M. DE SACT ET M. LE PASTEUR
et à laquelle on voudrait croire, il se mêle donc uni jeu, un parti pris, et comme une gageure. Ce délicat veut bien respecter l'Eglise, mais il ne veut pas se donner à elle, ni lui soumettre son jugement. Pour Tusage qu'il en fait, en vérité, est-ce bien la peine?
Embrasser l'Eglise et la fronder tout à la fois, proclamer sa puissance et sa divinité, pour lui tirer la langue et lui faire la figue ! Comment ces procédés d'un galopin de lettres peuvent-ils paraître à M. de Sacy démontrer l'amplitude et l'agilité de son esprit? Il s'en enorgueillit; il s'en aveugle même; et c'est avec une sorte de bonne foi ou d'inconscience aussi horrible en quelque sorte que les vilenies de Voltaire mourant, qu'il place Voltaire en regard de saint Paul, et affirme que la fin eflFroyable du philosophe est la mort sereine et admirable d'un apôtre de la justice. Il ne se borne pas à contredire les témoignages humains et à s'en jouer; par un raffinement qui le rend absolument odieux et abominable, il invoque dans ce jeu les puissances divines ; il fait allusion à cette miséricorde infinie de Dieu, promise, il le sait et il le dit, à la sincérité du repentir. Quelle efitonterie! quel blasphème! mais aussi, quelles ténèbres ! et, disons le mot, quelle sottise !
L'homme aux cinq volumes de sermons, ■ Bamboche d*un vénérable académicien. L'orateur le plus goûté de la chaire protestante. Foin des docteurs de l'hérésie I
A quelle Eglise appartient M. Bersier? N'a-t-il pas fait son Eglise ? Son Eglise a-t-elle des dogmes ? Divisions au sein des églises réformées. Orthodoxes et libéraux. Le synode général et l'état des âmes. Leur impuissance k rien croire. Cette impuissance est le fruit de la chaire protestante. Incapacité des âmes qu'elle instruit k connaître la vérité et èi y adhérer. M. Dufaure chargé comme ministre des cultes de créer deux Eglises. Son embarras,
M. Bersier est-il orthodoxe? Libéral? Il communie avec M, de Pressensé et M. Martin Paschoud. Comment M. Bersier ne serait-il pas libéral ? Il collabore au Journal des. Débats où tout le monde est libéral, même M. de Sacy, quand il proclame narquoisement l'infaillibilité de l'Eglise.
M. Bersier correspondant du Journal de Genève. Respect de cette feuille pour l'Eglise. Comment nous avons appris à connaître M. Bersier. Comme il s'accommodait de la Commune. Comme il en a expliqué et interprété les crimes. Sa morale sur l'emprisonnement des religieux et des prêtres. Pourquoi tout est permis contre l'Eglise catholique ? Comment la Commune ne lésait pas la liberté ni n'entravait systématiquement l'exercice du culte catholique. La vérité dite à Genève sur le pasteur. Ses réclamations. On ne voit plus sa signature dans
L^homme aux cinq volumes de sermons. Bamboche d*un vénérable académicien. L^orateur le plus goûté de la chaire protestante. Foin des docteurs de l'hérésie I
A quelle Eglise appartient M. Bersier? N'a-t-il pas fait son Eglise? Son Eglise a-t-elledes dogmes? Divisions au sein des églises réformées. Orthodoxes et libéraux. Le synode général et Tétat des âmes. Leur impuissance k rien croire. Cette impuissance est le fruit de la chaire protestante. Incapacité des âmes qu'elle instruit k connaître la vérité et èi y adhérer. M. Dufaure chargé comme ministre des cultes de créer deux Eglises. Son embarras,
M. Bersier est-il orthodoxe? Libéral? Il communie avec M. de Pressensé et M. Martin Paschoud. Comment M. Bersier ne serait-il pas libéral ? Il collabore au Journal des. Débats où tout le monde est libéral, même M. de Sacy, quand il proclame narquoisement Tinfaillibilité de TEglise.
