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furent les chirurgiens de l'Ecole Sd Delta Serre et, à leur suite, Jobert (de Lamballe), ainsi que les chirurgiens anglais Hunter, Bell, Cooper, qui voulurent les premiers scientifiquement ablis-ot Systématiser la conception hardie de la réunion immédiate. Ils surent (1830) en déterminer les conditions anatomiques, signalèrent les pre-
miers la nécessité de la suture antérieurement combattue par Pibrac et Louis et l'importance du pansement. Par ce mode de traitement, ils comptaient prévenir les accidents nombreux et terribles de la suppuration.
Leur génie avait ainsi devancé les temps; si leur entreprise prématurée resta vaine, c'est qu'il leur manqua les moyens de réaliser ce que la fhéorie leur avait fait concevoir.
La réunion immédiate et le drainage de Chassaignac. — Avec Chassaignac (1851), l'étude entre dans ane nouvelle phase. On ne recherche plns à empêcher la suppuration, but chimérique; on éloigne les chances d’absorption du liquide infectieux, en favorisant son éloignement hors de la plaie à mesure qu’il se forme.
Renonçant ainsi à l'espoir d’enrayer l’évolution du pus, le chirurgien s’applique à la rendre inoffensive.
Le drain, simple tube de caoutchouc percé, de distance en distance, de petits trous semblables aux yeux d’une sonde, remplit à souhait cet office. Arlaud et Roux en démontrent l'utilité après les amputations, en lui donnant le nom consacré depuis dans la science de drainage préventif. Aussi, son emploi se généralise-t-il avec rapidité.
Grâce à ce moyen sûr, les funestes conséquences de la rétention du pus furent moins à redouter. La réunion immédiate, assez incertaine ordinairement, fut regardée comme dangereuse, même lorsqu’ellé réussit, à cause des clapiers purulents. Les grandes plaies drainées furent abandonnées à la cicatrisation par seconde intention.
Période prélistérienne. — A ce moment s'ouvre une période qu’on peut appeler prélistérienne, caractérisée par une pratique antiseptique ou plutôt aseptique inconsciente. Une multiplicité de procédés attestent du souei constant de dé-
fendre les plaies du contact de l’air que l’on regardait depuis bien longtemps déjà comme la cause probablede l'infection.
L’innocuité des traumatismes sous-cutanés était une forte présomption, fournie par l’observation, en faveur de la réalité de cette hypothèse. On eut l’idée de faire bénéficier la thérapeutique chirurgicale de l’expérience clinique; de là naquit la méthode sous-cutanée.
Déjà Desault, Bell, Bromfield pour lextraction des corps étrangers dun genou; Abernethy et Boyer dans le traitement des abcès froids, s'étaient basés sur le principe de cette méthode. Mais Delpech et Dupuytren en furent les véritables créateurs en indiquant avec précision le manuel opératoire de la ténotomie sous-cutanée.
Après eux, Bonnet étendit la méthode au broiement des tumeurs bénignes, comme les lipomes; Goyrand, d'Aix, à l’extraction en deux temps des corps étrangers du genou, et Barthélemy à l'ouverture des ganglions du poignet -
À la méthode sous-cutanée, inapplicable dans la plupart des cas, succédèrent deux ordres de procédés destinés aussi à combattre l'influence nuisible et encore inconnue dans son essence de l'air extérieur.
Parmi ces procédés, les uns sont opératoires et tendent à donner aux surfaces de diérèse une manière d’être plus favorable: torsion, écrasement, cautérisation.
Les autres sont relatifs aux modes de pansements et aux topiques : ventilation, occlusion, pansement ouaté, etc.
Méthode antiseptique de Lister.— Malgré toutes ces tentatives, la septicémie exerçait encore trop de ravages, ainsi que toutes les autres complications des plaies (érysipèle, tétanos, etc.), lorsque Lister donna la formule d’un traitement antiseptique complet et changea la face des choses.
