CHAPITRE XXXVIL
De l'Assistance.
On trouve des raisons pour tout. C'est qu'il y a toujours deux manières d'envisager leâ choses. Il y aie côté humain, qui paraît suffisamment respectable à celui que sa conscience ne tient pas élevé au point de vue divin.
Le point de vue humain est l'éternel point de départ des esprits moyens et des hérésiarques^ ; en révolution
1 C'est pourquoi on se croise éternellement avec eux sur les chemins du vrai sans pouvoir se rencontrer. Ainsi dans les airs, on voit allant en sens inverse deux courants do nuages, l'un pins près de terre, quand Pautrc fuit dans la partie supérieure.
il est celui des mécontents. La bourgeoisie a eu le sort de s'y enfermer de tout temps, par ses coutumes, par ses arts, en dernier lieu, par ses sciences et par ses lois.
Là elle se trouve sur le même terrain que le socialisme : à la fois battue par lui, parce qu'il en appelle aux conséquences, et invincible à toute autre logique, parce qu'elle n'est pas susceptible d'une raison supérieure. Nulle logique ne peut dépasser les dimensions de sa raison.
On s'étonne de ce que tant d'orateurs discutent en sens divers au sein de nos Assemblées. Cela vient de ce que tant d'esprits restent accrochés aux divers degrés du raisonnement. Les différents points de vue superposent les hommes, ils étendent horizontalement les bras sans se trouver. De là notre anarchie ; elle naît, comme toute petitesse, de l'abus du raisonnement. C'est parce qu'on trouve des raisons pour tout que, dans les affaires, il faut tenir les hautes données de l'esprit^.
- Ne paraît-il pas très- sensé aujourd'hui de prétendre que le gouvernement nous doit l'Assistance? On vous dira, mais vainement, la vérité sur ce point; car elle s'éloigne de vos yeux de la distance qui sépare le point de vue où vous êtes du point de vue divin : c'est qu'il ne faut pas l'Assistance !
D'abord, cela ne se peut pas. En second lieu, à supposer que cela se pût, il ne le faudrait pas. Si les gouvernements modernes fournissaient l'Assistance, la na-
• Les hommes n^auront actuellement que ce moyen, pour se tirer de Tanarchie où ils se sont jetés entre eux par Tabus que les esprits moyens font du raisonnement.
ture humaine serait perdue. Sans l'effort, la pérennité (le l'effort, la liberté ne naîtrait plus en nous, et riiomme s'ensevelirait, comme dans l'Orient.
L'Assistance? Pourquoi Dieu créa-t-il au contraire une loi qui couvre le monde, et à laquelle jusqu'à ce jour n'a échappé aucun homme : la Nécessité? Le Dieu qui a fait la liberté sait le levier qui lui convient...
Élevez vos regards ! Pour que l'homme sorte de luimême, pour qu'il soit le fils du mérite, et, bien mieux, pour qu'il use de sa propre liberté, de ses mains, de ses pieds, pour qu'il ne se laisse pas mourir de faim sur place. Dieu lui a envoyé la Nécessité. Sans elle, cette âme en germe rentrerait dans la paresse, qui est un retour au néant.
La nature déposa l'homme couché sur la terre, la Nécessité le met debout.