M. Bersier correspondant du Journal de Genève. Respect de cette feuille pour TEglise. Comment nous avons appris à connaître M. Bersier. Comme il s'accommodait de la Commune. Comme il en a expliqué et interprété les crimes. Sa morale sur l'emprisonnement des religieux et des prêtres. Pourquoi tout est permis contre l'Eglise catholique ? Comment la Commune ne lésait pas la liberté ni n'entravait systématiquement l'exercice du culte catholique. La vérité dite à Genève sur le pasteur. Ses réclamations. On ne voit plus sa signature dans
e Journal de Genève, Uorateur le plus goûté et le moraliste le phis sévère de la chaire protestante de Paris.
Univers, 21 août 1876.
Il resterait à parler de rhomme aux cinq volumes de Sermons, que M. de Sacy a présenté aux lecteurs du Journal des Débats^ prenant de là occasion de faire cette double profession. de foi à l'infaillibilité de l'Église et à la justice de Voltaire qui est une véritable bamboche de la part du vénérable académicien.
Lea sermons dont il s'agit sont hétérodoxes et l'œuvre d'un pasteur protestant. IL est vrai que M. de Sacy, qui n'a pas entendu Torateur, s'est contenté, pour eu parler, de lire un de ses volumes. Pour moi, je n'en ai lu aucun et je n'ai, non plus rien entendu. Si je parle aujourd'hui, c'est que le pasteur est pour moi une ancienne connaissance. Il se nomme Bersier, Eugène Bersier; et,, à en croire M. de Sacy, la chaire protestante n'a pas aujourd'hui d'orateur plus suivi ni plus goûté :
€ C'est même à la demande de ses auditeurs, « dit M, de Sacy avec admiration, que M. Bersier € a fait imprimer ces cinq volumes ! »
Ce peut être vrai. Nous ne jugerons pas le mérite des autres prédicants de la Réforme d'à-
LE PASTEUR MOBALISTE. 243
.près celui de M. Bersier, puisque nous ne connaissons pas ce mérite, ni ne voulons le connaître. M. de Sacy a mis de la pruderie à déclarer qu'il ne fréquentait pas la chaire protestante. A notre tour, de ne pas laisser supposer que nous lisons ses enseignements. Non ! non 1 foin de ces docteurs de Thérésie ! Ils débitent l'erreur, ils prêchent la superstition ; ils parlent sans autorité, sans mandat, sans caractère ; leur œuvre est une œuvre de corruption ; et si nous en disons quelques mots, c'est pour signaler certaines curiosités instructives, que nous ont fait remarquer les éloges hyperboliques de M. de Sacy.
A en croire ce dernier, M. Eug. Bersier est un chrétien très-convaincu, un croyant qui se fait honneur de sa foi, un protestant très-ferme.
« Pas la moindre trace de rationalisme chez lui, « pas la plus légère concession à ceux qui vou- <t draient faire dégénérer le christianisme en une « simple école de morale, et supprimer ce que le « dogme chrétien a de plus choquant pour la rai- « son. 1»
C'est toujours M. de Sacy qui parle. M. Eugène Bersier, lui, s'intitule simplement : pasteur à Paris. Cela est vague. Pasteur de quel troupeau ? de quelle secte^ de quelle chaire? de
quelle doctrine? Pasteur, cela ne dit rien, ou cela dit trop. Ce pasteur est protestant, dit M. de Sacy, mais à quelle réforme appartient-il? Ne surgit-il pas tous les jours des églises?
M. Eug. Bersier n'aurait-il point fait la sienne? J'en serais ravi ; et M. de Sacy, à coup sûr, n'en serait pas fâché. Si M. Eug. Bersier n'a pas fait sa propre église, ne saurait-il dire le nom de celle dont il tient, respecte et enseigne les dogmes? Peut-être M. de Sacy se trompe-t-il? et peut-être M. Bersier appartiendrait à une église qui n'a point de dogmes ? Il en est plusieurs de cette sorte.
Les unes nient directement tous les dogmes enseignés dans la sainte Écriture : la divinité de Jésus-Christ, l'existence de Dieu, la création du monde, le ciel, l'enfer, tout. C'est leur manière d'interpréter les saintes lettres. D'autres, au contraire, retiennent quelques-uns de ces enseignements des Livres saints, mais estiment qu'on les peut nier et blasphémer à l'aise et à cœur joie. Tant pis pour l'ignorant qui se trouve au pied d'une chaire qui enseigne l'athéisme ! tant mieux pour lui, s'il en rencontre une qui proclame la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ !
