‹ De la retroversion uterine pendant la grossesseChapitre 5 sur 35 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les accidents de la rétroversion peuvent éclater tout à coup ou s’établir peu à peu ; de là, deux espèces de rétroversion généralement admises : la première à forme lente et progressive * la seconde à forme brusque, accidentelle , dont la malade elle-même peut marquer le début soudain. C’est la division adoptée depuis Baudelocque qui racontait à ses élèves trois cas de rétroversion pour lesquels il avait été appelé.

Observation IV.

Dans un cas, en 1775, la rétroversion ne fut complète qu’au bout de trois ou quatre semaines, et à cette époque seulement, la femme se trouva contrainte de se soumettre à la réduction.

Observation V.

Chez Mme deX... la rétroversion se fit complètement en un instant, le jour de Pâques. La réduction fut faite sur le champ, et l’accouchement eut lieu à terme. Cette femme, grosse de trois mois, était depuis cinq à six semaines atteinte de rétention d’urine, suite d’une descente de matrice ; pendant ce temps, on avait cent fois, au moyen du doigt, repoussé le col utérin pour faciliter la miction ; la rétroversion fut déterminée brusquement par un effort plus grand que de coutume pour refouler le col.

Observation VI.

En 1787, Baudelocque vit une dame étrangère, enceinte de trois mois environ, dont la matrice était tombée brusquement en état de rétroversion complète. Ne pouvant réduire sur le champ, il fit uriner la femme plusieurs fois par jour, pendant dix jours : à ce moment, la matrice put être réduite. L’accouchement eut lieu à terme.

Les symptômes sont surtout en rapport avec la compression des organes du petit bassin, leur inflammation, le retard apporté à leurs tondions ou l’arrêt complet de ces dernières. Quand le déplacement survient lentement, la femme n’en est dans les premiers temps que très-médiocrement incommodée. Dans un certain nombre de cas, il existe des symptômes prodromiques qui doivent faire craindre que la rétroversion ne se confirme et ne se complète. Après les avoir passés en revue, j’étudierai les accidents causés par la rétroversion opérée et confirmée.

SYMPTÔMES PRODROMIQUES

Ils n’existent pas toujours, et dans bien des cas, ne sont pas une preuve certaine que la rétroversion doive se produire ou du moins se manifester par des accidents sensibles. Leur signification est surtout importante entre deux et demi et trois mois, parce qu’à ce moment le grand axe utérin est à peu près égal au diamètre sacro-pubien , et qu’une cause légère peut aisément faire basculer une matrice prédisposée au déplacement en arrière et la maintenir dans la concavité sacrée. Ces symptômes prodromiques sont surtout

des accidents de voisinage dépendant soit d’un certain degré d’abaissement de l’utérus, soit d’une inclinaison du fond en arrière plus ou moins prononcée, soit de la réplétion de la vessie et des intestins. Ils se montrent rarement réunis. Ce ne sont d’abord que des tiraillements douloureux dans les aînés et les lombes, un sentiment de pesanteur, de pression sur le col de la vessie, un peu de ténesme vésical, et surtout de la difficulté dans l’émission de l’urine et de la constipation ; quelquefois de l’altération des fonctions digestives, des nausées ou des vomissements réitérés, de l’insomnie.

Au palper, la grossesse étant constatée, on trouve le ventre plus plat que d’habitude, la tumeur utérine plus profonde ; au toucher, l’utérus est abaissé, le col à peu de distance de la vulve ou dirigé en avant.

La durée de la période prodromique ne peut être déterminée dans les cas de rétroversion lente ; lorsque les accidents ont éclaté subitement, les signes précurseurs, constipation, dysurie, tiraillements ont souvent préexisté au déplacement, et sont mentionnés dans la plupart des observations.

Observation VII.

