‹ De la Restauration françaiseChapitre 7 sur 189 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Où nons en sommes arrivés.

A cette heure, comment la Société civile remédierat-elle à l'anarchie des esprits ? Et l'anarchie dans leurs esprits, comment une Société extérieure subsistera-t-elle parmi les hommes? En dehors des saints, dont le lien reste éternel, comment retiendrez-vous unis les hommes? Recourrez-vous à la force? alors vous la ferez monter jusqu'à la pensée et entrer dans les volontés ?

Vous soutiendrez aussi le sol économique ; car toute production est le fruit d'une vertu, et toute consommation ne saurait faire un pas hors du devoir. Oui, comme, depuis bientôt un siècle, le vice et le luxe fondent et dissolvent tout capital, je demande sur quoi vos nations mettront leurs pieds?

Si vous avez oublié Dieu, vous n'avez pas oublié l'or. Riches fds de Rrutus, apportez le lien qui doit remplacer celui de Dieu dans les âmes ; fondez cette société parfaite qui se passera de son assistance ! Et puisque les vieux siècles ont eu tort en tout, même lorsqu'ils ont trouvé .du pain pour le corps et pour l'âme des populations pressées sur l'étroit continent de l'Europe, venez apprendre à qui la foule ira demander le sien ! Approchez donc, vous saurez sur qui un peuple déraciné fera retomber ses maux...

Une situation de cette nature ne pouvait durer plus

longtemps. L'erreur n'avait plus de bornes que la destruction même des âmes. Toute intervention était inutile. Quelle armée opposer à un siècle entier? Quelle vertu pour refaire ce que chacun détruisait? Toute puissance était déjà vaincue. Il fallait une époque qui, plus logique que les hommes, tirât décidément de tant d'idées leurs fatales apphcations. Cette époque, la voilà!

Courage, enfants du présent! frappez à toutes vos idées; n'en laissez passer aucune sans lui demander ses actes. Peut-être reconnaîtra-t-on l'erreur quand on la verra en un fait! Dans ce cataclysme d'un continent antique tout entier versé sur le nôtre, les principes ont été écrasés ; la sagesse, dont la voie se dirige vers le Ciel, est rompue ; l'expérience, dont le sentier est tourné vers la terre, offre seule le débris d'un tracé sous les pas ; le temps est obscurci par une effroyable poussière; la vérité n'est plus qu'un nom depuis qu'elle est hors de portée , le fait reste la seule réalité que l'on puisse sentir du pied. Allez à lui. Courage, enfants du présent! vous ignorez tout ce que l'avenir devra à votre logique et à vos malheurs!

Et moi-même je serais comme la voix dans le désert, si je restais dans la parole des principes. J'approcherai aussi du fait. En France, où l'esprit s'estime tant au-dessus de la raison, on croit qu'il faut s'élancer vers quelques idées lointaines pour entrer dans la profondeur. Nous n'aurons point cette peine ! J'ouvrirai un ou deux faits économiques, les plus près, les plus oubliés aujourd'hui , mais sans me rien dissimuler.

Dans de semblables moments, celui qui vint apporté sur le flot de la vérité fut toujours intempestif en ce pays.

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