En ce moment, toutes ces églises réformées sont divisées en deux grandes fractions. Les ortho-
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doxes voudraient réserver au moins quelques-unes des vérités révélées de l'Évangile ; les libéraux déclarent que la liberté d'interpréter est la liberté illimitée de nier, et que cette liberté peut très-cbrétiennement s'étendre jusqu'à la profession déclarée de l'athéisme, du matérialisme, du manichéisme ou du nihilisme ; la chaire réformée, étant érigée pour la libre interprétation, doit soutenir même les docteurs déclarant que Dieu est le mal et rhomme un singe.
La scission entre les orthodoxes et les libéraux paraît complète. Elle s'est accusée surtout au milieu des efforts pour trouver, sinon un point d'union, du moins un lien autoritaire ou doctrinal entre toutes ces divergences. Un ministre des cultes s'est prêté aux rêves des orthodoxes (1). On a cru revenir aux traditions des premiers temps de la Réforme. On a convoqué un synode général. On en sait le scandale. Impossible de s'entendre sur un seul point de doctrine ou de discipline. On a vu, on a touché du doigt l'inanité des prétendues églises réformées. Elles n'existent pas. Elles se composent d'individus qui croient ce qu'ils veulent et qui sont dans l'impossibilité de rendre un témoignage quelconque dWeur foi.
(1) M. Jules Simon,
Rien de désolant et de navrant comme certaines paroles prononcées au synode, et accusant naïvement l'impuissance des âmes à rien comprendre et à rien retenir des vérités chrétiennes. Si les pasteurs, ceux qui, comme M. Eug. Bersier, enseignent et conservent, ou prétendent conserver certains dogmes chrétiens à quoi ils rattachent leur morale ; si ces pasteurs ont une conscience, quelles épourantes, quelles désolations dans leur cœur, en voyant des chrétiens qui ont été baptisés, disentils, se lever au milieu de leurs frères pour déclarer qu'ils appartiennent de nom à l'Église réformée, qu'ils y sont nés, qu'ils en veulent garder et honorer les pratiques et le titre, qu'Us ne voudraient pas en être séparés, mais qu'en conscience ils ne peuvent adhérer à Bucun point, si mince qu'il soit, du dogme chrétien ! Ils sont tombés à l'état intellectuel des sauvages. Ils ne savent ce que veut dire le nom du Christ : ils ignorent l'existence de Dieu ; ils ne trouvent au fond de leur cœur et de leur intelligence que le vide et les ténèbres. Ont-ils des âmes ? N'en n'ont-ils pas ? Com.ment le savoir ? Ils vivent sans prier et sans espérer. Ils ont beau interroger leur conscience, elle répond : — Je ne sais rien, je ne crois rien, je ne vois rien !
On n'a perçu ces révélations douloureuses qu'à
LE PASTJEUR MORALISTE. 247
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travers les comptes rendus, plus ou moins exacts, des séances du synode; l'accent désolé en a retenti dans toutes les âmes honnêtes. Cette ruine, qui s'est accusée en sanglotant, est la plus terrible condamnation de ce que M* de Sacy appelle la chaire protestante. Voilà le fruit de son enseignement. Il s'agit bien des jolies phrases d'un académicien bel esprit qui veut se montrer sous un jour brillant. Il s'agit de la conscience humaine, créée par Dieu, capable de le connaître et de l'aimer! On a eu son témoignage au synode de
Depuis, tous les efforts pour trouver un ressort à cette conscience, pour lui faire donner une adhésion quelconque à son créateur, tous les efforts ont été inutiles. L'incapacité de croire s'accuse dans rimpossibilité de formuler un symbole. Le synode avait essayé un minimum de profession, ou plutôt de déclaration de foi. On est descendu jusqu'à convenir que cette déclaration de foi n'engagerait pas le sentiment individuel; qu'il était superflu d'y adhérer dans le fond de l'âme ; qu'il suffisait d'en entendre et d'en respecter la lecture ; les âmes nourries dans les ignorances et les sophismes de la Eé forme ne se sont pas senties capables de ce respect. Rien ! rien ! Elles ne peuvent convenir
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d'aucune vérité. Elles ne peuvent supporter qu'on en honore et qu'on en proclame une seule !
