‹ De la Restauration françaiseChapitre 91 sur 189 · CHAPITRE XLl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLl

L'assistance privée, et non TAiisistance publique.

Voici comment vous dites : « La république doit réali- « ser en institutions l'amélioration de la condition des « masses, par la fraternité, par la multiplication dubien- « être, par le Crédit, par l'Assistance, i» — L'erreur entière qui vous abuse est fermée là; la Société n'est faite précisément que pour amener cette amélioration par la vertu !

Puis vous dites : « Il faut transporter la charité infinie « du christianisme, de la conscience de l'individu dans la « conscience du gouvernement. » — L'erreur du siècle est-elle prise en flagrant délit? Vous voyez : toujours on veut substituer à l'Église quelque chose du gouvernement !

Puis vous dites : a II faut créer la prévoyance sociale ; » « substituer une grande commission de l'assistance à « toutes les commissions secondaires qui ne voient que « les détails * j> ; « placer cette commission de manière à

' On continue de choisir les formules des hommes les plus remarquables de Pépoque!... Dans tout cela, qu'on est touché ! On voit des natures magnifiques, d'une grande humanité, et qui ne demandent qu'à surmonter le flot du siècle! Les plus beaux dons resteront vides sous le climat de Terreur.

« ce qu'on la voie du pays entier » ; « faire sortir pièce à fl pièce, loi à loi, le code coordonné, le grand code chré- « tien de la prévoyance publique. » — Qu'on est habile a trouver des noms nouveaux ! tout ceci n'est au fond que la Charité.

De là vous ajoutez : « Est-ce à dire que dans cet amas « de notions confuses qu'on désigne sous le nom, d'ail- « leurs fort peu compris, de Socialisme, il n'y ait rien de « vrai?.. Il y a au fond du socialisme cette attitude nou- « velle donnée à l'homme par nos révolutions, qui ont « placé si haut la dignité humaine. . . » — Que voulez-vous qu'on vous dise? Il ne faut plus s'étonner qu'on parle « du grand et obscur problème posé par Février » . Grand et obscur en effet !

Enfin vous faites vous-mêmes remarquer que « vous « ne dites point diminuer, amoindrir, limiter, circon- « scrire, mais que vous dites détruire la misère ! » Et vous vous écriez : <t Faites des lois contre la misère ! il est au < pouvoir des gouvernements, des sociétés, de détruire la « misère. » — Oui, la misère morale. Alors, que ces loislà protègent la main qui la guérit au fond des cœurs ^ !

C'est de la misère morale qu'a découlé votre misère économique: je le crierai sur les toits! N'est-ce pas vôtre industrie de luxe qui lui a donné le jour? N'est-ce pas elle qui continue de créer ces populations non agricoles,

« Le siècle fait des lois contre la misère ! Allons, faites des lois... et des tribunes on crie : Très-bien ! très-bien ! car on cite ici les paroles mêmes qui ont été prononcées à TAssemblée nationale. Puis venaient les tableaux de la misère parisienne.... Assombrissez tout à votre aise le tableau de la misère : vous avez fait celui de la corruption ! Ne craignez pas d'apporter vos couleurs, vous peignez la fange où la paresse relient l'homme !

OÙ se recrute la guerre civile, sur lesquelles plane le paupérisme? Continuez, et vous aurez de la misère à détruire ! Vous avez grossi nos villes de pauvres : maintenant vous voulez les nourrir! Il faut les en faire partir, en les aidant à rentrer dans la destinée que leur avait faite Dieu. Mais vous concluez tranquillement : L'Angleterre a créé le mal, et créé aussi le remède correspondant au paupérisme par la taxe des pauvres; et vous priez de l'imiter. Au nom de la France, on vous supplie de ne point créer le mal pour n'avoir point à imiter le remède!

A tant de dires, on ne peut répondre que la vérité : Il ne faut pas que l'assistance soit publique, il faut qu'elle soit particulière. La religion qui, j'espère, a su poser la question, n'a reconnu publiquement que les malades, les vieillards et vos enfants abandonnés ^ Toute autre misère est chargée de sa destinée ; sinon la lèpre s'étendrait sur l'espèce entière. Or, les hospices sont ouverts depuis quinze siècles à vos libéralités...

Ah ! si depuis ces quinze siècles on vous avait laissé faire, où en serait Thomme?.. L'heure vient où vous tomberez à genoux devant le christianisme de ce qu'il a

1 11 est vrai qu'on ne connaissait pas encore « ces hommes qui sont « dans la force de l'âge, iravaillent et peuvent être sans pain II! »

Quand on manque de l'esprit élevé, il faudrait qu'on eût celui de l'eipérieni^. Supposons qu'on établisse l'assistance: ce fait correspondraitpour le peuple à une augmentation de bien-être dépassant de quelque chose son travail j c'est enûn comme si la nalurc venait à produire, par exemple, un dixième de plus pour une semblable somme d'elToris. Or ritalie, par son sol, offre précisément ce phénomène. Par l'absence de l'hiver et une plus grande fécondité, la nature, pour le même effort, y donne un tiers de plus de bien-être qu'en nos climats. Voyez ce que fait ce peuple ! Voyez le peuple d'Espagne, où le ciel est aussi beau ! voyez les peuples de l'Asie... Vous êtes hommes, et ne savez ce que c'est que l'homme !

su préserver la liberté, et conduire la nature humaine jusqu'en ce jour !

Vous l'avez dit, la grande question est là ! Mais voilà pourquoi la grande question est là : c'est la misère qui ramène l'homme déchu au travail. Pour que la misère ne fût pas, il faudrait que la vertu fût universelle. C'est précisément parce que la vertu est absente que la misère est présente. Elle remplace la contrainte de l'esclave

Que d'esprit ! Faire de la misère un droit public, une profession légale!

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