OBSERVATION VII
(Due à M. Ferrand, interne du service.)
Néphrite datant au moins d'un an.— Fièvre typhoïde à début mental. — Quantité d'urine normale par vingtquatre heures, émise par regorgement au cours d'une rétention incomplète. — Crises jacksonniennes. — Mort. — Autopsie.
Mre B..., trente-huit ans, sans profession, entre à la maisan Dubois le 18 août.
Pas d'antécédents héréditaires à signaler.
Toujours bien portante jusqu’en 1898. Deux enfants âgés actuellement de huit et onze ans, bien portants. A cette époque, elle perd son troisième enfant en nourrice. Chagrins intimes depuis lors.
Depuis un an, céphalées fréquentes, surtout frontales, sans
caractère nocturne. Son mari n’est pas spécifique. Pas d’an-
técédents ou de voisinage suspects de tuberculose. La malade était très triste, son caractère très changeant.
Elle avait assez fréquemment de l’œdème du dos, des mains et des pieds, œdème signalé postérieurement par le mari qui avait été obligé de lui procurer des chaussures spéciales.
Depuis huit mois, accentuation de cet état de mélancolie, particulièrement depuis un mois. Son mari essaya de tout pour la distraire, séjour à la campagne, etc., sans y parvenir.
Il y a deux semaines, elle alla même dans une maison de santé dont le directeur la fit sortir quelques jours après pour l'affection actuelle. |
La céphalée augmente ;ilyade la diarrhée.
La température reste élevée aux environs de 40 degrés.
Etat actuel. — La malade très abattue et dans un état de prostration marquée, répond à peine aux questions. Elle est pâle, les yeux clos, et il faut insister pour qu'elle fixe son attention. Cependant son intelligence paraît conservée. Température 4009.
La langue est blanche, rouge sur les bords, assez sèche.
Le ventre ballonné, non douloureux. La rate se sent à la percussion. Diarrhée jaune fétide. Les urines sont rares, fon- -cées. La malade urine quelquefois spontanément, quelquefois dans son bain. Quelques râles de bronchite disséminés. Le cœur est rapide; les bruits un peu sourds, mais réguliers, On baigne la malade qui supporte bien ses bains et fait des réactions variables, mais en général bonnes ; dans l'intervalle, elle paraît affaissée, mais on ne constate rien d’alarmant,
Albuminurie assez intense. Diarrhée.
21 août. — La température a été le soir pendant ces deux jours de 4o°7 et de 4oor. Le matin de 39 degrés et de 39°r.Le 21 août, baisse sensible ; 3805 le matin, 39% le soir. Les jours suivants, l'état de faiblesse s’accentue encore ; elle répond toujours difficilement aux questions, quoique avec lucidité.
Elle reste toujours immobile, les yeux clos, sans paraître souffrir.
Elle urine involontairement dans son lit et dans son bain.
29 août. — Séro-diagnostic positif.
Pouls, 128. Température, 38°2 le matin ; 39°2 le soir. L’albuminurie augmente. La malade boit bien. On ne peut recueillir toutes les urines de vingt-quatre heures. mais elles paraissent cependant suffisamment abondantes, quoique toujours très foncées et très rouges.
L'intelligence paraît toujours conservée, mais il y a absence complète de volonté et d'énergie. La malade se laisse prendre, sans faire aucun mouvement pour aller dans son bain, elle ne se soutient nullement, ne s’aide pas, et glisserait dans sa baignoire si on ne la soutenait. Le ventre est de plus en plus ballonné. La garde répète que les urines sont suffisam ment abondantes et affirme que la malade mouille souvent son lit, ce que nous avons pu d’ailleurs constater nous-même plusieurs fois.
23 août. — Pouls, 112; température, 3802; le soir. 39%.
A 9 heures du soir, nous constatons une sensibilité un peu plus vive de l'abdomen, toujours ballonné.
A l'exploration et à la percussion, nous trouvons une masse inerte qui rappelle la forme du globe vésical distendu.
La malade a eu une miction involontaire ; malgré cela, nous
Gr
la sondons, d’ailleurs sans difliculté aucune, et nous retirons. 900 grammes d'urine foncée et rouge sombre, très albumineuse.
La malade est alors sondée deux fois par jour, et dans l’intervalle il se produit quelques mictions spontanées soit dans le lit soit dans le bain.
24 août. — Pouls, 96; température, 37°1. La température s’est abaissée progressivement dans la matinée après le bain de 9 heures. Elle s’est ensuite relevée progressivement pour atteindre 39°8 à minuit. :
Le lendemain la prostration a encore augmenté. On sonde la malade.
Râles de bronchite aux bases; les bruits du cœur sont rapides et durs ; le pouls un peu vibrant, mais sans tension exagérée, semble-t-il ; il n’y a pas de bruit de galop.
25 août. — Température à 3 heures du matin, 385; à 6 heures, 39°2. A partir de ce moment, la malade est prise de convulsions répétées, d’abord sous forme de crises assez courtes, puis de plus en plus longues. La main droite était d’abord prise, puis le bras, la face et quelquefois même la jambe. |
Cet état dura jusqu'à notre arrivée dans le service à 9 heures du matin.
Nous trouvons alors la malade dans le coma avec, d’une façon continue, des secousses convulsives. Elles cessent à certains moments pour reprendre ensuite avec une intensité croissante et diminuer de nouveau. C'est le même processus commençant par la main et s'étendant à la face qui grimace.
On a sondé la malade le matin et retiré 600 grammes d’u-
rine. Les crises continuent malgré une saignée de 300 grammes et la malade s'éteint vers 11 heures du matin. Depuis la veille, les réflexes patellaires étaient abolis.
Autopsie. — Pratiquée vingt-quatre heures après.
Intestin. — Pas de plaques de Peyer apparentes dans l'intestin grêle, sauf une ou deux à son abouchement dans le gros intestin. Sur celui-ci, dans sa partie cæcale surtout, un grand nombre de plaques ulcérées, dont la plupart assez profondément, laissent apercevoir la séreuse. Une mince membrane transparente a seule empêché sur de nombreux points la perforation de se produire. Ilexiste également des plaques jeunes et d'autres relativement plus avancées.
Les ganglions mésentériques sont très gros et très congestionnés. L’appendice est normal comme longueur, mais très congestionné, violacé,
Rate. — Grosse, rouge vineux, presque déliquescente.
Foie et estomac. — Apparence normale.
Poumons. — Congestion généralisée, surtout aux bases.
Cœur. — Affaissé, teinte violette, probablement d'origine cadavérique.
Reins. — Hypertrophiés à peu près également, très congestionnés. Apparence de transformation graisseuse à la coupe.
Décortication impossible.
Cerveau paraît normal, tant à sa surface que sur les coupes pratiquées. Il en est de même du cervelet et de l’isthme.
Utérus. — Un peu gros et dur.
Opaires. — Volume normal; ils sont parsemés de petits kystes.
Urètre. — Perméable.
Lips en
Vessie. — À moitié remplie d'urine, légèrement conges-
tionnée.