CHAPITRE XII
Dans les articles qui suivront, il s'agira de la cicatrisation des tendons et du rétablissement de leur continuité, sans addition notable de substance organique nouvelle, tandis que, dans la reproduction ou régénération des tendons, le fait dominant consiste dans l'addition d'une certaine quantité de substance tendineuse de nouvelle formation.
Le travail à l'aide duquel cette reproduction a lieu, n'est pas moins admirable à observer, que celui qui se passe dans la fabrication première des organes pendant la vie embryonnaire.
Je vais aborder immédiatement l'étude de ce travail régénérateur, et je le suivrai attentivement dans tous les détails que l'observation permet de saisir, et dans toutes les périodes de son développement; j'ose espérer que mes efforts aboutiront à démontrer par quel mécanisme appréciable, et par quelles transformations successives, passe la matière nouvellement déposée pour arriver à la perfection tendineuse.
Je commencerai cette étude par des expériences, et je ferai connaître ensuite les phénomènes fournis par l'observation directe sur l'homme. J'irai ainsi au-devant d'une objection qui ne manquerait pas d'être élevée : si je ne rapportais que mes nombreuses vivisections, on dirait que c'est
en établissant des analogies forcées, que nous avons conclu des animaux à l'homme.
Heureusement il m'a été possible de recueillir un certain nombre de faits qui ont d'autant plus d'importance, que la science n'a pas possédé jusqu'à ce jour de pièces d'anatomie pathologique relatives aux sections tendineuses, et surtout à la section du tendon d'Achille par la méthode sous-cutanée. L'examen attentif de ces pièces me paraît résoudre définitivement tout ce qui pourrait rester encore de douteux dans l'appréciation analomique et physiologique de la régénération des tendons.
Je présenterai successivement la série des expériences qui montrent la régénération des tendons chez les chiens, et celle qui nous offre cette régénération parvenant à sa parfaite organisation chez de plus grands animaux.
Les expériences dont je vais rendre compte ont été faites à diverses époques, et je les ai variées et répétées souvent. Dans ces derniers temps, grâce à la bienveillance de l'illustre maréchal Vaillant, toujours prêt à obliger dans l'intérêt de la science, j'ai pu faire de nouvelles expériences sur de grands animaux ; elles me paraissent avoir complété mes recherches. MM. deCorbigni etDomergue ont été pour moi d'une obligeance et d'une bonté extrêmes. Je me plais à citer ici M. Niobey, jeune médecin habile et d'un mérite réel.
Dans ce chapitre, il sera question des faits qui ont rapport à la régénération des tendons, et je traiterai ensuite de l'évolution et des diverses métamorphoses qui ont lieu dans le produit avant sa complète organisation.
Les détails de chaque expérience permettront de démontrer que la reproduction des tendons n'a lieu qu'à de certaines conditions qu'il sera facile de comprendre, à mesure que l'expérimentation nous fournira des données suffisantes.
D'abord, pour que ce grand phénomène se produise, il faut que le tendon soit entouré d'une gaîne aponévrotique, puis d'une gaîne ceîlulo-vasculaire immédiatement appliquée sur le tendon. Ce sont ces dispositions anatomiques qui donnent au nouveau tendon sa forme et sa direction. Aussi avons-nous pris pour type de nos expériences le tendon d'Achille, qui offre ces dispositions au plus haut degré.
Nous avons pu établir en principe que, sous l'influence de cette structure, le tendon peut toujours avoir les caractères du tendon primitif, pourvu que le produit ne soit pas empêché dans sa formation par des causes diverses et qui se résument en l'absence du sang ou l'inflammation de la gaîne.
J'ai recherché sur les animaux vivants ce qui se passait heure par heure, jour par jour, et, en un mot, ce que devenait, sous l'influence du temps, ce liquide régénérateur.
1° Expériences sur les chiens. — Toutes les expériences qui vont suivre ont été pratiquées sur des chiens et des chevaux ; je ne parlerai pas ici de celles que j'ai faites sur d'autres animaux, me réservant d'y revenir plus tard.
C'est par la méthode sous-cutanée que nos vivisections ont été exécutées. Nous ne ferons connaître que les détails nécessaires pour comprendre l'expérience, désirant n'ajouter rien d'inutile à la description.
1TC et 2e expériences. — Le 9 octobre 1842, sur un bouledogue de forte taille, on a fait la section du tendon d'Achille du côté gauche, par la méthode sous-cutanée. Deux jours après cette opération, l'autre tendon d'Achille a été pareillement coupé, et, le 15 octobre, on a sacrifié l'animal.
A l'autopsie, on a irouvé, pour le premier tendon, un écarlement de 3 centimètres environ entre les deux bouts
DE LA RÉGÉNÉRATION DES TENDONS. îhi
divisés. La gaine tendineuse ne présente aucune solution de continuité; son volume est à peu près le même que celui du tendon normal, au-dessus et au-dessous de la section. En ouvrant cette gaine par une incision longitudinale, on voit qu'elle renferme une assez grande quantité de sang, dont une partie est ramassée en caillots, et dont l'autre, offrant des traces d'organisation bien manifeste, se trouve disposée en lames ou cloisons incomplètes étendues d'une paroi à l'autre du calibre de la gaine. Ces cloisons incomplètes forment des cellules assez régulières, très-grandes, communiquant toutes les unes avec les autres ; leur nombre est de cinq à six environ. Elles contiennent plusieurs petits caillots sanguins; la structure de ces cellules présente un aspect fibrineux.
