‹ De la Restauration françaiseChapitre 88 sur 189 · CHAPITRE XXXVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIIL

Aa lien de rAssûlance, Dieu fouda la Nécessité.

Dites, faites, vous n'éluderez pas la grande loi qui crée l'homme, la Nécessité. Vous y échapperez, mais par la vertu. Et précisément. Dieu veut que vous y échappiez; et même il ne l'a faite que pour que vous y échappiez. Car vous ne l'éluderez pas plus que la création, dont elle est la loi tendue aux âmes.

Qu'eût-il coûté à Dieu de nous fournir l'Assistance dans la nature? L'agneau trouve tout prêt le gazon que

~ 206 — cherche sa faim ; le tigre, tout préparé dans des artères plus faibles, le sang dont il a besoin. N'aviez-vous pas encore remarqué que l'homme est précisément le seul être auquel la nature retire son assistance. . . et, — le point est assez capital, — le seul de toute la création qui travaille^?

On ne veut pas voir les faits. Ce monde n'est autre chose que des âmes qui se forment. Vous exécuterez mille marches pour le tourner : Dieu a pris ses mesures. Évitez le passage qu'il a ouvert, vous prendrez celui de la mort. A la sueur de votre front, veuillez ne pas produire du pain, et la misère vous tuera.

Vous voudriez tout simplement un peu plus de bienêtre pour un peu moins de travail et de privation. Vous êtes loin de compte : celui qui vous crée veut fort peu de bien-être pour beaucoup plus de travail et de vertu. C'est que celui qui vous crée veut le bien-être de votre âme pour les Cieux ! Ce corps, où se croisent vos regards, ne lui sert que d'instrument pour la former.

Savez-vous ce que c'est que la nécessité ? Cet homme part pour sa journée ; il prend le fer, la peine vient; ses membres se raidissent, son esprit se trouble, sa volonté s'abat, il va jeter le manche après la cognée... point

1 Dieu pouvait, par exemple, faire croître spontanément pour l'homme une plante telle que le blé. De sorte que ceux qui n'auraient pas voulu élever leur condition, eussent toujours trouvé de quoi ne pas mourir de faim... Mais il y aurait eu immédiatement deux races sur la terre. La race des lâches, semblable à celle de Cham, eût éternellement tenu lieu de race servile à la première. Les quelques avances que Dieu a mises en plus dans la nature d'Orient n'ont que trop amené ce fait d'infériorité d'une race. Partez de l'expérience : les races ont acquis une supériorité sur la terre en proportion même de l'intensité de la loi de nécessité qui pesait sur elles.

de relâche, il faut donner du pain à sa femme, à ses enfants, à un vieux père ! il reprend l'outil, sa volonté se ramasse, son cœur s'enfle comme ses veines, et il achève sa carrière, ainsi que le soleil... Sur des miUions de points de ce globe, à chaque seconde de l'infini, Dieu entretient de la sorte une explosion et un exercice des plus doux sentiments de l'âme... Ah! vous ne savez point tout ce qui se passe sur cette terre ^ !

C'est Dieu qui a fait la Journée de l'homme ! Et il en a fait trois cents dans l'année, et bien des années dans la vie, et bien des vies dans le temps... et cela fait frémir votre sensibilité tiède encore des vapeurs de vos romans ! Oui, il a fait la journée de Thomme ! et de plus le poids du jour, et de plus cette Faim aux doigts d'épine, qui lui ouvre les portes de l'Orient, prête encore à refermer celles du soir si le travail n'accourt porté sur le char des Heures.. . Voyez ce que c'est, et vous vouliez en diminuer le nombre!

La journée est bien longue, n'est-ce pas? elle est dure, c'est indigne de traiter l'homme de la sorte : oui, car c'est ainsi qu'il acquiert sa personne et sa vie au sein de l'Infini. — Que nous sommes placés bas, que nous voyons peu de chose, pour traiter comme on le fait l'immense question de l'homme ! . . .

* Dire que Dieu par une seule touche fait arriver tant de bien dans rinfini .' On ne sait pas comme la création est sublime...

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