De nos jours, en effet, l’infection.des plaies est combattue
dans sa cause essentielle. C’est la destruction même du microbe générateur que nous poursuivons. Pas de germes, pas de putréfaction, telle est la loi biologique de Pasteur, à laquelle Lister rattache sa méthode.
La plaie est un terrain de culture où l'agent infectieux une fois introduit vit et se développe en déterminant la suppuration. Pour assainir ce terrain, il ne suffit pas de le drainer, il faut le stériliser. Tuer les germes à Faide d’un antiseptique, l’acide phénique par exemple, voilà done pour le chirurgien anglais la fin et le moyen.
De cette proposition découlent dans la pratique des prescriptions de tous ordres: lavages phéniqués, conservation autour de la plaie d’une atmosphère humide antiseptique, ocelusion, etc.
La méthode listérienne satisfait encore à certaines indications ; elle assure l’écoulement des liquides par le drain préventif (procédé qui semble menacé d’abandon) et la rapidité de la cicatrisation par la réunion immédiate (dernier perfectionnement).
L'usage du drain est, d’après Lister, tout à la fois une mesure de prudence et de nécessité. Sous l’influence de l’acide phénique, les sécrétions des surfaces traumatiques dans les heures qui suivent l’opération deviennent assez abondantes pour que leur rétention dans la plaie constitue un danger redoutable.
Du reste, sous le pansement le plus aseptique, on trouve d'ordinaire une certaine quantité de sérosité plus ou moins franche, tenue suspecte par un grand nombre de chirurgiens, et qui peut en effet passer facilement à l’état de pus. C’est pour favoriser l'écoulement de ces liquides et éviter toute tension des tissus que Lister recommande l’emploi du drain pendant quelques jours.
Combinant ainsi drainage et antisepsie, il fait de l’un la clé de sûreté de l’autre. Gs
Quant à la réunion immédiate, Lister y pourvoit par lemploi des ligatures aseptiques où résorbables, qui remédient à l’inconvénient des corps étrangers dans la plaie, et par un procédé très ingénieux qui réalise l’affrontement ;— je veux parler de la double suture métallique. De ces deux sutures, l’une superficielle à points séparés, pour peu de Jours en place, réunit les bords cutanés ; l’autre ‘est une suture profonde dont les fils, traversant les lèvres de la plaie près de leur base, viennent prendre appui sur des plaques de plomb qui supportent la pression directe. Il suffit deserrer ces fils pour obtenir une coaptation satisfaisante des lambeaux. |
Ainsi est tracée par ce savant praticien la marche à suivre dans le traitement des plaies. De son système opératoire, presque tout a été modifié dans ces dernières années. Mais, au milieu de ce flux de changements, son idée maîtresse demeure intacte. Elle domine en effet toute la chirurgie; elle en est devenue l’orientation unanime.
Modifications du pansement de Lister.— Mais chaque méthode a son idéal et elle est indéfiniment perfectible; aussi, le système listérien ne s'est-il maintenu que peu de temps dans son intégrité. À peine répandu, il n’a pas tardé à être l'objet de vérifications expérimentales, de déductions et de corrections nombreuses.
Car des trois conditions générales posées par Holmes au point de vue de la cicatrisation rapide des plaies : propreté, repos, drainage, la première se prête à des évaluations diverses; l’autre fait défaut dans le pansement de Lister, et la troisième est une précaution exagérée, dont la chirurgie antiseptique tend de plus en plus à s'affranchir.