Les tentatives pour arrêter la scission ont ainsi toutes échoué. Il faut en appeler au ministre- C'est M. Jules Simon qui a cpnvoqué le synode ; c'est M. Dufaure qui va tirer les conséquences des décisions de cette, assemblée. C'est à M. le garde des sceaux de partager et de réunir les deux troupeaux orthodoxes et libéraux. Il ne s'agit de rien moins, pour lui, que de s'essayer à fonder deux églises. Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est Dieu, n'en a fait qu'une. Le diable, il est vrai, es a multipliées à l'infini. C'est dans le fourmillement de ces multitudes que M. Dufaure se trouve embarrassé. On a bientôt dit orthodoxes et libéraux. Qui dira où finit l'orthodoxie et où commence le libéralisme ?
M. Eug. Bersier est-il orthodoxe? est-il libéral ? Si on en croyait M. de Sacy, il n'y aurait pas l'ombre d'un doute. Ce chrétien «très-convaincu, » qui € ne cède rien au rationalisme, > ce c croyant qui se fait Honneur de sa foi, de sa foi absolue, indomptable, àfairepeur », ce «protestant de la vieille roche » enfin ne saurait être qu'un orthodoxe. J'ignore si M. Eug. Bersier serait flatté du compliment. J'imagine que le cœur lui tournerait
quelque peu avant de l'accepter. Il parle bien, lui aussi, quelque part, de sa « foi robuste. » Mais cette foi robuste n'est pour faire peur à personne, pas même à M. de Sacy : c'est la foi au progrès ! Foi bien propre à illuminer les âmes aveuglées par la réforme et à leur communiquer quelque intelligence des lettres divines ! Faut-il s'étonner de la stérilité du ministère des pasteurs? La foi au progrès ne peut être qu'aècommodante pour les libéraux. M. Bersier enibrasse M. de Pressensé que la foi n'étouffe guère. Il célèbre M. Martin Paschoud, illustre dans les églises réformées pour son énergie à proclamer et à maintenir à la chaire protestante le droit de nier publiquement et officiellement la divinité de Jésus-Christ. Puisque M.. Eug. Bersier est collaborateur du Journal des Débats^ d'ailleurs, comment le soupçonner de n'être pas libéral? Tout est libéral au Journal des Débats^ même M. de Sacy quand il fait ses professions de foi narquoises à l'infaillibilité de TEglise!
Le libéralisme comprend tout. Il nie et il affirme en même temps ; et la foi au progrès de M. Eug. Bersier ne saurait le mettre en déroute.
Non-seulement M. Eug. Bersier est un collaborateur un peu forain, peut-être, du Journal des Débats; mais il a été et il est peut-être encore
Nous le jugeons sur ses pièces.
La plupart des lecteurs de Y Univers savent que, pendant la Commune de Paris, celui qui écrit ces lignes était au nombre des rédacteurs demeurés dans la capitale, avec la consigne d'y maintenir le * drapeau. Nous étions assez occupés, et les jouP'naux de l'extérieur arrivaient trop irrégulièrement pour nous permettre alors de remarquer les correspondances expédiées à Genève par M. Eugène Bersier, tous les deux jours à peu près. Il y avait là des appréciations, des jugements, des explications, des récits et des réticences qui, outre cette foi grotesque au progrès dont M. deSacy fait semblantd'avoir peur, dénonçaient toute la morale du pasteur, cette morale qui a enchanté le bon et timide M. de Sacy* Or, voici dans quelles circonstances cette morale nous a frappé et, disons le mot, révolté*
Aussitôt que Delécluze (1) nous eut relevé de notre poste, enmeXtaniYembargo^uT les presses de V Univers ; Si,\i moment où la.Commune agonisait, le cœuT et Tesprit saturés des turpitudes et des infamies dont nous avions été témoin, et contre les-
Delécluze^ membre de la Commune, et le plus dangereux ^ Hrp. des socialistes, a eu au moins le courage de combattre r pour ses folles et odieuses opinions. Le jour où il oir, il supprima (14 mai) VUnivers^ que Pyat et les mt jusque là épargné.
