CHAPITRE XXIV
Le Socialisme a supposé une immaculée conception de riiomiue-
Ces hommes si fiers de leur pensée ignorent qu'elle leur est imposée! Toute cette politique découle d'une morale dernièrement en possession des esprits; et cette morale, du point de vue où ils ont été conduits depuis le départ de la Foi. Le socialisme n'est que la doctrine de l'immaculée conception de l'homme.
Un exemple à jamais mémorable des résultats du point de vue opposé à celui de la Chute, c'est l'équipée du Gouvernement provisoire. Les hommes avaient été essentiellement bons, et les pouvoirs jusqu'alors essentiellement iniques : lois répressives, civiles, commerciales, internationales, diplomatie, finances, impôts, Code pénal, jusqu'à la peine de mort, tout y passait !
On défilait la Société humaine. C'était aisé, il n'y avait qu'à conclure à reculons : on prenait l'homme pour bon! De même, croyant à une immense richesse en France, la considérant comme fortuitement possédée par ce qu'on nomme les riches, ne sachant point ce que c'est que produire et non consommer, ils surent moins encore les conditions pour que l'homme produise. La Production cessa ; de leur côté, ils consommèrent en quelques jours les ressources du trésor sur un pays qui s'engouffrait dans la misère.
Faute d'une doctrine sous eux, les républicains descendaient dans le socialisme. Il le fallait bien pour tou-
cher fond quelque part. Il n'y avait pas eu là de tête assez forte (depuis Rousseau) pour prévoir que le républicanisme n'étaitplus qu'un impossible arrêt devant le socialisme. A deux pieds du fond de l'abîme, on ne saurait rester en l'air.,. L'égalité peut-elle s'arrêter sur les rives de l'ordre politique^?
Maladroitement, ils vinrent emprunter à la langue des anciens le mot de prolétariat. Ces esprits s'étaient formés à l'école des poètes et des historiens anciens, et ils ignoraient que toute l'économique de l'antiquité reposait sur l'esclavage ! autrement dit, que si pour entretenir quelques hommes libres, il n'y avait pas eu une masse d'hommes obligés au travail, et à ne consommer, comme les animaux, que leur ration, la société antique n'aurait pas existé. Mais ils ignoraient encore davantage la grande, l'admirable chose : à savoir, qu'une Société toute nouvelle existe depuis dix-huit siècles sans esclaves ! produisant sans que le travail soit forcé, composant du capital sans que la consommation soit réglée ! une Société libre enfin, c'est-à-dire qui n'a vécu que sur sa vertu !
Un mot dévoile l'histoire du monde : le christianisme a substitué l'esclavage moral à l'esclavage politique. Par là il a rendu possible la Civilisation moderne. Mais c'est en apportant le traitement de la Chute !
En remettant à la conscience le fouet pris aux mains de Vherus, il a achevé l'homme, il l'a rétabli dans toute
1 Le républicanisme est une coquille d'œuf brisée quand parnît le socialisme. Les républicains étaient si bons, que quand ils ont vu la révolution de Février ils ont cru qu'elle se faisait pour eux ! Quelques esprits honnêtes le croient encore aujourd'hui... Espérer après cinquante ans retrouver sa pensée où on Ta mise !
sa glorieuse responsabilité devant Dieu! — Mais il faut le christianisme là, vivant, veillant, toujours présent, pour tenir vive la conscience ; sinon, tout rentre dans la mort. Esclavage, servitude, despotisme, ces primitives digues contre la Chute aujourd'hui ne sont plus. Il s'agit maintenant d'être chrétien ou de périr.
Des gens qui ignorent ces choses ne veulent pas peser beaucoup sur les destinées du monde... La science politique doit partir de ceci : que l'homme peut faire le mal ; puis, agir en conséquence. Ils la font partir du point opposé. Ceux qui professent cette immaculée conception de l'homme ne conduiront pas longtemps ses affaires!