Les parois de la gaîne sont épaissies, rouges, tapissées intérieurement par une couebe de substance ànalogue à celle qui forme les cellules dont il vient d'être question. On voit aussi un pareil dépôt sur les extrémités tendineuses divisées. Cette substance que renferme la gaine est d'un rouge noirâtre très marqué, d'une apparence hbrillaire, d'une densilé moyenne, et d'une élasticité déjà remarquable.
Le second tendon d'Achille, coupé quatre jours avant la mort de l'animal, n'offre pas un travail de réunion aussi avancé que le premier.
En examinant ce qui s'est passé, on trouve que la gaîne est encore épaissi»», mais moins que la précédente. La continuité est parfaite; on ne retrouve pas le point par lequel l'instrument l'a pénétrée.
De même que la gaine du premier tendon divisé, celle-ci renferme du sang, mais il est en partie solide, et en partie liquide. La partie liquide s'écoule en faisant l'incision de la iraîne ; quelques caillots, au contraire, restent logés dans
iàl DE LA RÉGÉNÉRATION DES TENDONS.
les cellules en tout analogues aux cellules précédentes, excepté qu'elles sont moins parfaites. Cette trame organique semble formée aux dépens du sang qui se trouve renfermé dans la gaîne. Elle est beaucoup plus friable que la précédente.
Une partie même de cette trame se laisse entraîner par la simple immersion dans Tean. Toutefois les brides les plus rapprochées des parois, étant plus solidement fixées, résistent à ces lavages, et peuvent même déjà supporter des tractions assez considérables sans se rompre.
3e et 4e expériences. — Le 11 septembre, sur un vieux bouledogue, on a fait la section sous-cutanée du tendon d'Achille, à la jambe droite ; cette section a produit un écartement considérable entre les deux bouts divisés, et de la claudicalion.
Une seconde expérience a été faite, sur le même animal, au bout de dix jours. Cette fois encore, la section du tendon d'Achille produisit la claudication, de la faiblesse, et de l'irrégularité dans les mouvements du membre. L'animal, après la double section, se traînait avec peine, le tarse appuyant comme ln plante du pied sur le sol dans toute l'étendue de sa longueur. Sa démarche, accompagnée d'un balancement latéral du tronc, offrait quelque ressemblance avec celle du canard. Cette infirmité, au lieu de disparaître au bout de quelques jours (comme cela s'observait sur les autres chiens), a persisté chez celui-ci jusqu'à la mort.
Cet animal ayant été sacrifié le 7 octobre, voici l'état dans lequel se trouvaient les tendons.
1° Tendon coupé en premier lieu. — Malgré le long intervalle qui s'est écoulé entre cette section et la mort de ranimai ( vingt-cinq jours), la réunion est incomplète. On trouve, en effet, entre les extrémités tendineuses une sub-
stance solide, d'un blanc jaunâtre , comme cartilagineuse dans les points les plus rapprochés des deux bouts divisés, plus molle, plus rétrécie et en moindre quantité vers la partie moyenne de cette substance intermédiaire.
Au voisinage des extrémités tendineuses, il y a un renflement notable, une sorte de noyau très-dur, intimement soudé avec le tendon. On observe un écartement de 3 centimètres environ. La substance de nouvelle formation paraît être parfiiitement homogène dans toute son épaisseur, sauf une différence dans la densité, qui est d'autant plus considérable,qu'onse rapproche davantage des bouts divisés.
La gaîne tendineuse, facile à isoler au-dessus et audessous de cette nouvelle substance , semble se confondre avec elle au niveau de l'écartement.
2° Seconde section. — Ici, le travail de réunion est moins avancé. La substance de nouvelle formation est un peu plus molle et plus rouge que la précédente. Son volume, à peu prés uniforme dans toute sa longueur, qui est de 2 à 3 centimètres, égale le volume du tendon d'Achille. Au centre de ce produit se trouvent les restes d'un caillot sanguin qui se confond avec lui et qui contribue à sa formation.
Celte substance jouit d'une élasticité remarquable et se trouve intimement unie et cicatrisée avec les extrémités de la section. La gaîne semble encore se confondre ici avec cette substance nouvelle, mais au-dessus et au-dessous, son isolement d'avec le tendon est chose très-facile.
5r expérience. — Le 20 octobre, on a fait sur un chien la section du tendon d'Achille. Trente-cinq jours après cette opération, l'animal a été sacrifié, et une injection de suif et de noir de fumée a été poussée dans l'aorte abdominale.
A l'examen de la pièce, on a trouvé le tendon dans l'état suivant :
\hk DE LA RÉGÉNÉRATION DES TENDONS.
