‹ De la retroversion uterine pendant la grossesseChapitre 10 sur 35 · Bulletin de la Soc. de Méd. de Marseille · texte numérisé non relu

Bulletin de la Soc. de Méd. de Marseille

paroi postérieure et supérieure du vagin est fermée par le paroi postérieure de la matrice, laquelle, parvenue au niveau du rectum dans l’excavation du bassin, s’infléchit encore en bas.

Les urines sont rendues sans diûicultés, les selles sont faciles. On fait quelques tentatives inutiles de réduction en accrochant le col et repoussant le fond à l’aide des doigts introduits dans le vagin. M. Chapplain fait alors placer Mme X... sur le bord du lit, à genoux, le siège élevé et dans la position la plus déclive possible ; il se place derrière la malade et introduit deux doigts dans le vagin pour agir en sens inverse sur le fond et sur le col. Le col accroché se déplace et peut être ramené dans l’axe du bassin. Mais la réduction n’est pas faite et le lendemain tout se trouve dans l’état primitif. Quelques jours après M. Chapplain renouvelle ses tentatives. Il aide le doigt qui doit agir sur le fond utérin d’un tampon formé par une éponge placée à l’extrémité d’une baleine. Celte manœuvre occasionne des douleurs violentes et une petite perte de sang, mais est couronnée de succès. On ordonne à Mme X... le repos sur le côté ou sur le ventre. La réduction se maintient; mais au sixième mois, sans cause appréciable, Mme X... accouche d’un enfant mort depuis plusieurs jours. Dans une grossesse suivante, il y a eu tendance au déplacement, mais il ne s’est pa produit.

Douleurs.

La douleur est le premier symptôme perçu lorsque la rétroversion se manifeste brusquement ; mais en généra ces tiraillements douloureux dans les lombes, l’hypogastre, les aines, qui marquent le début des accidents persistent peu de temps à l’état aigu, et ne forcent pas la patiente à ' quitter immédiatement ses occupations. Bientôt ce symptôme s’accentue, ainsi que les autres, et suit une marche parallèle.

Dans le cas suivant, les douleurs avaient seules appelé l’attention du. premier praticien appelé.

Observation XIX

Mademoiselle G..., âgée de 17 ans 1/2, chlorotique, frêle, de petite taille, est enceinte de 3 mois 1/2. Elle est la maîtresse d’un jeune homme grand, vigoureux, très-passionné et porté aux excès alcooliques. Elle a une constipation habituelle ; rien du côté de la vessie ni de la miction.

Elle accuse une douleur subite au bas-ventre, douleur qui retentit bientôt aux aines et aux lombes. Après deux jours de souffrances mo“ dérées, légère perte de sang, puis augmentation considérable de la douleur, ténesme rectal et vésical. Un médecin oppose à la douleur la pulvérisation de l’éther sur le ventre. M. Davreux, appelé le 8 août 1872, constate un éréthisme nerveux considérable; les autres symptômes persistent ; on croit une fausse couche imminente.

Le toucher est excessivement douloureux.

L’utérus développé normalement est en rétroversion ; son axe est horizontal ; le rectum est plein de matières ; la vessie, située très-haut est assez développée. Le cathétérisme donne issue à un litre d’urine environ. On prescrit un lavement et une potion de chloral.

Trois heures après, au moyen de deux doigts introduits dans le rectum, M. Davreux réduit facilement. Dès lors, la perte cesse complètement, la grossesse continue sans encombre, et l’accouchement se fait le 23 janvier 1873 (Charles, de Liège).

D’après Elleaume et Cazeaux, les douleurs s’étendent sur le trajet des ligaments larges. « C’est à eux probablement qu’il faut attribuer les douleurs que les femmes éprouvent dans les aines pendant les affections chroniques et les déplacements de la matrice » (Cazeaux). De même, le tiraillement des ligaments utéro-sacrés et vésico-utérins explique, en même temps que l’engorgement des parois utérines, les douleurs lombaires et hypogastriques.

Les douleurs périnéales se comprennent très-bien quand

on pense à l’état des organes contenus dans le petit bassin, distendus outre mesure et se comprimant les uns les autres ; cependant ces symptômes sont augmentés par l’œdème des parties, la sensation d’un corps étranger dans le passage qui engage la patiente à pousser, les souffrances causées par la rétention d’urine, se propageant vers les uretères et les reins, ou vers le méat urinaire, et s’accompagnant parfois de stupeur, d’engourdissement dans le membre inférieur, ou de douleurs sur le trajet d’un nerf comprimé : ainsi, le sciatique doit, dans le cas de Gérard. Les efforts, la toux, le vomissement exaspèrent ces symptômes qu’atténuent le repos, le relâchement des muscles abdominaux.

