‹ De la Restauration françaiseChapitre 67 sur 189 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Des rêves économiqnes.

Il n'y a pas de questions économiques, il n'y a que des questions morales.

Otez quelques heures de travail, et, si l'homme est immoral, au lieu d'employer ce loisir pour son âme, il l'emploie en dissipation pour son corps.

Trouvez le moyen d'augmenter le salaire , et , si l'homme est immoral , au lieu de le consacrer au bienêtre de sa famille, il le donne en ivresse à ses sens.

Donnez plus de liberté politique, affaiblissez les lois pénales, et, si l'homme est dépravé, il n'en fera que plus de mal.

Gréez des banques d'emprunt (carje ramasse vos idées), pour offrir à la terre l'argent à deux ou |;rQis pour cent, et le paysan n'en sera que plus endetté, etc., etc., etc.

Vous parlez d'abolir l'usure : ce serait beau ; mais combien vous ignorez l'homme ! L'usurier est l'être le plus utile des campagnes ; il porte l'argent à un taux qui, dixneuf fois sur vingt, empoche le paysan d'emprunter. Or, règle générale, tout paysan qui emprunte est perdu.

L'usurier est comme le loup, ce premier garde champêtre des forêts. Sans le loup et la dent féroce, les moutons eussent brouté toutes les pousses; on ne verrait pas un arbrisseau sur la terre. De même, sans le reptile, l'empire du loup s'étendant, on n'y verrait pas un gazon.

Sans l'usure, qui peut dire où iraient les dettes ! Mettez l'argent à la portée du paysan, notre sol sera la proie des banquiers, et la France dans l'état de l'Irlande.

Toujours faire de la théorie, ne jamais s'inquiéter des faits ! Vous ne savez pas que celui qui emprunte , c'est celui qui ne sait mettre sa consommation en rapport avec son produit. Jamais fortune rurale n'a commencé par l'emprunt, et par l'emprunt a commencé toute ruine. Il fout que l'argent ait été gagné pour qu'il soit bien employé. La force qui l'a mis de côté est seule capable de le fixer en capital, au lieu de le convertir en aisances, en consommations intempestives. On était plus pauvre avant la révolution, pourquoi empruntait-on moins?

Prêter de l'argent au paysan, c'est verser l'huile sur le feu. Il faudrait que celui qui veut emprunter redoublât d'efforts, et il se place sous une charge nouvelle ! Pour venir en aide à trois ou quatre familles courant risque de se ruiner, l'emprunt en ruine quarante.

Traquez les usuriers, mais laissez ses difficultés à l'emprunt. Là est une des plus grandes sauvegardes de la durée d'un État. Croyez-en la sagesse antique, croyezen celle de Dieu, qui a prêté lui-même une si faible avance à la terre !

Faites venir les capitaux sur le sol, parle travail, par la vertu, non par l'emprunt. Celui qui apporte ses propres capitaux à la terre est un homme vertueux, un bienfaiteur de la France. Celui qui emprunte sur son champ, enlève un angle à sa muraille et frappe du marteau contre son pays.

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