252 DB LA RÉVOCATION DE l'ÉDJT DE NANTES.
quelles, grâce à Dieu, nous avons, jusqu'au dernier instant, protesté de toute notre énerg-ie, nous ne devions avoir rien de plus^essé que de courir où étaient nos intérêts les plus chers.
C'était à Genève. Là, nous avons pris connaissance entière et paisible des incroyables récits que' M. Eugène Bersier faisait, au jour le jour, des événements dont nous avions l'âme remplie. Nous avons ainsi, à l'avance, apprécié la morale, la doctrine, le caractère, la vertu de l'orateur le plus goûté et le plus suivi aujourd'hui de la chaire protestante à Paris.
Ce moraliste sévère, qui, selon M. de Sacy, a pénètre les âmes et ne leur fait grâce d'aucune a peccadille, i> était assez facile et accommodant avec les gens de la Commune ; s*il ne les louait pas, il revendiquait leurs droits. Il réclamait pour eux le titre de belligérants ; et, tout en désirant la concorde et l'apaisement, constatait avec complaisance que la Commune parlait au nom du progrès, — la foi au progrès ! — au nom des libertés nécessaires, au nom de la Révolution et au nom de la Réforme. Il avait bien quelque scrupule ou quelque haut-le-cœur en présence de ces derniers représentants de ses propres ancêtres ; et il trouvait parfois singuliers ces bons apôtres du progrès. 11
savait se contenir, et il imaginait quelque expédient pour ne pas les blâmer trop énergiquement et pour expliquer, jusqu'à un certain point, leurs pires forfaits.
Il trouvait juste la guerre civile, parce qu il fallait bien se défendre contre Versailles : quant à lui, il acceptait patriotiquement les nécessités de la lutte, et savait s'y soumettre sans aigreur. Il les excusait auprès des autres, et il en venait à trouver que les visites domiciliaires étaient justifiées. On sait ce qu'elles étaient : la violation du domicile, le pillage, l'emprisonnement, la mort au bout. Le pasteur ne voyait pas la mort. Le reste lui semblait naturel. < Ces visites, écrivait-il, ont « pour objet de découvrir des dépôts d'armes. > Si elles étaient vexatoires, il fallait en accuser la société de Saint- Vincent, qui « provoquait la Com- <r mune en offirant dix francs pour chaque cbas- « sepot. 7) En conséquence de ce bruit, qu'il enregistre en se gardant de le réfuter, le pasteur trouvait que la Commune avait le droit de vouloir découvrir les dépôts d'armes.
Il faut aujourd'hui rappeler ces détails : ils mon trent dans le moraliste admiré de M. de Sacy un casuiste délié.
Nous avons nommé la société de Saint- Vincent
de Paul, le pasteur n'était indifférent à rien de ce qui toucliait les catholiques et TEglise. Il disait en parlant des personnages de la Commune qu'ils étaient les singes des lions de la Convention. Je crois que c'est le blâme le plus accentué qu'il ait élevé contre eux, et il le formulait pour s'excuser de ne pas flétrir les crimes qu'ils commettaient chaque jour. S'il se fût agi des lions de la Convention d'ailleurs, il se fût courbé devant eux et leur eût baisé respectueusement la crinière, l^ont lui, on ne le saurait comparer à un lion devant TEglise catholique : c'est plutôt le chacal qu'il rappelait. Il n'eût pas voulu mettre la main au carnage ; il se léchait les lèvres en attendant que la proie fût terrassée. Il comptait bien avoir sa part, il la sa* vourait à l'avance.
Ah! monsieur de Sacy, quel spectacle! et de quel intérêt pour un moraliste !