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Propreté.— Au sujet de la toilette opératoire, Lucas Championnière, qui croit à l’organisation secondaire du caillot sanguin, disait dans son Exposé de là doctrine de Lister: «On ne recherche plus la propreté minutieuse du lambeau, on s'attache peu à tarir exactement l'écoulement du sang; c’est l’état aseptique de la plaie que l’on poursuit, sa propreté chirurgicale.» Cette opinion n’a point prévalu; on continue à regarder, au contraire, le caillot sanguin comme un corps étranger d'autant plus dangereux qu’il est plus exposé que tout autre à la putréfaction et qu’il s’oppose comme eux à la coaptation parfaite des lèvres de la plaie. L’hémostase absolue, tel est le précepte complémentaire exprimé par Azam, de Bordeaux, dans son Traité dela réunion primitive (1879); par Kendal Francks, de Dublin, dans les Annals of surgery de 1884, etpar Esmarch, de Kiel, en 1884, au Congrès de chirurgie de Copenhague.
Repos.— La nécessité des pansements réitérés dans les premiers jours qui suivent l’opération, alors que le repos serait si favorable à la guérison rapide, est encore, dans la technique de Lister, un des inconvénients dont on s'est le plus tôt préoccupé. :
À ce point de vue particulièrement, on opposa au pansement de Lister le pansement ouaté d’Alphonse Guérin, qui réunissait les avantages du pansement rare et ceux du pansement antiseptique. Azam recommandait aussi d’immobiliser la plaie dans un pansement au coton renouvelé le moins souvent possible.
En Allemagne, vers la même époque, les chirurgiens de Kiel prennent aussi pour objectif la réalisation du pansement rare et antiseptique (Dauerverband). Neuber réussit dans ses tentatives; il démontre que l’exsudation post-
opératoire, avec l’antisepsie au bichlorure de mercure, est insignifiante et ne contre-indique pas son mode de pansement; il obtient ainsi la réunion par première intention dans
tous Fe points de la Re excepté sur le trajet des sutures et des drains.
Question du drainage. — Pratiquer le drainage et les sutures avec des substances résorbables paraissait, dès lors, devoir conduire à la réunion primitive totale sous un seul pansement.
Le catgut était trouvé pour les sutures ; Neuber l’adopta, mais son embarras fut grand à propos du drainage.
Depuis longtemps, dans le but de remplacer Île drain de caoutchouc gris auquel on attribuait plusieurs défauts, tels que manque de solidité, odeur sulfureuse prononcée et autres inconvénients inhérents à la substance élastique, un grand nombre de praticiens avaient proposé différentes substances, parmi lesquelles des matières organiques et par conséquent résorbables.
En 1876, Chiène et Lister avaient employé comme drains des faisceaux de fils de catgut phéniqué. Mais le prix en était élevé et la résorption trop rapide. White et Marshall, de Nottingham, les remplacèrent par des crins de cheval lavés dans une solution de potasse. Ils les retiraient un à un au fur et à mesure des progrès de la cicatrisation.
Enfin, un médecin italien préféra les crins de Florence.
Neuber (1879), après avoir essayé la gélatine, le catgut tressé, la colle forte, des portions de veines, d’artères, d’intestins, de trachée. eut l’idée d’utiliser, comme tubes à drainage résorbables, des os décalcifiés et rendus aseptiques. Malgré quelques succès, l’usage de ces ‘drains était trop incertain pour qu’on s’y arrêtât longtemps. Il fallut donc considérer le drainage organique comme chose peu pratique.
A cette époque (1880), de concert avec Esmarch, Neuber essaya de se passer du drain en pratiquant dans les tissus de la superficie vers la profondeur, à l’aide d’un emportepièce disposé à cet effet, des perforations en forme d’entonnoir destinées à donner issue aux sécrétions de la plaie.
Ce moyen singulier fat la dernière tentative de conciliation entre la pratique du drainage et la réunion immédiate. Comme les autres, il entraïna des mécomptes; si bien, qu’à bout de ressources, ces chercheurs opiniâtres en vinrent à une résolution extrême: supprimer le drainage et lui substituer l’effacement des cavités.
