‹ De la Restauration françaiseChapitre 6 sur 189 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le Kceptlcisme a produit ranarcliie.

Que la France, que l'Europe roulent sur une pente inconnue, c'est ce qu'on ne peut plus nier. Lois, mœurs, religion, se précipitent. Quand on marche de la sorte, il faut savoir par quel esprit on est porté. C'est bien qu'un siècle pousse l'autre, mais qu'il ne le renverse pas !

De quelque manière qu'on le regarde, le xvni^ siècle n'a été qu'une réaction de l'esprit de l'homme contre l'esprit du christianisme. Il fut une réapparition de l'Antiquité dans les idées et dans les lois, comme venait de l'être la Renaissance dans les arts et dans les mœurs.

Ce n'est plus le moment de dire quels instincts de la nature humaine ont pu conduire sur les peuples modernes cette lourde nuée de l'erreur ; il faut dégager la So ciété du triste déblai qui l'encombre. Qu'il a donc coûté à Dieu pour que l'homme prît conscience de lui-même! Quoi qu'il en soit, on sait le total de sa jeune sagesse : il a voulu tout édifier en ce monde du point de vue humain.

Vous avez prétendu construire la Société ; et voilà que vous avez détruit l'homme.

Dès qu'il n'est plus au sein des âmes une Vérité souveraine et universelle, produisant des croyances communes, d'où dérivent des devoirs communs , mais, au contraire, des opinions individuelles relevant de la souveraineté de chacun, il ne saurait exister aucune Société de droit parmi les esprits. La Société civile vit dans ses lois ; ses lois vivent dans ses mœurs ; ses mœurs vivent dans ses croyances. Où se tiennent les vôtres?

« Or, la Société civile, a dit l'homme qui a jeté le regard le plus profond de l'époque depuisNapoléon, repose sur la Société spirituelle ; en détruisant la Société spirituelle, on détruit aussi la Société civile. »

Les nations n'ont pas un autre sol que les âmes.

Quand l'homme, pour unique fondement du vrai, est réduit au jugement privé, à l'instinct encore plus particulier des passions, il s'arrache de la réalité, il se détache du genre humain, il sort de la civilisation. Ne vous plaignez donc plus s'il demande lui-même à grands cris un pouvoir libre, comme lui, de toute loi divine, prenant base dans la volonté purement humaine. Son âme doit se connaître en servitude ! A l'homme purement humain, certes il faut un pouvoir purement humain , une société purement humaine , afin que, semblables à lui , société et pouvoir restent suspendus en l'air, ou s'asseoient dans les nuages, sur le trône des tempêtes...

Déjà l'anarchie est en nous. Elle est dans les croyances, qui demandent plusieurs sortes de Foi; dans les pensées, qui sont la proie d'innombrables opinions; dans les mœurs, qui n'ont de loi que l'intérêt; dans les lois, qui ne se rattachent par aucune raison à Dieu ; elle est enfin dans l'État, qui ne vit que par les croyances, par les

idées, parles mœurs et par les lois. Que dis-je! l'anarchie a rongé la Société : elle entre déjà dans les faits.. .

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