M. Bersier se serait gardé d'applaudir aux assassinats. Il eût signé — peut-être l'a-t-il fait ? — la lettre de M. de Pressensé au sujet de l'archevêque de Paris. Toutefois, la loi des otages, édictée par la Commune, était tout à fait légitime et équitable à son sentiment. Il l'expliquait et la commentait à l'usage de ses lecteurs de Genève : les emprisonnements des prôtresi des religieux et
de l'archevêque même avaient, selon lui, pour unique but d'arrêter les exécutions sommaires que les Versaillais faisaient des prisonniers fédérés. Voilà" la morale de l'orateur le plus goûté de la chaire protestante! voilà sa clairvoyance !
Il ne se possédait pas quand il s'agissait de TEglise. Tout, à ses yeux, était permis et autorisé contre elle. Elle est seule coupable des violences fâcheuses qu'elle peut subir, puisque c'est elle qui crée € Tétat de malaise et d'insécurité de la Révolution ; D et comme il y a ainsi <c entre le catholicisme et la société démocratique moderne un abîme, » le catholicisme ne pouvait avoir droit de se plaindre d'aucune violence exercée contre lui!
Notre pasteur à la morale sévère et plein de respect pour l'Eglise catholique entrait d'ailleurs dans le détail et donnait des justifications admirables de chacune des persécutions exercées contre elle. VaMmBj dont il parlait tout à l'heure, expliquait l'emprisonnement et le bannissement des Frères et la clôture de leurs écoles. A l'aide d'une théorie que nous pourrions reproduire, le pasteur prouvait et établissait que la liberté des familles, non plus que la liberté confessionnelle, n'était pas intéressée à la suppression des écoles et au
âÔ6 D£ LA* BÉVOGATION ])£ L'ÉDIT DE KANTES.
bannissement des instituteurs. Ces deux libertés toujours précieuses aux yeux du pasteur restaient entières. La liberté du culte n'était pas non plus lésée par la fermeture et la profanation des églises.
L'aimable pasteur soutenait que l'exercice du culte n'était pas entravé < systématiquement > à Paris. A peiae dans un ou deux quartiers, la Commune avait-elle réclamé l'usage de certaines églises a en tant que bâtiments municipaux. »
Quand nous lisions ces charmantes choses, ces explications ingénieuses, ces mensonges forcenés et édulcorés, nous avions Tesprit rempli de tout ce que nous venions de voir. Nous avions pris part aux revendications énergiques du petit peuple de Saint-Sulpice disputant sa belle église aux péroreurs des clubs; nous n'avions cessé, dans le journal, de recommander l'énergie aux victimes des visites domiciliaires, les engageant non pas à une résistance impossible, mais à réserver au moins l'avenir en prenant le nom de ceux qui se chargeaient de diriger ces opérations arbitraires; nous avions vu et nous avions enregistré dans nos colonnes les manifestations touchantes et charmantes des enfants des écoles envers les Frères qu'on leur enlevait ; nous avions vu les turpitudes commises dans le^ églises Saint-Laurent et Notre-Dame
des Victoires et dans tant d'autres; nous savions que la plus grande partie des paroisses avaient été profanées, et que les extravagances les plus ignobles et les plus odieuses avaient été débitées dans leurs chaires par des énergumènes des deux sexes. On comprend Timpression que pouvaient nous faire des récits explicatifs et justificatifs.
Le Courrier de Genève nous ouvrit ses colonnes, et nous avons un peu glosé sur le correspondant du Journal de Genève. Nous ne savions pas le degré de gloire où il devait s'élever plus tard; et le respect n'a pas trop contenu notre indignation. M. Eug. Bersier voulut réclamer quelque peu.
La Commune, entre temps, était morte ; il pouvait désormais plus hardiment la condamner. La vérité néanmoins avait été dite sur le pasteur; et je n'ai plus guère vu son nom ni ses initiales dans le Journal de Genève.
Je n'ai pas la prétention de lui avoir, inculqué la réserve ni la modestie. Je ne prétends pas Ty rappeler aujourd'hui. Je neveux pas non plus recommander à M. de Sacy, — un peu naïf peutêtre en tout cela, . — quelque défiance dans ses enthousiasmes de précieux. J'ai cru utile, après avoir réfuté l'académicien, de donner une silhouette du moraliste réformé. Cette silhouette fort exacte,
et dont tous les traits sont emprantés aux propres paroles du pasteur, n'est pas sans intérêt s'il est vrai que M. Eug. Bersier, naguère collaborateur du Journal des Délais et correspondant du Journal de Oenève^ soit aujourd'hui l'orateur le plus goûté, le plus suivi, le plus autorisé et le moraliste le plus sévère de la chaire protestante à Paris.
