CHAPITRE XX
La Révolation a tout envahi.
Nous sommes tous révolutionnaires. L'époque nous porte ; l'homme presserait en vain ses pas dans un sens opposé àla rotation de la terre. Depuis cinquante ans, tout concourt au triomphe de la Révolution.
Tous révolutionnaires, car nous nous tenons tous en dehors de la donnée chrétienne. Les doctrines, les gouvernements, les Rois, les journaux mêmes qui croisent le courant, sont révolutionnaires. Si ce n'est point par tel côté très-apparent de politique, c'est par la morale, c'est par l'économique, c'est par quelque erreur cachée; c'est par tous les points de vue où l'on s'accorde avec l'homme.
Voilà plus de cinquante ans que les révolutionnaires font les lois. Depuis l'Empire, la législation n'a été qu'une pratique de la révolution; l'administration, qu'une sorte de dictature révolutionnaire. Comme on l'a judicieusement remarqué, l'esprit révolutionnaire a, peut-être, plus
détruit par voies administratives qu'il ne l'avait fait par la voie des proscriptions ^ .
L'enseignement continu de l'Université, le scepticisme reconnu des autorités administratives et gouvernantes, l'art d'engouer pour les entreprises d'industrie, de laisser se décourager l'agriculture, de favoriser le morcellement du sol, la dispersion de la famille, la mobilisation du capital, l'empressement à applaudir à la marche du luxe, à élever des palais à l'agiotage, à placer l'honneur dans l'argent, enfin surtout à ramasser petit à petit tout le pouvoir en soi, pour faire mourir à petit feu l'ancienne action de l'Eglise, ont amené un bien autre désastre que toutes les furies de la Terreur.
Nous n'avions pas besoin deFévrier pour laisser entrer le socialisme; l'Administration et la Législation n'avaient
' Déjà, en 1816, M. de Chateaubriand parlait d'un système d'administration à substituer à celui des inlcrcls révolulionnaires. « Il faut, n disait-il, extirper la révolution de son propre ouvrage. »
Parlons encore d'après autrui: «Le pouvoir essentiellement niveleur de la bureaucratie prit naissance avec PUniversité et le Code civil, et commença à infiltrer la religion pratique de PÉtai. L'administration fut tracassière, paperassière, sans moralité, sans grandeur : elle fut par excellence le pouvoir et le domaine de la bourgeoisie. Là se sont jetées ces médiocrités de condition et de caractère, si abondantes dans la race bourgeoise, et qui, malgré leur ambition, ne voudraient pas plus du pouvoir s'il fallait l'exercer avec éclat, que s'il fallait l'exercer avec péril. Sous l'Empire, cet esprit parut moins, l'administrateur étant l'empereur. A la Restauration le prestige décrut. La Révolution de Juillet produisit un effet analogue. La nouvelle génération des employés valait de moins en moins celle qui l'avait précédée. C'était la petite bourgeoisie toute pure, la progéniture philosophique et morale de l'Université. Combien y en avait-il qui ne fussent pas voltairiens ? Dans les départements où l'esprit religieux avait conservé quelque empire, on envoyait de préférence les adversaires systématiques de la religion. Un préfet allant régulièrement à la messe eût fait dire à la Gauche : Il y a vingt préfets en France publiquement affiliés avec les Jésuites. » Compte-rendu du livre d'un ancien Préfet sur VAdminixlration.
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qu'à continuer, et la société du roi Louis-Pliilippé, iëà propres bourgeois élevés dans ses collèges, nourris dans ses administrations, ou enseignés par ses doctrines, se réveillant un matin en plein socialisme, eussent euxmêmes éconduit ce roi aux frontières. Février, en réveillant par ses alarmes la réaction universelle, a peut-être empêché cette extinction affreuse de la société française ! Et dire que, pour prendre cet immense ensemble de mesures législatives, on se rejetait sur la nécessité des temps! Il fallait arrêter la révolution par la Foi et par lés mœurs, vous n'auriez pas été contraint de la suivif-e pas à pas en lui détachant sa proie. Aujourd'hui la bête a fini : c'est vous qu'elle demande.. .