‹ De La Rétention d'Urine dans la Fièvre TyphoïdeChapitre 13 sur 26 · SOUS · texte numérisé non relu

SOUS

torzième jour de la maladie obligea à suspendre la balnéation. Ce sujet ne débuta donc pas comme presque tous nos malades par de l’incontinence dans le bain. Mais il eut dans le jour, à peu près tous les quarts d'heure, des envies impérieuses d’uriner, et la nuit quand il dormait, alors que le besoin n’était pas suffisamment perçu, il urinait dans son lit. Pendant la journée, il n’eut que très peu de mictions involontaires et il n'eut jamais de rétenon,

Mais il est dans la fièvre typhoïde toute une catégorie d’incontinences dont l'étude est autrement importante. Ces mictions involontairés ne sont autre chose que des mictions par regorgement, dissimulant une rétention incomplète.

Quelquefois l’urine s'écoule goutte à goutte, que les malades en sentent ou non le passage : quelquefois il y a des mictions plus complètes, abondantes souvent au moment du bain, ou pendant le sommeil.

Et cependant le globe vésical reste distendu, comme on peut s'en assurer facilement par la percussion ou la palpation, et quand on vient à sonder ces malades immédiatement après une de ces évacualions, on retire encore 500 1.000 grammes d'urine et davantage.

Bien que le danger immédiat de ces rétentions incomplètes et de cet écoulement d'urine par regorgement ne soit pas aussi grand que lorsque toute évacuation est impossible, il demeure sérieux cepen-

dant. Ce n'est pas impunément qu’une urine qui ne tarde pas à devenir ammoniacale et.qui s’infecte facilement, vient au contact des téguments, déjà mis en moindre résistance par suite du décubitus prolongé, des traumatismes répétés de la mise au bain, et des bains eux-mêmes. On sait la fréquence chez les typhiques des furoncles, des anthrax, des points de sphacèle même qui aggravent alors si singulièrement le pronostic.

Mais dans la rétention incomplète, ces évacuations ne sont pas toulours involontaires. Elles peuvent, quoique plus rarement, se faire spontanément, régulières et faciles, et donner l’illasion de mictions normales.

Il est évident qu'il faut tenir compte lorsqu'on suit des lyphiques, de la quantité d'urine qu’on peut mesurer chaque jour, ou de la quantité qu'ils ont rendue dans leur bain et dans leur lit, même si on a vu soi-même ces évacuations ; mais { faut de plus surveiller d'une façon systématique la vessie.

Dans trois de nos observations (VI, VIIT et XI), nous aurions été ainsi complètement égaré si nous n'avions eu recours à cette pratique. Ces trois malades rendaient chaque jour environ 9400 à 1.200 grammes d'urine, quantité en somme satisfaisante, chez des

typhiques en pleine infection.

De ces constatations, résulte une autre considéra-

tion. Bien rares sont les cas où nous ayons observé

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de véritables signes fonctionnels de ces rétentions.

Celles que nous avons observées ne dataient-elles pas d'assez longtemps ; l'émission d'urine par regorgement étail-elle suffisante à soulager les malades ; étaient-ils dans un état de tuphos trop profond pour que ces sensations fussent perçues? Il est difficile de le dire. Mais jamais nous n’avons observé de symptômes fonctionnels importants de ces rétentions. Jamais de ces mouvements de mains plus ou moins expressifs. de ces gestes esquissés que nous avons vus maintes fois chez certains malades même dans le coma ou au cours de méningites bientôt mortelles, quand leur vessie se distend outre mesure, mouvements qui sont d’ailleurs d’observalion courante.

Quelques-uns de nos malades cependant, ceux surtout à réaction nerveuse prononcée, ressentaient assez vivement la sensaticn de plénitude causée par la vessie, et c’est là tout ce que nous avons observé. Ce n’est pas à dire qu'on ne puisse en rencontrer quise manifestent par des symptômes plus bruyants. Mais nous eroyons que ce n’est pas sur les symptômes fonctionnels, ni sur les symptômes généraux, que le diagnostic de ces faits doit être posé.

Les manifestations de l'intoxication produite par la rétention anormale de l'urine, la prostration, l’abattement, la stupeur ou au contraire l'agitation et le délire, de même que les signes gastro-intestinaux sont en effet des symptômes trop essentiels de l’intoxication typhique, pour que l'erreur ne soit pas presque fatale.

Mais à défaut de ces signes trompeurs, ou de signification trop imprécise, les signes physiques demeurent.