UN CORRESPONDANT DU JouTYial de Geuèvc
Physionomie et signatures particulières de ce correspondant. Il est pasteur. De quelle Eglise? Son embarras, ses sympathies et sa répugnance au sujet de la Commune de Paris. Son respect du dogme de la propriété. La vue des opérations militaires. Légitimité de la guerre. Foi robuste. Filiation de la Commune. Comment lui dire raca? Faut-il haïr le crime absolument? Un philtre. Ses effets. Le comité de sauve qui peut, oti aspire tout bon membre. de la Commune. La progéniture de Luther et de Calvin. La révolution et l'Internationale. Le césarisme et la Réforme. Lé Syllahus condamne le césarisme qui a toujours été condamné aumoyen âge. Le droit divin entre dans la constitution du pouvoir humain. La religion du foyer de la conscience. Malgré la fermeture des églises à Paris, la célébration publique du culte n'est pas « systématiquement >» interdite. Certaines églises en tantque « bâtimentsmunicipaux». Combien d'églises fermées et profanées au !•' mai 1871 ? Ce qui distingue M. Bersier de M. Rochefort. Les perquisitions domiciliaires et leur objet, La loi des otages et les exécutions sommaires attribuées aux Versaillais, Le carnaval des écervelés et des abominables de la Commune. Les ordres religieux seuls responsables des attentats accomplis & Paris. Etat de malaise de la révolution créé par TEglise catholique. L'alliance entre la société moderne et le catholicisme. Le peuple veut un enseignement laïque. MM. Mottu et Clemenceau ont raison. Tartufe et un pasteur protestant. La liberté des familles et le
caractère confessionnel des écoles. Un pasteur ne saurait louer TEgllse catholique. Un fédéré aimable; son ignorance et son inintelligence. Lesflmes ont-elles droit à la vérité? Les droits du peuple et le don divin. Saint-Just et Tlnquisition. Rossel et son peloton d*exécution pour fusiller les dissidents. Répulsion de la Réforme pour tout ordre dirin. La raison et le moyen de relever la France.
Courrier de Oenève, 23 mai 1870 (1).
Parmi les correspondants du Journal de Oenève^ il en est un dont la physionomie est curieuse. Signe-t-il toutes ses lettres? Celles qu'il signe portent diverses marques, et au nombre des majuscules qui les terminent, on doit reconnaître l'importance que l'auteur attache à ses communications. Tantôt il se contente des deux initiales B. B. Cela n'est point méprisable; le lecteur doit s'en tenir averti. Bug. B. exige un degré de considération de plus; mais si l'auteur écrit JEug. Bersier^ tout bon abonné du Journal de Genève est tenu de lever le chapeau .
C'est surtout quand il insiste sur les doctrines religieuses que M. Eugène Bersier signe intégralement son nom.
Ses correspondances abondent en confidences intimes propres à faire connaître le personnage.
(1) Nous ne croyons pas inopportun de donner dans ce volume l'article dont nous parlions tout à Theure. Il a été publié dans le Courrier de Genève sous le litre que nous reproduisons ici.
UN CORRESPONDANT DU Joumal de Genève, 261
Il est protestant, ministre du saint Evangile et pasteur. Appartient-il àTEglise de Genève? Est il attaché à celle de Paris? Il a son domicile dans cette ville; il est logé dans le quartier des Ternes, où il possède des meubles, des livres, et c une modeste table à écrire. » Il exerce là, autour de lui, son office de pasteur; il prêche, enterre et peut-être émarge au budget de l'Etat monarchique, républicain ou communeux le plus exactement du monde (1). Est-il calviniste-orthodoxe ou calviniste-libéral? appartient-il à quelque nouvelle Eglise libre? Il fait l'éloge de MM. de Pressensé et Paschoud, ministres dissidents, qui nient la divinité de Jésus-Christ et dont l'un, tout au moins, touche le salaire orthodoxe et garde la chaire légale tout en rejetant la doctrine et la discipline.