Le tissu cellulaire sous-cutané, ainsi que la gaine tendineuse sont imprégnés de sang noirâtre et de sérosité. La matière de l'injection n'a pas pénétré dans les petits vaisseaux qui entourent la gaîne tendineuse ; elle est légèrement épaissie et se sépare facilement du tendon d'Achille, ainsi que du produit qui sert à rétablir sa continuité. Entre les bouts divisés, on trouve un écartement de 5 centimètres et demi, et cet espace se trouve en partie comblé par un tissu fibreux nouveau greffé sur les deux extrémités tendineuses. Ce produit est dur, d'un aspect plus terne que celui d'un tendon ordinaire; on n'y voit pas non plus celte disposition fa:*cieuléc qui caractérise les tendons proprement dits. Sa consistance est d'autant plus dense et plus ferme, qu'on l'examine dans le voisinage des extrémités du tendon.
A mesure qu'on s'éloigne de ces points, cette nouvelle substance devient pins rouge, et l'on y remarque des espèces de plaques sanguines assez bien circonscrites. Elle présente la forme de deux cônes dont la base est intimement adhérente aux deux bouts primitivement divisés, et dont les sommets libres n'arrivant pas tout à fait au contact laissent entre eux un espace de 9 millimètres environ.
Sans cet espace que l'on sentait très-bien à travers la peau, la réunion eût été parfaite.
Toutefois, on trouve dans ce point de nombreux filaments rougeàtres, disposés en une sorte de trame aréolaire. Ils sont étendus entre les sommets des deux cônes. On trouve encore une légère quantité de sang au centre de celle trame à cellules.
6e et T expériences. — Le 23 août, sur un chien fort et bien musclé, on a fait la section du tendon d'Achille à la jambe droite. Le *27 aoùl, le tendon d'Achille du coté
gauche a été divisé de la même manière, par la méthode sous-cutanée.
Le 8 septembre, Fan i mal a été sacrifié. Premier tendon d'Achille droit. — Les deux extrémités tendineuses sont écartées de (5 centimètres environ, et le nouveau produit, qui les réunit, a de l'analogie, pour la forme, le volume et la densité, avec un tendon d'Achille ordinaire, et la continuité est bien rétablie. Cependant, un léger renflement existe au niveau de la section, et la densité le cède un peu à celle des deux extrémités divisées.
La couleur de ce nouveau tissu est plus terne et n'offre pns cet aspect blanc nacré qui caractérise les tendons. On n'y voit pas non plus de ces libres réunies en faisceaux affectant une direction constante.
C'est un tissu homogène, dense et serré, qui se continue avec les deux bouts du tendon.
11 leur est si intimement soudé, qu'en exerçant une forle traction sur les bouts supérieur et inférieur du tendon d'Achille normal, le tissùde nouvelle formation parait plutôt céder a la partie moyenne qu'au niveau des soudures.
Au centre de ce tissu, il n'existe plus aucune ride, ni aucune trace de caillot sanguin : c'est un tissu homogène dans toute son épaisseur.
La gaine tendineuse est épaissie considérablement toul autour de ce nouveau tissu, et elle semble se confondre et former corps avec lui ; il est impossible de l'en séparer. Au-dessus et au-dessous de la section, au contraire, l'isolement devient facile, et à une légère distance, cette gaine a repris tous les caractères normaux.
11 faut ajouter que le tissu de nouvelle formation, ainsi que la gaine qui l'entoure, n'offre aucune trace de vasculai lté.
JOBKRT. 10
làfi DE LA RÉGÉNÉRATION DES TENDONS.
Deuxième tendon d'Achille gauche. — Ici le travail de réunion semble loin d'être proportionnellement aussi avancé que du côté droit.
En examinant ce tendon, on voit d'abord que les deux bouts sont distants l'un de l'autre de h centimètres. La gaine, un peu épaissie au niveau de la section, forme une cavité cylindrique, un canal renfermant un petit caillot noirâtre, et un peu de sérosité. Ce canal n'est rempli qu'à demi par ce liquide, et en pressant légèrement sur ses parois, on les fait arriver facilement au contact sans résistance. Ici donc, la continuité est encore loin d'être rétablie avec les deux bouts.
Cependant ceux-ci donnent naissance à deux petits prolongements coniques qui marchent à la rencontre l'un de l'autre, et s'adossent par leur sommet. Ces deux petits cônes charnus sont formés par la fibrine et sont déjà assez intimement fixés à leur surface.
8' el W expériences. — Le 15 août 1842, sur un bouledogue âgé de cinq ans, j'ai fait la section du tendon d'Achille gauche, à 1 pouce au-dessus du calcanéum, par la méthode sous-cutanée; aussitôt les deux bouts du tendon se sont écartés. L'animal, mis en liberté, a présenté de la gène et de la faiblesse dans le membre opéré.
Le 19 août, quatre jours après la première expérience, j'ai coupé l'autre tendon d'Achille, par le même procédé et à la même hauteur, et j'ai pu encore observer de la faiblesse et de la claudication.
Le mardi, 23 août, le chien ayant été sacrifié, on a examiné les tendons.
Le premier tendon coupé présente sa gaine parfaitement intacte, Irès-épaissie et infiltrée de sérosité jaunâtre qui a envahi le tissu cellulaire sous-cutané ambiant.
