CHAPITRE ï
De l'Ordre dans la Société.
Il faut maintenant écouter votre histoire: «Après trente années de sanglantes convulsions, d'anarchie et de despotisme, on vit paraître comme l'ombre de l'ancienne Royauté. On crut que l'Ordre allait renaître , que le repos de l'avenir était assuré ; elle apportait des paroles de paix et de conciliation. Une éternelle alliance, c'est ainsi qu'on parlait, fut conclue entre le passé et l'avenir. Des décombres de je ne sais combien de gouvernements écroulés, s'éleva un édifice nouveau, dans lequel les partis, abjurant leurs vieilles haines, devaient s'unir et s'embrasser... Tout cela se passait hier; aujourd'hui, l'on cherche des traces de ce qu'on disait affermi pour jamais : le temps roule ses flots sur ces ruines. »
Depuis le jour où se sont dites ces paroles, dix-huit années employèrent les moyens que Montesquieu , que les Docteurs, croyaient échappes à la sagesse ancienne. Hier, encore, qu'a-t-on vu s'écrouler.^
On pensa que l'édifice avait été coiisli'nit sur le table.
Déjà on avait découvert le principe nouveau. Aussi vaste que la nation, l'assise cette fois ne pouvait glisser aux abîmes. Au lieu d'être suspendue désormais à un principe étranger, la Société allait se fonder sur elle-même... Quelques mois se sont écoulés, et le vent a plusieurs fois couché l'édifice à peine sorti de terre.
Le danger pour la première fois a paru !
Jusque-là, l'édifice s'ébranlait; maintenant, c'est le sol. Les anciennes prétentions sont subitement abandonnées, les plus grands mots oubliés pour un seul: l'Ordre. Toutes les forces, toutes les institutions, tous les hommes, le gouvernement entier, se sont unis pour fonder l'Ordre.
Et jamais l'Ordre n'a moins existé.
C'est que l'ordre n'est point où on l'a mis. On ne fait pas de l'ordre avec les lois ; on ne fait pas de l'ordre avec la force, avec un gouvernement. On ne fait de l'ordre qu'avec le vrai.
Savez-vous ce que c'est que l'Ordre? c'est la Foi. Travaillez partout ailleurs si vous avez du temps à perdre.