Les douleurs que nous venons de passer en revue sont plus ou moins continues, souvent modérées. D’autres attirent plus fortement, et à plus juste titre, l’attention des malades et du chirurgien à cause de leur violence et surtout de leur type intermittent; dans son mémoire, le Dr Charles de Liège insiste beaucoup sur ce fait.

Ces douleurs coïncident avec des contractions utérines. Elles se font sentir dans la partie inférieure de l’abdomen et se dirigent en arrière vers le coccyx et la partie inférieure du sacrum. Elles ont probablement leur siège dans l’utérus; on peut, du moins en touchant ou, en palpant, la vessie étant vide, sentir cet organe se durcir sous la main pendant la douleur. Ce ne sont pas cependant les vraies contractions du travail ; elles sont plus violentes et ne commencent pas par le col utérin ; ce dernier conserve longtemps sa longueur, et ce n’est qu'après un temps beaucoup plus long que ne le feraient supposer des contractions aussi

vives, qu’il commence à présenter les modifications de l’avortement. Ce fait est noté dans l’observation de MM. Lucas-Championnière et Georges Siredey, que je rapporte plus loin.

Cette particularité est importante à connaître afin de ne pas désespérer, même après des douleurs fortes et prolongées de voir, ainsi que dans le fait précédent, la grossesse arriver à bon port. Ici donc, plus encore que pendant le travail de l’accouchement, il faut distinguer la douleur de la contraction. Ces douleurs sont plus vives à cause de l’irritabilité plus grande de l’organe engorgé, enflammé et de l’état nerveux surexcité de la femme. Leurs causes peuvent être multiples: une irritation viscérale voisine peut occasionner les contractions des muscles utérins ; la matrice elle-même est, du reste, sensible, engorgée, tuméfiée ; il y a stase veineuse et le sang chargé d’acide carbonique, ainsi que l’ont démontré les belles expériences de Brown-Séquard, amène des contractions utérines. Cet état ressemble à une fausse couche dont les douleurs trop intenses sont mises sur le compte d’une sensibilité exagérée de la patiente. Aussi ne peut-on pas s’étonner de voir souvent la rétroversion utérine pendant la grossesse confondue avec un avortement. On attend ce dernier, et si un examen convenable n’est pas pratiqué et que la situation se termine par l’expulsion d’un œuf, l’accident primitif sera méconnu (Charles). Dans un cas, la femme et un officier de santé attendaient depuis 17 jours un avortement qu’un habile praticien évita en reconnaissant la rétroversion et en y portant remède.

Observation XX

Une femme de 29 ans, à 4 mois de sa troisième grossesse, éprouvait quelques difficultés d’uriner ; un jour, à son réveil, elle se plaint de coliques violentes, d’une pesanteur douloureuse vers l’épigastre et d’un besoin pressant d’uriner qu’elle ne peut satisfaire. Cette rétention d’urine continue sept jours avec fièvre, augmentation de volume du ventre et apparition à la vulve d’une tumeur grosse comme la tête d’un enfant. Les grandes lèvres s’œdématient, le perinée est repoussé en dehors ; les douleurs sont intolérables. La femme et un officier de santé croient à un avortement. Cet état se prolongé dix-sept jours : M. Rolland, alors appelé, reconnaît la tumeur formée par la vessie à l’bypogastre et la rétroversion utérine.

Les essais de réduction tentés dans la position horizontale ne réussissent qu’à faire sortir un peu d’urine. La femme étant placée sur les genoux et les coudes, Rolland introduit deux doigts de la main gauche dans le rectum, soutient avec la main droite, placée au-devant de la vulve, la tumeur qu’occupe cette partie et essaie la réduction. L’urine sort à flots par un jet de la grosseur du petit doigt et qui continue sept à huit minutes ; Rolland parvient alors à réduire l’utérus. La sonde retire encore cinq demi-setiers d’une urine sanguinolente. Le séjour au lit, des applications et injections astringentes permettent, dès le vingtième jour, à la femme de rendre et de retenir l’urine à volonté. La grossesse suivit heureusement son cours.

Dans un cas, la malade se plaignait surtout d’une douleur fixe dans la fosse iliaque gauche.

Observation XXI (I)

Mme W..., devenue enceinte peu de mois après son mariage, éprouva dès les premières semaines de sa grossesse, outre les troubles digestifs habituels, un prurit général insupportable. Vers la fin d’avril 1849, la grossesse étant arrivée à près de quatre mois, je fus

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