Ce tissu cellulaire sous-cutané semble former une seconde gaine en dehors de la gaine principale qui se trouve en quelque sorte doublée.
La gaine du tendon renferme une assez grande quantité de sérosité, sans aucune trace de caillot sanguin. Ses parois sont épaissies, tapissées à l'intérieur par une membrane rouge.
Cet épaississement des parois de la gaine rend son calibre peu considérable.
Les deux bouts du tendon sont également tapissés par cette membrane interne dont je viens de parler, et il semble même qu'elle envoie des prolongements entre les faisceaux tendineux. Aucun renflement n'existe au niveau de la section, et l'écartement des extrémités est de 2 centimètres à peu prés.
Le deuxième tendon coupé offre une gaine moins épaisse et moins dure. Elle est, comme la précédente, fermée de toutes parts et contient un caillot sanguin, solide, noirâtre, qui remplit exactement son calibre. Elle ne contient pas de sérosité; aucun tissu intermédiaire, aux deux bouts ■ divisés ne s'est encore formé.
10e" expérience. — Le 7 août 185*2, la section sous-cutanée du tendon d'Achille fut pratiquée sur la jambe gauche d'un fort chien de garde, âgé d'environ cinq ans.
Il n'y eut point d'écoulement de sang après l'opération, et la piqûre faite à la peau fut promplement cicatrisée.
Le chien marcha pendant quelques semaines, tenant en l'air le membre opéré, et ne commença qu'au bout d'un mois a poser le pied sur le sol.
H parvint ensuite par degrés à recouvrir, quoique imparfaitement, l'usage du membre.
Cet animal boitait encore à l'époque où il fut sacrifié, c'est-à-dire le h novembre.
lftS DE LA îtÉUÉNÉRATlON DES TENDONS.
La peau de la jambe disséquée ne présente aucune adhérence avec les tissus sous-jacents, pas même dans le point qui a livré passage au ténolome.
La gaine du tendon d'Achille est également normale et enveloppe, d'une manière complète, une substance d'une nouvelle formation interposée entre les bouts du tendon coupé.
Celte substance adhère fortement à la gaine tendineuse au moyen d'un tissu dense. Les adhérences sont beaucoup plus intimes au point de contact ou de réunion du tissu tendineux ancien avec le nouveau, qu'elles ne le sont partout ailleurs.
Les deux bouts du tendon coupé sont écartés l'un de l'autre de 5 centimètres, et cet espace se trouve rempli par la substance nouvelle, ayant une longueur égale à ce degré d'écartement, et la même forme, mais un volume un peu moindre que celui du tendon.
Cette subslance, divisée suivant sa longueur, est, à l'intérieur comme à l'extérieur, d'un blanc cendré; elle avait à la traction presque la densité et la résistance du tissu fibreux. Les fibres de ce dernier tissu, visibles à l'œil nu, en les examinant à la loupe, semblent disposées parallèlement à l'axe du tendon lui-même et fixées, par leurs extrémités, aux fibres correspondantes du tendon dont elles rétablissent la continuité. Cette portion tendineuse, ainsi régénérée, offre à ses extrémités un renflement, en apparence ganglionnaire, dans l'épaisseur duquel des fibres paraissent plus distinctes que dans les points intermédiaires. Ce renflement était en rapport avec une modification analogue, éprouvée par les deux bouts du tendon d'Achille qui se trouvent pareillement augmentés de volume.
La réunion de ces parties juxtaposées s'est opérée par une sorte de pénétration ou d'emboîtement réciproque.
Les faisceaux fibreux appartenant aux extrémités du tendon d'Achille s étant inégalement rétractés, ceux qui ont subi un moindre retrait pénètrent davantage dans le tissu nouveau qui, à son tour, envoie des prolongements assez loin pour atteindre les faisceaux dont la rétraction avait été plus considérable.
Hf expérience. — Le 21 juin 1852, le tendon d'Achille du pied de derrière gauche, fut coupé à l'aide d'un ténotome, par la méthode sous-cutanée, sur un chien griffon de moyenne taille. 11 n'y eut pas d'écoulement de sang par la plaie.
Le chien put marcher après l'opération, sans appuyer sur le pied malade. Il fut tué au bout de trois jours.
La plaie faite aux téguments était cicatrisée.
La gaîne offrait, au niveau de la section, un renflement fusiforme qui dépassait de près de moitié, le volume ordinaire du tendon. Elle était d'un rouge brun à l'extérieur, dans l'étendue de deux travers de doigt.
Intérieurement elle contenait un caillot de sang noir solidifié.
Dans son épaisseur, des stries blanchâtres, fibrineuses, avaient contracté des adhérences par tous les points, avec les parois de la gaîne elle-même, ainsi qu'avec les extrémités du tendon. Il y avait un écartement de 2 centimètres.
Du 25 au 30 juin, la pièce fut soumise à la macération. Au bout de quarante-huit heures, le caillot était décoloré, et en partie dissous.
Le cinquième jour, il avait totalement disparu, et les bouts du tendon, sur lesquels on avait remarqué une sorte
d'exsudation plastique, en étaient complètement dépouillés.