L'appréciation par la percussion et la palpation du globe vésical, de la saillie mate et arrondie qu'il forme, nous a toujours été facile dans tous nos cas, même quand le ventre était très ballonné. Et nous avons pu suivre ainsi la marche de ces rétentions, juger si le cathétérisme s'imposait ou non, voir la vessie diminuer et disparaître, à mesure que la localisation vésicale allait en s’améliorant.

Il nous faut signaler encore un fait dont la connaissance nous a été fournie par le cathétérisme pratiqué dans le but de reconnaitre si possible la cause de ces rétentions et d’en amener l'évacuation.

Alors que dans la majorité des cas nous n’avons jamais rencontré la moindre difficulté pour le passage de la sonde molle dont nous nous servions, dans deux cas la personne chargée du cathétérisme ou nous-même, éprouvâmes une véritable résistance (obs. Let III). Par un cathétérisme appuyé et prolongé nous parvinmes à pénétrer dans la vessie, mais au cours de nos tentatives, la sonde avait été plusieurs fois rejetée en partie hors de la portion du canal qu’elle venait de franchir, par de brèves secousses comme il arrive dans certains rétrécissements de l’urètre dits spasmodiques.

Dans nos deux cas, qui paraissent calqués l'un sur l’autre, et dont l’un pourtant concernait un enfant de quatorze ans et demi, et l’autre un adulte,

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la sonde parvenue dans la vessie, et abandonnée un moment à elle-même, fut immédiatement et brusquement rejetée hors de l’urètre, et le malade vida d’un trait sa vessie sans le secours de la sonde. Ce fait se reproduisit à deux ou trois reprises chez chacun de nos deux malades.

Le malade de l'observation XX qui nous a été communiquée, se présenta également à peu près dans les mêmes conditions. Il était cependant plus difficile pour lui d'établir la part qui revenait au spasme et aux lésions véritables de l’urètre. Lors des tentatives prolongées de cathétérisme, les différents instruments employés étaient toujours arrêtés au même point du canal,'à environ 10 centimètres de l’orifice urétral. Et cependant certains cathétérismes furent au contraire chez lui d'une extrême facilité.

Enfin chez le petit malale dont nous venons de parler, notons que plusieurs lois, alors que l’impossibilité d’uriner était absolue malgré les efforts du sujet, la miction se fit spontanément et normalement, au moment où toutes les dispositions étaient prises pour faire le cathétérisme, à l'instant même où l’on se preparait à introduire la sonde, mais sans toutefois que celle-ci ait élé engagée dans l’urètre.

EvoLurTion. — Après avoir duré comme nous lPavons vu, un temps variable, la plupart de ces rétenüons ne reparurent plus. Une seule (obs. IV) reparut pendant deux jours, cinq jours après, sans cause appréciable.

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Aucune, même parmi celles ayant nécessité un cathétérisme prolongé, ne fut suivie d’une infection sérieuse des urines. Deux fois seulement les urines furent légèrement troubles pendant quelques jours.

Il y eut après ces cathétérismes quelques mictions douloureuses (obs. Vlet VIII), fréquentes et nombreuses (obs. V). Le spasme continua (obs. [) après qu'on les eut cessés, dans un cas. |

Assez souvent la rétention incomplète fit suite à la rétention complète. Ce faitse produisit surtout dans les fièvres typhoïdes graves.

Puis, dans les cas favorables, à mesure que la convalescence approchait, ou même pendant que la dothiénentérie évoluait encore, Îles manifestations vésicales diminuaient, puis disparaissaient. Nous n’en avons pas vu se prolonger dans la convalescence. Mais nous avons déjà signalé que Trousseau et d’autres auteurs en avaient observé des cas.

Nous ne savons ce qu’il est advenu dans la suite, de ces malades, aucun de ceux qui sont sortis guéris du service n’a été revu. Rappelons seulement à propos du retentissement ultérieur possible de ces manifestations vésicales, au cours d'une fièvre typhoïde, le cas de M. Bouchard rapporté par (Guyon)(1), où la tuberculose vésicale fut observée chez un malade ayant eu de la rétention pendant une dothiénentérie

1. Guyon. Leçons cliniques sur les affections chirurgicales de la vessie et de la prostate, 1888, p. 802.

antérieure. Il est probable que les mêmes raisons qui avaient favorisé cette rétention lors de l'infection

typhique, agir ent encore pour localiser sur la vessie l'infection tuberculeuse.

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