CHAPITRE IX
On vent substituer l'institutioii à la conscience.
Substituer partout l'institution à la conscience, c'est 1^ le grand dada de l'époque.
Remarquez que tout le mouvement qui se fait en politique, en économique , même en morale, aboutit là. Le suprême degré de la liberté consiste à rétablir chez nous l'État antique !
Que d'esprit, que de progrès dans cette conception ! Substituer la chose à l'homme ! Lui retirer sa liberté morale, dont il ne tirait pas assez grand parti en gagnant le Ciel, et l'engager dans un mécanisme qui fonctionnera mieux pour lui. Admirable entente de la liberté, et surtout des hautes données de la création !
Copiez la profession de foi de tout journal croyant bien faire, vous aurez le programme de la doctrine de l'époque. Il en est qui proposent de quinze à vingt Institur lions fondamentales, sans parler d'une foule d'autres du second ordre.
pt ayant tout : Imiilulion du crédit, pour que ceux
qui n*ont jamais fondé du capital en disposent j Institution des banques hypothécaires , pour que ceux qui n'ont pas assez emprunté continuent; Institution pour lapresse, parce que la parole est inviolable et qu'on n'a pas assez parlé; Institution pour la liberté des Cultes^ pour que l'homme à qui la religion déplaît, en puisse créer à son aise ; Institution pour V éducation gratuite, parce qu'il n'y a pas assez d'hommes déclassés et qu'il est bon de multiplier les révolutionnaires; Institution pour l'instruction professionnelle, parce qu'il n'y a pas assez degensqui laissent la carrière de leur père pour mourir de faim plus haut; Institution pour la justice gratuite, parce qu'il n'y a pas assez de procès, et que la chicane est aussi un droit des pauvres ; Institutions gratuites des sciences et arts , parce qu'on ne quitte point assez la charrue pour l'industrie; Institution assurant le capital exposé, pour que l'État assure la paix à l'ambition età l'imprévoyance ; Institution pour promener à mesure Vimpôt sur les riches , afin d'étouffer le capital au moment où il prend naissance ; Institution pour V avènement du faible à la liberté absolue, à la fraternité sociale, à l'émancipation de la nécessité physique, enfin à la réalisation de tous les droits! Et pour obtenir ces résultats: Institution qui prive immédiatement l'État de l'impôt des patentes , des impôts indirects, des octrois sur tous les objetsde nécessité, etc., etc., etc.
Ne montrons pas le ridicule de ce dont les faits démontreront le néant. Mais les sens ont-ils affaibli à ce point le regard de l'homme? Quoi ! la donnée surprenante de cette Création ; ce globe, noble et miraculeux berceau des libertés; et cette immense moisson du mérite
que le temps va rapporter à Dieu , rien n'arracherait le fils de l'Être au sommeil fatal dans lequel il veut s'ensevelir?...
La religion, nulle part ; l'institution, partout à sa place ! Vous en saurez le prix...