CHAPITRE XL
Si l'aumône dégrade, si l'assistance fortifie.
Le joli thème pour les beaux esprits , l'assistance ! A tel point que ceux qui de leur vie n'y avaient songé , ou qui même proclamaient la Fatalité, « Avxyy.Y} » c'està-dire la non-assistance divine, n'eurent besoin que de Février pour la donner en thèse à leurs discours.
Il est aisé de parler longtemps sur un sujet lorsqu'on n'y a jamais réfléchi ! aisé surtout d'entrer dans sa sensibilité lorsqu'on sort de l'expérience \ Il ne faut qu'un
• De là on fait des diihyrambes, de là on s'appelle Pami du peuple. L'ami du peuple est celui qui le maintient dans ses lois.
peu de cœur, et l'on se met à désirer que la misère, dès l'instant, soit bannie de chez les hommes... Et Dieu qui, depuis six mille ans, l'y tolère? A-t-on aussi réfléchi à cette petite question, par intérêt pour la cause du peuple?
Vous voudriez « substituer à l'aumône qui dégrade l'assistance qui fortifie. » Pour un début vous montrez peu votre pratique ! C'est précisément le contraire : l'âme du mendiant profite à la fois et de la peine qu'il rencontre à mendier et de l'humiliation qui la suit. L'un offre cette dernière espèce de travail à celui qui d'ordinaire les a tous repoussés ; l'autre presse sans discontinuer son âme d'échapper à une semblable situation. L'assistance, éloignant cette double peine, achèverait d'éteindre l'homme sous la paresse. Il ne faut assister, écoutez bien ! que les malades et les vieillards \
Que l'on est inconséquent quand on le veut ! Ce fut précisément le cheval de bataille du libéralisme contre ces pauvres couvents : ils avaient donné durant des siècles l'assistance! Nous avons eu les oreilles percées des inconvénients qui enrésultaientpourla population d'alentour. Les villages où se trouvaient des abbayes, des chanoinesses, des bénédictins, passent pour être encore encombrés aujourd'hui d'une population nomade, sans propriété, vouée à la fainéantise qu'engendre toute aumône régulière. Enfin vous citez l'Espagne, vous montrez Tlta- Ue, qui a presque fait de son peuple une race de men-
* Ces pauvres qu'on voit errer éternellement de porte en porte, sont précisément les seuls ôlrcs de toute une population sur lesquels Phumiliation n'a pas agi. Sans cette honte, la multitude se traînerait dans U besoin...
diants : et je ne vous dis non... Seulement je rappelle que vous vous êtes irrités contre une institution parce qu'elle donnait l'assistance, et que vous vous courroucez aujourd'hui contre un gouvernement parce qu'il n'institue pas l'assistance ' !
Que vous posez plaisamment les questions ! Vous pensez qu'il y a tout naturellement des pauvres, n'est-ce pas? que c'est là une sorte de nécessité en dehors ou supérieure à l'homme, une de ces fatalités sans raison, auxquelles il faut en attendant opposer les meilleures mesures?... Au fait. Dieu peut-être laissait s'accroître les pauvres, et c'est vous qu'il attendait pour les secourir ?. . Hospices pour la maladie. Charités pour les enfants trouvés, Ecoles des Frères pour la jeunesse, accroissement de la charité chez les fidèles, sont choses aujourd'hui trop simples. Il vous faut plus d'appareils dans les mots : « vastes institutions », « loi organique de la misère » , « ministère des nécessités fraternelles, » ouvrir les grands yeux du peuple, devenir promptement d'éternels bienfaiteurs, et qu'une foule charmée dise : Si on les avait écoutés, on eût cependant aboli la misère!
Que votre âme se tranquillise, on trouvera tous moyens de recevoir les dons que les hommes de l'époque destinent à leurs frères !
Peut-être voulez-vous savoir comment ont fait ceux
1 Si au milieu des sociétés modernes, un État s'engageait à fournir l'Assistance, il y aurait aussitôt deux races : d'une part tous les braves genss'cxténuant de travail et «le privation, pour nourrir les gourmands et les paresseux rassemblés de l'autre. — On aurait le rebours de l'Antiquité.
Plus de progrès dès iors ; le pauvre resterait pauvre, sachant qu'il a du pain assuré; le ricQC seul travaillerait, jusqu'à sa chute,^pour soutenir l'État.
qui eurent la sottise d'y penser quelques siècles plus tôt, voir sur quels points devront porter vos bienfaits? et même il faut ici vous laisser parler pour en prévoir lamesure...