E ffacement des cavités. — Pour les chirurgiens de Kiel, l’opération dont il s’agit ne consiste pas dans un simple rapprochement des lèvres de la plaie, laissant plus ou moins de jeu entre les éléments anatomiques, mais dans un affrontement exact de ces éléments, à l’aide de sutures profondes au catgut sublimé très fortement serrées et de sutures superficielles.
Le suintement séro-sanguin se trouve réduit à son minimuinm sous linfluence de cette coaptation compressive et aseptique. Loin d'empêcher l’adhésion primitive, il la favoriserait même, au dire des auteurs allemands; rien n’autorise donc à recourir au drain. Ce traitement peut incontestablement s'appliquer aux plaies opératoires à lambeaux réguliers.
Dans les blessures ou opérations qui laissent béante une cavité où la prudence encouragerait à plonger un drain, Esmarch supprime lexcavation et s'efforce de rendre à la région sa forme natvrelle. Pour cela, il suture entre elles toutes les parties similaires, depuis les plus profondes jusqu'aux plus superficielles, muscie à muscle, tissu cellulaire à tissu cellulaire, les bords cutanés cousus à points
. — 19 — espacés fermant le tout. Ici encore, le drain ne trouve pas sa place habituelle. : |
Mais dans les opérations sur lesos, évidements, extraction de séquestres, toute manœuvre entraînant perte de substance osseuse, effacera-f-on la cavité, échappera-t-on au drainage ? Esmarch et Plüm, de Copenhague, ont réalisé ce surprenant résultat: ils tapissent l’enfoncement osseux avec la peau repliée et fixée sur l’os par des clous bien acérés.
Accueilli favorablement par les meilleurs chirurgiens allemands, ce système ne tardu pas à se répandre et à faire règle.
Aussi, le moment où l'expérience scientifique en vint à constater au Congrès de Copenhague (1884), par la voix autorisée des savants déjà cités, qu’il n’y a plus lieu de drainer, nous paraît constituer une étape marquante dans les annales chirurgicales.
Enfin, signalons la pratique exposée par Scheede au Congrès allemand de 1886. Le chirurgien de Hambourg, au lieu d'éviter l’accumulation du sang dans les plaies anfractueuses, se sert de ce liquide pour combler les vides. Le caillot sanguin aseptique est, à son avis, un pansement protecteur sous lequel s’effectue sans suppuration la prompte réparation des tissus. Une statistique de 200 cas environ traités de cette façon, avec très petit nombre d’insuccès, fut présentée à l'appui de cette communication.
La suppression du drainage et la réunion primiliwe en France. — En France, l'entraînement est moins grand. Le principe des sutures profondes est posé et accepté sans trop de lutte. Après les anciens systèmes de suture en bâtonnets, les coulants de Galli, les sutures en bouton de Duboué (de Pau), après le plan du moignon de l'avenir d'Azam, de Bordeaux, où des compresseurs ingénieux remplissent le
© — 20 — rôle des sutures, on en vient au Capitonnage et aux sutures perdues. Mais tout cela n’exclue pas absolument le drainage.
Certes, le drainage perd de sa faveur même auprès des chirurgiens les plus attachés à la tradition; mais le désir de le supprimer, lié à la crainte de ne pas réussir, détermine un manque de confiance préjudiciable à l'exécution. La règle qui semble prévaloir est l'usage des drains enlevés de bonne heure.
Quelques esprits hardis, faisant de leur pratique la conséquence logique de la doctrine antiseptique et forts de l'exemple des chirurgiens allemands, deviennent cependant les instigateurs de la sappression du drainage.
Marc Sée, il y a sept ou huit ans, signalait le premier en France, cette nouvelle tendance chirurgicale et l’èncourageait en donnant l’exemple.
Il conseillait, pour l'affrontement exact, de rouler une bande élastique autour du pansement et, pour l’assèchement des surfaces, de les saupoudrer de poudre de bismuth. Quand le drain est inévitable ou qu'il a été mis en place par mesure de prudence, une disposition particulière, imaginée par lui, permet d'en débarrasser la plaie sans toucher au pansement.