12r expérience, — Section sous-cutanée du tendon d'Achille, pratiquée, le 21 juin 1852, sur la jambe gauche d'une jeune et forte chienne d'une taille élevée : hémorrhagie nulle après l'opération. L'animal retourne en boitant dans sa loge, et vit pendant neuf jours.
L'incision cutanée est cicatrisée, et la gaine du tendon d'Achille offre ça et là une coloration rougeàtre. Elle n'adhère aux téguments qu'au niveau de la cicatrice.
Au lieu d'offrir un renflement, comme dans l'observation qui précède, la gaine, au contraire, est réduite de près d'un tiers dans l'espace correspondant à lécartement des extrémités tendineuses.
Ses parois sont épaissies ; les bouts du tendon sont éloignés l'un de l'autre de 2 centimètres. Dans cet intervalle on trouve une forte proportion de substance fibrineuse blanchâtre.
Le tout a la forme d'une corde formée par un tissu d'un blanc très-résistant, et qui s'attache, par ses deux bouts, aux extrémités du tendon.
Cette substance adhère également aux parois de la gaine, mais peu intimement.
Les bouts du tendon affectent une forme légèrement conique ; ils n'ont pas subi intérieurement de modification de structure.
La macération dans l'eau décolore promptement le produit nouveau, sans détruire les adhérences solides qu'il a contractées avec les surfaces coupées.
13' expérience. — Section sous -cutanée du tendon d'Achille pratiqu< e à la jambe gauche, le h juillet J852, sur une forte chienne âgée de cinq ans environ. Quelques gouttes de sang veineux s'écoulent par la plaie au moment
de l'opération. L'animal entre dans sa loge sans appuyer sur le pied malade. La plaie se forme presque immédiatement. Les jours suivants et pendant tout le temps que cette chienne demeura en expérience, elle se nourrit comme avant d'avoir été opérée. Elle tut tuée le 19 juillet. Elle ne
s'aidait presque pas alors de sa jambe malade. La peau disséquée n'adhérait aux tissus sous-jaeents qu'au niveau de la cicatrice. L'intérieur de la gaine était blanchâtre, et n'offrait rien de particulier quant à la couleur. Au niveau de la section, cette gaine « tait à peine de la grosseur d'un tuyau de plume ; son volume semblait réduit de plus de moitié.
Elle renfermait une substance d'un blanc terne, dure, résistante, d'une texture fibreuse, disposée à la manière d'un cordon rétablissant la continuité entre les parties divisées. Les adhérences entre ces parties étaient intimes, et les fibres du produit nouveau allaient se greffer et se confondre avec les fibres appartenant aux deux bouts du tendon d'Achille. A l'aide d'une traction assez forte et prolongée, on ne parvenait pas â détruire ce moyen d'union. 11 n'y avait pas trace de sang dans la cavité de la gaine. Les bouts du tendon étaient notablement renflés au point de contact et d'union avec le tissu nouveau. Celui-ci ne subit pas de modification appréciable sous l'influence delà macération dans l'eau. Les deux extrémités de l'ancien tendon étaient écartées l'une de l'autre de 2 centimètres et quelques millimètres.
14e expérience. — Le 0 juillet 1 852, le tendon d'Achille de la jambe gauche, fut coupé transversalement, par la méthode sous-cutanée , sur un bouledogue de taille moyenne. 11 n'y eut point d'écoulement de sang par la plaie.
L'animal fit quelques pas après l'opération, sans se servir du membre. 11 vécut jusqu'au 18 juillet.
La plaie, alors, était cicatrisée, et la peau de la jambe n'était adhérente aux tissus sous-jacents que dans le point où elle avait été incisée.
La surface externe de la gaine était, en plusieurs points, colorée en brun.
Un renflement fusiforme, d'un volume presque double de celui du tendon, s'était formé à l'endroit où celui-ci avait été coupé. Ce renflement consistait en un dépôt de substance fibrineuse, rougeatre, très-dure. Au milieu de cette masse, on voyait renfermées, comme dans un foyer, quelques gouttes de sérosité sanguinolente. Par tous les points de sa circonférence, cette substance avait contracté des adhérences avec la surface interne de la gaine, et principalement avec les deux bouts du tendon d'Achille.
Ces adhérences avec le bout supérieur étaient solidement établies. Une forte traction ne suffisait pas pour les détruire.
Il y avait un espace de 2 centimètres et demi entre les extrémités tendineuses. Celles-ci étaient un peu plus volumineuses que le corps du tendon, et n'avaient subi aucun changement dans leur épaisseur. Soumis à la macération dans l'eau pendant une semaine, le produit nouveau tomba en putréfaction avant d'être entièrement décoloré.
15e expérience — Le 6* juillet 1852, un chien de garde vigoureux et de taille peu commune, fut soumis à la section sous-cutanée du tendon d'Achille du côlé gauche.
Il se mit à courir, la jambe en l'air, aussitôt qu'il fut opéré. La plaie ne fournit pas de sang.
Au bout de vingt-deux jours, la claudication était encore marquée, et le membre blessé n'aidait que lai-
blcmcnt à soutenir le poids du corps. L'animal fut tué le 28 juillet.
