CHAPITRE XXX
Dn christianisme déniocraliqne et social.
Que penser de la sagesse d'une Epoque où un homme de foi commence ainsi son important ouvrage : La révolution frcmçaise est sortie de l'Evangile!
Ce mot inscrit sur l'entrée de ce christianisme démocratique et social donne la clef de l'erreur qui le tapisse jusqu'au fond. Il découvre en même temps le grave péril de l'époque. Sortie de V Évangile? Om, en ce qui s'y est fait de bien ; pour le reste, la révolution française sort du XVIII* siècle. Voilà la distinction.
Aujourd'hui les deux fruits sont mêlés sur la même branche, ceux qu'a donnés l'homme, et ceux qui viennent de Dieu. L'on prend comme venant de Dieu, et entièrement célestes, des fruits que rapporte l'homme, et aussi, comme dus à l'homme, des fruits que nous tenons de Dieu. L'erreur s'est greffée sur la verte tige.
Ce sera la pierre d'achoppement de cette époque. Le mirage est tel que beaucoup, parmi les plus sages, ne savent encore où fixer leur esprit. Et des hommes de la foi ont vu comme divins des produits entièrement humains, dans cet entrelacement et ces emprunts de noms faits par la philosophie en goût de se légitimer ^ Que le clergé fut sage de s'abstenir ! Car il arrive que
• Celle opinion prit jour dans V Avenir. I/originc en était justifiée en ce que le pouvoir d'alors fut attaqué sur sa propre opposition au pouvoir plus sacré de TÉglise. Mais ces dignes écrivains ne tardèrent pas à juger, en avançant, qu'ils marchaient sur une route ouverte et pavée par Pesprit révolutionnaire.
ceux qui ont voulu l'éclairer sur ces choses se trouvaient, ne le sachant pas, eux mêmes tout-à-fait aveuglés.
C'est ainsi qu'on vit un orateur illustre s'asseoir, dans l'Assemblée , à côté de ceux qui avaient attaqué le dernier roi. Il croyait simplement que les hommes de cette opposition n'avaient été mus, comme lui, que par un plus vif amour de la vertu. Il vit que ce n'était que par un plus grand instinct du mal, et il sortit, pour remonter à sa place!
Le sens païen des choses avait tellement prévalu ; on s'accoutumait si bien à voir toutes les réformes dans les gouvernements et non dans l'homme, à ne reconnaître en ce vaste esprit révolutionnaire qu'un élan généreux vers la perfection ; on se persuadait tellement que l'homme allait en bonne voie, et qu'enfin le Pouvoir d'alors était le seul obstacle aux progrès de la future humanité, qu'à la chute de ce pouvoir, des hommes religieux vinrent écrire avec simplicité ces mots en tête d'une feuille publique : l'Ère nouvelle ! ! ! Tout fut si loin que les cœurs nobles ont rétracté publiquement leur esprit d'opposition.
Ceux dont les enseignes religieuses n'étaient agitées que par l'esprit révolutionnaire, sont restés fidèles au brandon ^.
1 II est douloureux qu'un nom comme celui du grand poète se soit trouvé pris par le flot des billevesées de l'époque. L'illégitimité de cet espril d'opposition à la Société ne fut pas aperçue des hommes les plus éminenlsdc la France. Au moment de l'explosion, tous se sont trouvés ramassés, les uns dehors, les autres dedans, selon les hasards de Février. Car ceux qui retenaient le pouvoir et ceux qui l'entraînaienl, avaient la môme métaphysique et la même morale; ils n'étaient opposés que de position politique.
Ils prennent les révolutions pour des évolutions de l'humanité. Un mot qui dans toutes les langues signifie le retour du mal, pour ce christianisme démocratique et social, exprimerait le retour du bien! La pire des erreurs est celle du chrétien. Ceux qui se rangent sous le nom de Socialisme chrétien perdraient tout s'ils prenaient de la force. Ils auraient juste assez de vérité pour cacher toute Terreur.
L'esprit de l'homme fut habile, il s'est juxtaposé à celui de Dieu ! Retournez dans vos cœurs, vous distinguerez la branche du xviii* siècle de la branche de l'Evangile. Il y a une bonne manière; l'esprit du christianisme immédiatement se reconnaît: au lieu d'enfler le moi, il en demande le sacrifice. . .