Enfin. le professeur Trélat communiqua, quelque temps après, à la Société de chirurgie (25 juin 1884), une note dans laquelle il comparaît entre eux, au point de vue de la marche de la guérison et du rétablissement fonctionnel, les moignons d’amputation réunis primitivement et ceux dont la cicatrisation s'était faite par seconde intention. Dans cette circonstance, Trélat se montra partisan de la suppression du drainage.
M. le professeur Fontan (1), de Toulon, qui pratiquait, depuis quelques années, la réunion immédiate, donnait, dans la
(1) Fontan. Réunion immédiale totale dans les grands traumatismes.—Archivés de médecine navale (février 1887).
‘à — 21 — thèse d’un de ses élèves, M. Vételet (1) (21 juin 1886), le résultat de ses premières expériences. L'année suivante, il exposait ses idées dans un article concluant à la suppression du drain préventif, auquel nous ferons plus tard de notables emprunts, ainsi que dans la thèse très démonstrative de M. Coste (2).
Au Congrès de chirurgie, tenu à Paris en octobre 1886, M. Chénieux, de Limoges, fit ressortir également l’incompatibilité de ces deux moyens: drainage et réunion primitive. Pour lui, les plaies rigoureusement aseptiques, si larges qu'elles soient, dont les surfaces sont exactement affrontées sans interposition d'aucun corps irritant avec une compression douce et une immobilisation absolue, doivent se réunir primitivement.
M. Chénieux a obtenu ce résultat dans un certain nombre d'opérations importantes.
Daniel Mollière, de Lyon, partage la même manière de voir. Quand on est sûr de l’asepsie, il faut, selon lui, abandonner le drainage préventif. Il cite onze amputations de cuisse, toutes guéries par première intention. Sa formule opératoire est la suivante : antisepsie rigoureuse au sublimé, torsion des artères même très volumineuses, pas de ligature, pas de drainage, pansement compressif au coton salicylé.
Les résultats sont aussi décisifs après les amputations totales du sein avec évidement systématique de l’aisselle jusqu’au-dessus de la clavicule. Ici M. Mollière, à la manière des auteurs allemands, supprime la cavité en invaginant dans
(1) Vételel. De la réunion par première intention des traumatismes récents. Thèse de Bordeaux (21 juin 1886).
(2) Coste. De la suppression du drain préventif. Thèse de Montpellier (1° août 1887).
J'aisselle, par une suture profonde, la peau de la région dorsoaxillaire.
Toutefois, le professeur de Lyon ne se passe du drainage qu'à bon escient: il faut qu'il ait, comme il dit, «à travailler dans du neuf»,c'est-à-dire dans des tissus non ulcérés on non infectés par quelque état diathésique.
Les cas nombreux de réunion immédiate sans drainage relatés au Congrès de 1888,ceux communiqués journellement à l'Académie de médecine et à la Société de chirurgie corroborent les assertions que nous venons d'exposer.
Mais l’idée nouvelle ne parvient pas encore à prévaloir, L'opinion se croit en présence de faits heureux, de cas favorables; elle n’adopte pas la tendance de ceux qui, se basant sur la multitude et la diversité des exemples, érigeraient en principe la suppression du drainage.
Dans plusieurs branches de la chirurgie, notamment dans les opérations abdominales, il existe un certain accord. La suppression du drain fut même trouvée avantageuse par la généralité des praticiens réunis en Congrès.
Péan, résumant la technique à suivre dans la néphrectomie, conseille de faire des sutures profondes et superficielles, en se souvenant que le drain n’est pas indispensable.
Trélat se prononce dans le mêmesens, et Lucas Championnière arrive aux mêmes conclusions, mais seulement à propos de la cure radicale des hernies et des ovariotomies. Le drain, comme le démontrentses belles observations ainsi que celles de Segond, Bæckel, Schwartz, etc., est une précaution plutôt nuisible qu’utile.