La peau était cicatrisée et unie avec les parties au-dessous. La gaine offrait partout une coloration blanchâtre, comme dans l'état normal. Elle fut ouverte suivant sa longueur, ainsi que la substance qu'elle contenait, et les deux bouts du tendon. Les parois de la gaine avaient conservé leur épaisseur ordinaire. Elles étaient assez fortement unies avec la substance renfermée à l'intérieur. Cette substance avait la forme, le volume et la dureté du tendon d'Achille dont elle rétablissait la continuité. Elle était d'une couleur d'un blanc un peu plus prononcé vers ses extrémités qu'à sa partie moyenne. Dans ce dernier point, on remarquait çà et là, quelques îlots d'une teinte faihlernent nuancée de rouge; ces îlots étaient au nombre de quatre et très-circonscrits.
Au même endroit, la consistance de la substance intermédiaire était sensiblement moins ferme que partout ailleurs. La couleur blanchâtre de ce tissu ne différait de celle du tendon lui-même que par un aspect plus terne.
Les fibres constituantes de chacun des bouts du tendon d'Achille n'avaient subi aucune modification au delà du point de réunion. Elles étaient entièrement soudées avec les fibres naissantes qui apparaissaient dans le produit nouveau. Une traction soutenue exercée sur ces parties, en sens opposé, ne pouvait les désunir. Il y avait 2 centimètres de distance entre les deux bouts du tendon coupe. Les parties environnantes étaient à l'état normal.
2" Expériences sur les chevaux. — J'arrive aux résultats sur les chevaux.
Je vais successivement passer en revue les expériences faites sur ces animaux. C'est le seul moyen que nous ayons
de rapprocher utilement les expériences précédentes de celles que nous allons exposer, afin de savoir si les données sont les mêmes.
lre expérience. — Le 21 mai 1852, la section sous-cutanée du tendon d'Achille fut pratiquée sur le pied gauche d'un cheval anglais, de taille moyenne, Agé d'une vingtaine d'années.
L'incision faite à la peau était fort petite, et l'écoulement du sang fut presque nul.
Après l'opération, l'animal put se redresser et marcher sans s'aider du pied malade, mais avec beaucoup de difficulté. Cet animal fut abattu six heures après l'opération.
Après avoir disséqué la peau qui recouvre le tendon, ou constate «pie la gaine est fortement ecchymosée dans presque toute sa circonférence, et dans l'étendue de 3 à h centimètres. Cette gaine, ouverte par une incision faite suivant sa longueur, est remplie d'un caillot de sang noirâtre, très-dense et cylindrique. Ce caillot occupe l'écarlemenl des deux bouts du tendon.
Cet écartement est de à centimètres environ. Le caillot n'a contracté aucune adhérence notable avec les parois de la gaine , ni avec les surfaces tendineuses divisées. Ces dernières sont rouges, mais le sang qui les recouvre disparaît sous l'action d'un filet d'eau. Il n'y a pas d'infiltration du sang dans l'épaisseur des bouts du tendon.
La section a été faite à la partie inférieure du tendon d'Achille, 2 centimètres au-dessus de son insertion, et dans l'endroit où ce tendon est revêtu d'une vaste membrane synoviale.
2" expérience, — La section du tendon d'Achille a été exécutée le même jour et au même pied que la précédente,
sur un cheval de race normande, peu vigoureux el âgé d'une douzaine d'années.
Après l'opération, l'animal s'est relevé assez facilement, mais il n'a pu marcher en s'appuyant sur le pied opéré. Il a été mis à mort au bout de douze heures.
L'incision faite aux téguments était cicatrisée, et la gaîne était rouge à l'extérieur; mais, au voisinage de la plaie, et dans une étendue d'une pièce de 5 francs, à l'intérieur, il y avait un caillot de sang noir, volumineux et d'une consistance assez marquée. Ce caillot occupait l'intervalle qui séparait les deux bouts du tendon, éloignés l'un de l autre de à centimètres et demi.
Le caillot avait contracté des adhérences avec chacune des extrémités tendineuses ; elles étaient plus solidement établies avec l'extrémité supérieure qu'avec l'inférieure. Une sorte de réseau filamenteux paraissait constituer ces moyens d'union.
Après avoir séparé le caillot, on voyait encore sur ces surfaces une couche mince de sang épaissi, plus rouge que le sang proprement dit du caillot, et qui ne disparaissait pas par le lavage.
Le caillot adhérait aussi, quoique plus faiblement, sur quelques points de la paroi interne de la synoviale.
3e expérience. — Le 20 mai 1852, un cheval boulonnais, très-viéux, fut soumis à la section sous-cutanée du tendon d Achille, dans le même point et sur le membre abdominal gauche.
Par la plaie il s'écoula un peu de sang, le cheval ne put marcher en s aidant du pied malade. Il fut abattu au bout de dix-huit heures.
L'incision faite aux téguments était réunie; la gaine offrait çà et là quelques points rougeâtres, mais seule-
ment au-dessous du niveau de la plaie. Elle renfermait, en outre, un caillotde sang d'un noir foncé; il était très-consistant et situé dans l'écartement des deux bouts du tendon d'Achille, adhérent un peu aux parois de la synoviale et ayant également contracté des adhérences avec les extrémités tendineuses coupées; mais ces adhérences étaient faibles et cédaient à la moindre traction. Il restait sur ces surfaces débarrassées du caillot une rougeur prononcée qui ne disparaissait point par le lavage, ni sous Faction d'un hïet d'eau.