Mme P..., était faible et valétudinaire. Après la mort d’un enfant qu’elle allaitait, elle eut deux fois ses règles, puis une légère métrorrhagie, qui durait depais quinze jours quand Martin fut appelé. La malade se plaignait de douleurs dans la matrice et d’un poids incommode du côté du rectum. Le corps de la matrice était douloureux au toucher, engorgé et dirigé un peu en arrière ; le col, porté en avant, était mou et un peu boursouflé. La perte continuait et la femme se livrait à ses occupations ordinaires, lorsque le 20 janvier

1806, après deux jours de travail plus fatigant, les douleurs abdominales, qui avaient toujours été obscures, devinrent extrêmement violentes ; un besoin pressant et incessant d aller à la selle tourmenta la malade, et dans la nuit, au milieu des efforts qu’elle faisait pour y satisfaire, elle éprouva dans le bassin un sentiment de craquement et comme de rupture. Martin trouva alors le fond utérin porté en arrière et à gaucbe, refoulant vers la vulve la paroi postérieure du vagin, et bouchant presqu 'entièrement ce conduit ; le col fort difficile à atteindre, était recourbé sur lui-même et placé en haut et à droite derrière le pubis.

Deux doigts introduits par le vagin soulevèrent par degrés la matrice au-dessus du promontoire. L’orifice utérin resta béant, la perte continua et Martin reconnut dans les caillots un lambeau du placenta. Après quatre ou cinq semaines la malade recouvra la santé (Martin, de Lyon).

Je n’ai point l'intention de nier la rétroversion sans prodromes, à forme brusque et à début soudain ; j’en rapporte moi-même un exemple frappant qui m’a été communiqué par M. LalTorgue (de Toulouse), mais il me semble que ces symptômes prodromiques sont plus fréquents que les auteurs ne l’indiquent généralement, je les ai trouvés signalés dans bien des cas cités comme des exemples de rétroversion à forme subite. La malade de Gougis fit une chute, ayant sur le dos un sac très-pesant. Dans le même moment, douleur vive...., mais elle éprouvait depuis quelque temps, de la dysurie, de la constipation, des douleurs hypogastriques.

Une malade de M. Ghantreuil, vit son ventre grossir énormément immédiatement après un bain La femme Hol-

ling (Craninx) éprouva tout à coup, en vaquant à ses occupations, une vive douleur.... La malade de Rolland eut à son réveil des coliques, de la rétention d’urine.

Mm0 M. Mra0 G... (Godefroy) furent prises subitement d’un besoin continuel d’uriner.

Mros J... (Palante) fut prise tout à coup de rétention d’urine.

La femme Leclercq (Curie) ressentit une vive douleur dans le ventre avec sensation de déplacement.

MmeJ. M. L... (Godefroy) souffrante depuis six semaines, vit les symptômes s’aggraver à la suite d’un effort.

Mm* M... (Branes) ayant eu huit fausses couches, fut prise de douleurs après avoir dansé... La femme Lovinfosse (Charles, de Liège), avait senti quelque chose descendre dans le ventre en sautant dans un bateau.

Mraa Van... (Hubert) ayant eu deux grossesses compliquées de rétroversion, eut les accidents de sa troisième à la suite d’un effort.

De même la femme Lurtewagen (Hubert). De même Mme P. N... (Hubert). Mme G... (Amussat) ayant déjà une rétroversion, ressentit une vive douleur en soulevant une malade. La femme Lefèvre (Depaul) ayant eu déjà une faussp couche, eut tout à coup en montant un seau...

Mais dans tous ces cas où la rétroversion a paru s’opérer brusquement, les symptômes prémonitoires constipation, dysurie, tiraillements ont existé ; plusieurs de ces femmes sont même signalées comme ayant déjà la matrice en rétroversion. On ne peut donc pas dire que le déplacement s’est produit brusquement ; j’y vois seulement que, pour une raison quelconque, le léger degré de rétroversion existant déjà s’est accentué, et que les symptômes, peu marqués, mais réels, se sont aggravés et ont paru parfpis

apparaître soudainement lorsque le déplacement était brusquement complété.

Rien d’étonnant d’ailleurs à ce que les symptômes prodromiques soient rarement notés dans les cas de rétroversion à forme subite ; nous verrons que les accidents de la rétroversion sont peu marqués dans les premiers temps de la gestation et souvent sont mis sur le compte de la grossesse. La femme ne s’en inquiète pas et ne les signale pas au médecin ; mais, si celui-ci les recherche, il arrive trèssouvent à constater leur existence. Je trouve ces signes prodromiques notés dans toutes les observations de M. Depaul et dans les onze de M. Hubert (de Louvain). Plusieurs de ces cas sont cependant cités comme des exemples de rétroversion brusque.