Dans les plaies abdominales, en effet, toute cavité est effacée, grâce à l’usage de divers plans de sutures perdues au fil de soie ou de catgut; celles-ci, incluses dans les tissus, ne provoquent pas d’inflammation sensible ni ne deviennent la canse d’une exsudation à déverser au dehors. Dans
ces conditions, le drain est un corps étranger qui gêne l’affrontement et détermine de la suppuration le long deson trajet.
De même lemploi du-drain tombe en désuétude dans les opérations plastiques. Mais, ici, des données précises, des moyens bien réglementés ont été décrits pour réunir primi-. tivement. C’est même à cette spécialité plus secondaire que nous empruntons l'élément, grâce auquel la réunion immédiate peut s'effectuer avec une infaillible précision.
Cet élément, imaginé et employé en gynécologie par Werth (1879), est la suture perdue au catgut aseptique (1). Reverdin et Pozzila signalent au Congrès comme le meilleur moyen de rapprocher leslèvres d’une plaie profonde et béante. Ils l'ont appliqué avec grand succès dans la périnéorraphie, Reverdin faisant des points séparés et Pozzi un surjet continu.
Enfin, devant la Société de chirurgie, la question paraît à l’ordre du jour le 13 juin 1888; à l’occasion du travail de M. Rohmer sur la suture primo-secondaire ou réunion primitive retardée. Ce procédé, dû à Jobert (de Lamballe)(1864) et préconisé par Kocher depuis 1882, consiste, pour éviter le drain, à ne lier les fils à suture qu’un certain nombre d’heures après l’opération, c’est-à-dire une fois l’hémostase assurée.
Ce mode de pansement parut compliqué ; on l’accusa de multiplier les chances d'infection en retardant l’occlusion définitive de la plaie. Douze observations présentées par M. Rohmer venaient à l’appui du procédé. Néanmoins, on préféra s’en tenir à la réunion immédiate.
Suivant Lucas Championnière, iln’existe, en dehors des opérations spéciales, aucun fait qui puisse fournir un exemple en faveur de la réunion primitive sans drainage, de préférence à la réunion avec drainage.
1) Küster, de Berlin, au Cougrès des chirurgiens allemands d'avril 1884, étendit la , 2 e) Le] méthode aux plaies d'amputalion,
Par contre, dans la séance du 20 juin 1888, Trélat, partisan déclaré de la méthode qui simplifie les pansements, reconnaît que l’asepsie et l’affrontement exact des surfaces sont les conditions indispensables pour arriver aux meilleurs résultats. et les seules qui doivent être observées. La troisième condition, que l’on croyait si importante, à savoir: la bonne organisation de l'écoulement des liquides, n’est pas nécessaire à la guérison. On peut, on doit même se passer de drain lorsque les surfaces de section sont simples et qu’il n’y a pas de notables détériorations des formes; seules, les plaies rebelles à l'affrontement recevront un tube.
Le plaidoyer de Trélat admettait en somme bien des réserves à la pratique de la réunion totale.J. Bæœckel applique, au contraire, le principe avec une grande rigueur.
Dans la séance du 1° mai 1889, le chirurgien de Strasbourg, après avoir annoncé qu'il renonçait complètement au drainage dans les grandes opérations, cite 33 cas graves ainsi traités et guéris, Il supprime drains, ligatures, parfois même les pinces hémostatiques. Il arrête l’écoulement sanguin par la compression et l’élévation du membre. Son antisepsie est complète, mais aussi simple que possible. Il réunit ses plaies et remplace dans les anfractuosités les drains par des crayons d’iodoforme. Le pansement effectué une fois est très rarement renouvelé.