Aucune rougeur, aucune infiltration de sang n'existaient dans l'épaisseur des bouts du tendon. L'écartement était de près de à centimètres.
h' expérience. — Section sous -cutanée du tendon d'Achille sur un cheval anglais de haute taille, abattu vingt-quatre heures après l'opération; les lèvres de la plaie sont réunies et, à la surface externe de la gaine, on voit quelques tâches brunâtres circonscrites; à l'intérieur de cette gaine et entre les deux bouts du tendon, on trouve un caillotde sang volumineux, de couleur noirâtre, solide et adhérent de toutes parts à la surface interne de la capsule synoviale, ainsi qu'aux extrémités tendineuses ; le caillot se détache en présentant quelque résistance.
Une couche de fibrine reste sur les deux bouts du tendon et s'enlève, en partie, en raclant avec la lame du scalpel, et, après une macération de huit jours dans l'eau, elle n'avait pas encore entièrement disparu.
Le caillot enlevé tout d'un pièce se déchire par traction, en laissant voir dans son épaisseur une multitude de filaments élastiques.
Les deux bouts du tendon ne présentent aucun changement de coloration dans leur épaisseur. Ils n'offrent éga-
lement aucune modification, soit dans leur forme, soit dans leur volume.
La synoviale reste libre, lisse et polie autour des bouts inférieur et supérieur. Les adbércnces du caillot avec la synoviale existent seulement dans l'espace compris entre les deux extrémités tendineuses rétractées.
5e expérience. — Le 2 juin 1852, le tendon d'Achille fut divisé par la méthode sous-cutanée, sur un cheval percheron encore jeune, et de taille ordinaire. L'animal, une fois opéré, ne put se relever qu'après plusieurs efforts. II lit quelques pas, mais sans s'aider du pied malade. Une petite quantité de sang s'écoula par la plaie. Cet animal fut abattu quatre heures après l'expérience.
L'incision faite ù la peau reste béante; il sort quelques gouttes de sang liquide pendant qu'on procède à la dissection.
La gaine est rouge, infiltrée de sang dans les points correspondants à la section tendineuse; divisée largement suivant sa longueur, elle présente à l'intérieur un caillot de sang rougeàtre et d'une faible consistance. Ce caillot se détache, par son propre pofds, des surfaces avec lesquelles il est en contact. Les surfaces du tendon coupé sont rouges et ne présentent aucune trace de tissu nouveau.
Ces surfaces, soumises d'abord au lavage, puisa l'action d'un filet d'eau, conservent une teinte rosée. Chacun des bouts du tendon divisé conserve à l'intérieur sa couleur blanche normale. Entre les deux parties tendineuses, il y a un écartement de 3 centimètres environ.
Cf expérience. — Dans les premiers jours de juin 1852, la ténotomie sous-cutanée du tendon d'Achille, du côté gauche fut pratiquée sur un cheval anglais, d'une taille élevée et d'une maigreur considérable. Cet animal put
encore marcher en s'appuyant, quoique faiblement, sur le membre opéré. Il fut tué au bout de vingt-quatre heures.
La peau était cicatrisée, la surface externe de la gaine n'avait pas changé sensiblement de couleur, elle était uniformément blanchâtre. À l'intérieur, cette gaine renfermait un caillot de sang noir et d'une consistance très-solide; ce caillot, situé entre les deux parties coupées, avait la forme cubique. 11 avait contracté des adhérences avec la face interne de la synoviale, ainsi qu'avec les bouts du tendon. Il fallait, pour le détacher de ces partie-, presser avec le manche du scalpel. Après l'avoir enlevé, on voyait, entre les extrémités du tendon, une couche de tissu rougeâtre nouvellement formée et très-adhérente.
Ce tissu nouveau ne disparaissait ni par le lavage, ni par la pression exercée avec le doigt. Il fallut la pointe du scalpel pour le séparer.
L'écarlement entre les deux bouts du tendon n'était que de 2 centimètres et demi.
Le caillot et les parties tendineuses furent soumis à la macération dans l'eau, souvent renouvelée, pendant neuf jours. Au bout de ce temps,, le caillot était encore assez ferme et offrait un état librineux manifeste ; il était décoloré, excepté à. la partie centrale, qui conservait un aspect rouge brun. Quelques lambeaux du tissu de nouvelle formation se voyaient encore sur la coupe des extrémités du tendon.
7° expérience. — Le 7 juin 1852, la section du tendon d'Achille fut pratiquée sur un cheval cauchois, de moyenne force. Cette opération fut suivie à l'instant même de l'écoulement d'une petite quantité de sang. Au bout de quelques minutes il avait cessé, et l'animal pouvait retourner, en boitant, à l'écurie. Trois jours après, un travail trauma-
tique étant surveau dans les parties divisées, l'animal fut abattu ; la plaie alors était largement ouverte et laissait échapper un peu de sang liquide mêlé à du pus. La gaine et les tissus environnants contenaient une notable quantité de sérosité sanguinolente.