Après un temps variable, les symptômes précédemment notés s’aggravent et s’accentuent ; et sauf le mode de début plus ou moins brusque, que la rétroversion soit lente ou subite, les phénomènes morbides consécutifs sont les mêmes ; leur acuité, toutes choses égales d’ailleurs, dépend surtout de l’époque à laquelle était parvenue la grossesse, lorsque les accidents ont éclaté. Dans la rétroversion qui survient brusquement, la sensation spéciale du début constitue un signe précieux qui doit porter l’esprit du médecin vers la possibilité d’un déplacement et faciliter le diagnostic. La femme a la sensation que quelque chose s'est dérangé dans son ventre ; c’est un sentiment parfois trèsvague de rupture, de craquement, de descente d’un organe du bas-ventre; dans d’autres cas, la femme perçoit une secousse, de la douleur dans l’hypogastre ou dans les reins, elle a une faiblesse, une défaillance.- c. ■.

- Dans certains cas, où l’on n’a pas noté de signes prémonitoires, la sensation éprouvée par la femme est le premier phénomène ayant éveillé l’attention de la malade et du médecin.

Observation VIII

Une blanchisseuse d’un tempérament robuste et sanguin, enceinte pour la première fois de trois mois et demi, porta sous son bras un chaudron très-lourd rempli de linges mouillés et l’appuya fortement sur son ventre. Elle s’aperçut dès ce moment d’un dérangement dans son corps, ses mouvements en devinrent gênés et elle commença à éprouver quelques difficultés pour uriner. Au bout de huit jours, les symptômes s’étaient aggravés, Desgranges reconnut la rétroversion. La sonde retira deux pintes d’urine ; la réduction fut ensuite faite mais non sans peine, en soulevant doucement le fond utérin en haut par une pression exercée sur la paroi postérieure du vagin. Desgranges fit alors mettre la malade sur le côté, les genoux pliés et le tronc pour ainsi dire infléchi sur les cuisses ; il plaça un pessaire qui ne tarda pas à devenir inutile (Desgranges, de Lyon).

Observation IX (1).

Une femme enceinte de quatre mois ayant fait un faux pas, éprouva tour à tour les accidents les plus formidables : impossibilité d’uriner et d’aller à la selle, fièvre urineuse, anasarque et symptômes graves du côté des organes respiratoires. Au bout d’un mois de souffrance, elle s’adressa à l’auteur qui après avoir reconnu la rétroversion rétablit l’utérus dans sa position naturelle. Mais la femme avorta le lendemain et mourut le jour suivant. On ne trouva à l’autopsie aucun vestige d’inflammation dans les organes de la génération, ni dans les circonvoisins. Le bassin était plus ample qu’à l’ordinaire. Cette femme avait d’ailleurs accouché sept fois sans aucun accident.

i. Dr Flamm de Wasschau. Journal Martin Lauzer, 1839.

Observation X (1).

L’auteur fut appelé au secours d’une femme enceinte de trois mois environ, d’un tempérament lymphatique, et qui venait d’éprouver une violente compression du ventre par l’essieu d’une voilure. La malade était très-souffrante et se plaignait de violents maux de reins, de picotements à la vulve, de douleurs dans le ventre et d’impossibilité / d’uriner. France pratiqua une saignée, puis au toucher, trouva le col de l’utérus placé derrière le pubis et le fond dans la courbure sacrée. Les accidents commençaient à prendre de l’intensité ; cependant, comme la vessie n’était pas distendue, que la maladie était récente et que la saignée avait occasionné un peu de relâchement il crut le moment favorable pour la réduction qui s’effectua sans difficulté. La malade fut promptement guérie.

En général, la douleur subite persiste peu de temps et n’est pas assez vive pour interrompre complètement sur-lechamp les occupations de la femme. Mais, bientôt à la suite de l’accident qui a produit ou complété le déplacement, les femmes éprouvent une difficulté plus ou moins grande dans l’expulsion de l’urine et des matières fécales ; les douleurs s’accentuent, des phénomènes généraux apparaissent, et si la terminaison de la rétroversion ne s’opère pas, soit spontanément, soit de toute autre manière, on voit se dérouler plus ou moins complètement le tableau des accidents que nous allons passer en revue.

Quelque importants que soient ces signes, ils ne suffisent pas cependant pour affirmer la rétroversion. Nous aurons donc à examiner ces symptômes fonctionnels, puis les signes sensibles fournis par la vue, le palper, le toucher vaginal et rectal.

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