CHAPITRE XLVIIL
Les voies divin*» .
Il faut le répéter avant de clore là des pages qui nous font souffrir : Le mal est religieux , la révolution est religieuse , le remède est religieux , nous ne guérirons que religieusement. Le mouvement européen nous semble contre les Rois ; la loi au fond qui le dirige est contre le
fait qui les rendit nécessaires à la terre. Les peuples se soulèvent contre l'oppression, et la source en est en euxmêmes. La délivrance des nations n'est que la délivrance des âmes.
On confond de tous côtés, en ce moment, les conséquences toutes mûries du point de vue humain avec les conséquences chrétiennes. La plupart des hommes ne sont pas assez profonds pour percer l'horizon actuel, et faire la distinction dont je parle. Ce qu'on nomme progrès del'esprithumain n'est que trop bien nommé ! L'homme n'a été arrosé que sur le point de sa faute. Ce qu'on a pris pour la Démocratie, n'est que l'explosion universelle de l'orgueil.
Les hommes logiques de notre âge ont été républicains. Comme la solution n'était pas là, ils entrèrent dans le Saint-Simonisme. Suivant toujours le problème, ils devinrent fouriéristes. Mais l'idée allant devant eux, ils se sont divisés là en deux branches : les uns se sont faits communistes, les autres sont devenus chrétiens. Car les uns étaient conduits par leurs sens, les autres l'étaient parleur âme ^.
La Société humaine, en effet, ne peut être conçue que de deux manières : ou elle est conçue par rapport à l'âme, ou elle est conçue par rapport au corps. On pourra dire autre chose, on ne pourra sortir de là.
Dès que la Société est conçue par rapport à l'âme, elle l'est par rapport au corps, lequel fut donné à l'âme. Mais la réciproque n'est point. La Société ne s'abaisse que
J Le siècle fera comme les esprits sérieux de Pépoque; il passera de la politique à la morale, et de la morale à la théologie.
parce que le dogme a glissé. Réunissez de part et d'autre des hommes prêts adonner leurs sens pour leur âme, vous verrez bien si quelque chose leur manque.
Tout dépend de la notion supérieure qu'on a de l'homme.
Ou l'homme n'est fait que pour la terre; alors Tâme a été donnée pour le corps. Ou l'homme est appelé à Uïi« vie immortelle; alors le corps a été donné pour l'âme. Si vous avez de l'esprit, n'ôtez plus la question de là. Toute la chaîne de vos propositions de second et de troisième ordre reprendra son premier anneau. Dans le problème de l'homme, on ne peut évincer l'homme! Vous ne vive^ que sur la Foi.
D'où venez-vous, vousqui dites: Non?.. Êtes-vous plus grands que celui qui a fait l'Evangile, et plus forts que le cœur de l'homme?
La foi ne vit pas des arguties de l'esprit , mais de la puissance du cœur, de son besoin de l'Infini. Sans quoi, elle ne descendrait point en nous par l'oreille. En vaia ouvre-t-on la paupière à l'œil qui s'est aveuglé ! Ce n'est pas la vérité qui manque à l'homme, mais bien les hommes qui manquent à la vérité. SURSUM CORDA!
A quoi ont servi aujourd'hui tant de mots, et leurs idées ? C'est la pratique qui est absente. Les actes seuls construisent l'homme. Le cœur ne vient pas en pensant. Vous cherchez le bien, agissez. La volonté est comme le travail, il faut commencer tout de suite. C'est la pratique qui crée l'homme, on ne peut vous dire mieux !
Comment renaîtra-t-elle en nous ? La Guerre formait primitivement les âmes, en les portant au sacrifice. Elle fut dite le chemin de la gloire. Tant que l'homme a tenu
l'épée, le crucifix a triomphé. Mais sitôt qu'en prenant âge, il a fallu quitter l'épée pour la vertu, en France, on l'a trouvée beaucoup plus lourde à porter.
Donner en une fois sa vie, lorsque l'honneur a parlé et que la gloire nous regarde , est une sainteté d'enfance dont nous avons donné des preuves. Offrir sa vie pièce à pièce par la vertu, quand la conscience le dit et que l'amour seul nous voit, est un héroïsme d'adulte dont nous fûmes moins prodigues.
Je crois voir la grande Loi : si vos âmes ne peuvent encore porter la paix , Dieu vous remettra à la guerre ; si vous n'êtes point assez forts pour tenir la lutte dans l'âme. Dieu la replacera dans le corps. Est-ce sans BUT que la Guerre a duré bientôt plus de cinq mille ans sur la terre? Vous ne connaissez pas la Providence ! Dieu veut que vous soyez comme l'infmi. Votre personnalité doit se former, par la vertu ; puis se donner, par l'amour. La terre entière est pour ce but. Vous n'y échapperez pas plus que vos pères. Il faut cependant s'émouvoir devant Celui qui a trouvé le fouet dont pendant quatre mille ans on pressa le pas des esclaves ! Le Dieu des armées a parlé longtemps avant celui de l'Évangile. La famine et la peste ne sont qu'endormies dans la terre, et la captivité suit les pas de toute nation dépravée.
Tel estle jugement qu'il faut porter de ces choses : nous serons punis selon le corps , afin que notre âme soit sauvée. Ne déplorez point les maux du présent, mais ceux qui les ont amenés ! et nommez, biens, tout ce qui rappellera les hommes à leur conscience. Quelles que soient les calamités que laissera sur son passage tout ce peuple irrité, elles n'égaleront point celles dont on a dévasté son âme î
Dieu a vu sa parole repoussée du riche et oubliée du pauvre ; il a remis à nu les éléments du monde, afin que ea parole fut enseignée toute vivante dans les faits.