Il n'y avait pas de caillot de sang entre les bouts du tendon d'Achille dans cet intervalle, qui était de A centimètres ; on trouvait une faible proportion de sang noirâtre, semi-liquide, un peu adhérent aux parois de la synoviale en quelques points.
Les deux bouts du tendon étaient rouges et restaient tels après avoir été lavés et trempés dans l'eau. Il n'y avait aucune couche ni apparence de tissu nouveau à leur surface.
8' expérience. — Section sous -cutanée du tendon d'Achille, pratiquée, le 7 juin 1852, sur un cheval de race anglaise d'une taille très-élevée. L'opération étant finie, l'animal s'est relevé assez facilement et a pu marcher en appuyant faiblement le pied malade. Les jours suivants, il est demeuré couché et s'est mal nourri. 11 a été sacrifié le Il juin, quatre jours après l'opération.
La plaie était cicatrisée, la gaine offrait ça et là quelques tâches rougeàtres isolées, et renfermait un caillot de sang noir, volumineux et dense, dans l'épaisseur duquel on voyait un grand nombre de colonnes blanchâtres distinctes, ayant une apparence fibrineuse et contrastant manifestement avec la coloration du caillot. Leur consistance était également plus marquée; elles traversaient le caillot de part en part, et en divers sens, pour aller s'attacher, par leurs extrémités, soit aux points opposés des parois de la gaine, soit sur les extrémités du tendou d'Achille.
IrtO DE LA RÉGÉNÉRATION DES TENDONS.
L'adhérence de ces colonnes, ainsi que de loute la masse du caillot, était déjà bien établie avec les bouts du tendon ; elle résistait à la traction, et le caillot se rompait ou se déchirait plutôt que de se détacher des surfaces tendineuses vulnérées. Sur chacun des bouts du tendon, il restait une couche de tissu rougeàtre. Il n'y avait rien d anormal dans l'épaisseur des extrémités tendineuses.
L'écartemcnt compris entre les extrémités était rempli par le caillot, il était de 5 centimètres. Le caillot, soumis à la macération aqueuse, s'est peu à peu décoloré. Au bout de huit jours, l'un des bouts du tendon d'Achille était en tièrement débarrassé du sang et du tissu rougeiUre qui couvrait sa surface. Mais, sur l'autre bout, cette couche de tissu nouveau y était encore adhérente après douze jours de séjour dans l'eau.
9e exjjïrienre. — Section sous -cutanée du tendon d'Achille, pratiquée, le 1*2 juillet 1852, sur un cheval hongrois de taille moyenne , jeune , d'un embonpoint médiocre. Aussitôt après celte opération, l'animal se relève, marche, quoique avec difficulté, et sans appuyer sur le membre aflecté. Quelques gouttes de sang s'écoulent par la plaie. Pendant tout le temps que le cheval reste en expérience, il ne survient ni gonflement, ni réaction inflammatoire apparente dans le membre opéré. Le 25 juillet cet animal fut abattu.
Les parties qui avoisinent et recouvrent le tendon coupé, sont à l'état normal. La peau n'est adhérente aux tissus sous-jacents que dans le point correspondant à la cicatrice. La gaine, mise à découvert, ne présente aucune solution de continuité, et sa couleur est uniformément blanchâtre. On sent à travers les parois qu'elle renferme, entre les bouts du tendon, une substance qirt en rétablit le volume
et la continuité. Celte substance, mise à découvert par une incision longitudinale faite à la gaine, offre les carat téres suivants :
Elle est d'une couleur rouge clair, d'une grande consistance élastique, une peu moins ferme et d'une couleurplus foncée à la partie centrale que dans les autres points.
Elle renferme, dans son intérieur, un grand nombre de rayons ou de petites colonnes ebarnues, d'une teinte blanchâtre, qui vont s'insérer, par leurs extrémités, aux parois de la gaîne et aux deux bouts du tendon coupé. L'adhérence de ces colonnes avec les deux extrémités du tendon d'Achille est très-solide ; clic résiste à une forlc traction.
Les parois de la gaîne ne sont pas épaissies. La synoviale reste lisse et polie, au-dessus et au-dessous de la substance interposée aux bouts du tendon. Ceux-ci ne présentent intérieurement aucune altération de volume ni de texture, et sont éloignés l'un de l'autre de h centimètres et demi. Au bout de vingt-quatre heures de macération dans l'eau, la substance nouvelle était décolorée et commençait à prendre un aspect réticulé.
Exposée à l'air à plusieurs reprises, pour la dessécher, et à une température très-élevéc, la pièce est tombée rapi dement en putréfraclion.
10e expérience. — Le 28 juillet 1852 , le tendon d'Achille du côté gauche fut coupé transversalement sous la peau, sur une jument anglaise d'une taille élevée. Il se fit un léger suintement de sang par la plaie, et l'animal put marcher en traînant la jambe.
Au bout de trois jours, il y avait du gonflement autour de la plaie, ce gonflement augmenta et devint considérable. La jument était triste, se nourrissait mal et restait