CHAPITRE YI
La civilisation u'est pas dans Tesprît humain.
Nous ne faisons de la philosophie que parce que la foi est absente. Nous remontons de nous-mêmes les degrés , comme l'a voulu la Chute. Mais la philosophie s'éclipsera dans la foi, comme la foi, un jour, dans la céleste lumière.
Cependant il fallait toujours que la philosophie se fit; il était nécessaire, dans tous les cas, que l'homme intervînt. Et ce que la philosophie aura fait ne se brisera plus par la chute. Ce que construit la douleur ne se
'JlMiï^rincipe commode à la médiocrité.
^ A Principe commode à ceux qui ont tout mangé.
— t i7 — détruit pas. AIots la Foi sera comme une langue dont les règles sont connues. 11 ne s'agira que de l'apprendre.
Il fallait, toujours selon la donnée de la crédtion, que la Foi, qui est une avance divine, eût son consentement humain. La création n'est que la donnée du mérite. Ce monde est positivement pour que l'homme se produise, pour que la grâce divine forme et agrandisse en nous le terrain de l'imputabilité.
Une preuve que Dieu a voulu que l'homme se fondât, ce sont ces quatre mille ans d'Antiquité privés de la venue de Jésus-Christ. Notre monde sort de l'élément de là solidarité , familles et nations. Les âmes prennent leur racine dans l'humanité : il fallait, pour le mérite, que le sol même fût de l'homme ! Observez toujours la différence remarquable entre la création de l'ange et la création de l'homme. De là jaillit toute lumière sur lapratique de ce monde, la lutte, les efforts, la douleur. A ce point de vue, se dissipent les ombres dont nous recouvre l'implacable expérience.
Toutefois le progrès n'est pas dans l'esprit humain, mais dans la conscience humaine. Les Grecs marchaient par l'effet de l'esprit humain ; ils ont vécu une jeunesse de nation. Les Romains, pcres d'une forte législation, ont vécu âge de peuple. Le Zend-Avesta, le Kind,les Wédas rappellent les civilisations de la terre.
Le progrès se fait dans les âmes avant d'être dans lès raisonnements. La logique ne peut qu'apporter une digue pour empêcher les esprits de se laisser glisser. Là philosophie n'est pas la source du progrès.
Ce qui vit est ailleurs. Le raisonnement n'est point ce qui nous rapproche de Dieu. La vertu fait seule avancer
les cœurs. Ouvrez, ouvrez une longue trace devant eux, par la justice et par l'amour.