pensiez ouvrir les portes à une ère nouvelle, et vous avez devancé l'heure où la civilisation va battre en retraite sur un demi-siècle de chemin.