La communication de Bæckel souleva une vive discussion. L'assemblée témoigna, presque à l’unanimité, de son attachement à l’ancienne pratique. Certes, tous les membres pensent que la suppression du drain est l’idéal à poursuivre; mais Ceux qui au début s'étaient laissé le plus entraîner: Segond, Reclus, Berger, Kirmisson, Terrier, font maintenant de prudentes réserves.
S'ilest des cas, dit Segond, où le drain doit être supprimé, il en est de nombreux où il devient de la plus haute impor-
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tance de drainer. Pour supprimer le drain, il faut exercer sur la région une compression exacte et prolongée, dæ qui n’est pas toujours possible.
Reclus, avec ses affinités à renoncer au drainage, estime qu'il faut une compression très énergique et souvent mal tolérée par le malade. :
Kirmisson a vu des cicatrices, guéries en apparence, se rouvrir plus tard sous l'influence d’une accumulation de sérosité, et il est revenu à l'usage des drains enlevés promptement.
Pour Terrier, enfin, la conservation ou la suppression du drainage ne saurait être systématique ; l’alternative se règle d’après l’imminence de l’infection des tissus.
Quant à Lucas Championnière, il est absolument partisan du drainage et ne fait aucune restriction en faveur de la réunion immédiate totale. Le drainage donne tant de sécurité et a si peu d’inconvénients qu'il n’y a pas lieu d’y renoncer. Tel fut, en résumé, dans la circonstance, le verdict du grand propagateur de la méthode de Lister. |
Cependant l'impulsion donnée à la chirurgie par les progressistes ne s'arrête point. Un certain nombre d’excellents chirurgiens contribuent à propager les idées nouvelles.
À Strasbourg, les succès opératoires de Bœckel ne se démentent pas; à Lyon, Ollier renonce au drainage dans les résections du genou et un grand nombre d’opérations; à Montpellier, M. le professeur Chalot pratique, dans plusieurs cas, la réunion totale, notamment dans la périnéorraphie, la laparotomie et l’extirpation de la glande mammaire.
Dans ce but, il se sert d’un procédé de suture perdue analogue à celui que nous décrirons dans notre chapitre de technique; il choisit, pour antiseptiques, des solutions aussi faibles que possible, se contentant très souvent d’eau bouillie, afin d'éviter une irritation exagérée des tissus et une exsu-
dation consécutive trop abondante, Le catgut destiné aux ligatures et aux sutures subit une préparation spéciale (1), qui a pour but d'éviter la préparation à l'huile phéniquée. Les catguts huilés ont, en effet, l'inconvénient d’être glissants, de faire des nœuds peu solides, et de mal s’imbiber dans les solutions antiseptiques.
Signalons, enfin, la pratique que M. le D Chaput, chirurgien de l'hôpital Laënnec, a exposé, dans un excellent article de la Semaine médicale (mai 1889) sur la réunion sans drainage. Après avoir discuté les avantages et les inconvénients du drain, il conclut à sa suppression, pourvu que les tissus soient sains, aseptiques, affrontés. M. Chaput, pour effacer les cavités, fait des sutures profondes au gros fil d'argent qu'il passe sous toute la surface de la plaie comme dans les périnéorraphies, à l’aide de la grande aiguille spéciale à cette opération. Il cite dix-huit observations favorables à ce traitement.
En définitive, les succès enregistrés de toute part, les faits nombreux d'expérience clinique, le regret exprimé par certains chirurgiens de ne pas oser supprimer complètement le drainage, en raison d’une vieille habitude, tout indique que la pratique chirurgicale subit, petit à petit, l'influence des idées actuelles touchant les procédés antiseptiques et les bénéfices que la thérapeutique chirurgicale doit en retirer.
(1) Voici la formule du catgut préparé par M. Chalot: mettre à baigner 8 à 10 heures dans le Van Swiéten, conserver dans une solution alcoolique de sublimé à 2 p. 1000, additionné de 10 p. 100 de glycérine. :
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