Si nous lisions plus exactement le Journal de
Genète^ sans doute aucun nuage ne subsisterait
à nos yeux; avec la table à écrire, nous verrions
.la table à manger du pasteur, tout son ménage et
peut-être aussi sa ménagère.
Les numéros des trois dernières semaines, que
(1) Nous avons su depuis que M. Eugène Bersier appartenait alors aune Eglise libre sans aucune relation avec l'Etat; depuis, comme nous le disons plus loin, il s'est rangé à l'Eglise réformée officielle qui lui a gëiiéreusement ouvert son sein.
262 DE lA RÉVOCATION SE l'ÉDIT DE NAI7TES.
nous avons uniquement sous la main, fournissent des détails suffisants à donner une idée précise et précieuse du personnage onctueux et assez perfide, ce semble, qui entretient le Journal de Genève de la Commune de Paris et des affaires de France.
La Commune l'embarrasse. Il ne laisse pas d'avoir des sympathies pour «lie. A Dieu ne plaise, qu'il justifie tous ses actes ! Le pillage, juste ciel ! ne saurait être sanctionné par M. le pasteur Eug. Bersier. La propriété est un dogme, qu'il apprécie. Il n'a pas assez d'anathèmes pour les violences qu'on exerce sur les caisses de la Société générale, ou dont on menace la Banque de France. Maintes fois, il a voulu nier ces actes coupables. Il faisait ses réserves en ne «voulant pas considérer € comme atteintes à la propriété les réquisitions de € maisons faitesen vue des opérationsmilitaires(l).> Les pasteurs sont vraiment tolérants. La vue des opérations militaires efface trop de choses à leurs yeux. Ils ne considèrent pas si la guerre est impie. Toute guerre est-elle légitime î Toute bande a-t-ellele titre de belligérante ? Comment feraient, pour refuser ce titre, les pauvres pasteurs? Ils parlent
(1) Tous [les passages guillemetës sont empruntés textuellement aux correspondances Ju Journal de Genève» Nous regrettons de n* avoir pas conservé la collection de ces numéros pour donner ici la date exacte de chacune des lettres que nous citons.
UN CORRESPONDANT BU Joumal de Genève. 263
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de leur foi, et de leur foi chrétienne. Celui qui pose en ce moment devant nous, se vante d'avoir
c une foi robuste au progrès. » Dédire ce qu'il
entend par progrès, il ne le saurait. Il se jette sur < les aspirations modernes, le droit humain et la « souveraineté nationale. * Rien de tout cela ne peut beaucoup gêner l'Internationale. Il a raison de trouver sa « foi robuste, » puisqu'elle a l'énergie de croire à la légitimité de la guerre que la Commune de Paris fait à la société chrétienne et civilisée. Le protestantisme est l'allié, le précurseur et le père de la Commune, comment lui dirait- il racal
Cette fille scélérate, dont il reconnaît la légitime filiation, scandalise néanmoins le pasteur Eug. Bersier. En dépit de tous les sentiments de tolérance, les citoyens Pyat, Vermorel, Vallès, sans parler des assassins Eudes et Mégy, ni des banqueroutiers, ni des escrocs qui siègent à l'hôtel de ville de Paris, font vilaine figure aux yeux du paisible propriétaire de la modeste table à écrire du quartier des Ternes.
Ce n'est pas qu'un esprit aussi ouvert puisse haïr le crime absolument; au moins lui faut- il pour le condamner certaines conditions qu'il ne croit pas rencontrer bien nettement en ce moment, à Paris.
264 DE LA RiYO€ATION DE l'ÉDIT DE NANTES.
La Commune, aux yeux de M. Bersier, ne renferme que les singes des lions de la Convention. Si Vermorel était lion, Vermorel serait pur (1), et les soupçons de police ne l'atteindraient pas; Mégy et Eudes n'auraient non plus de sang aux mains.
M. Bersier, on le voit, a le goût difficile.
Les membres de la Commune lui répugnent et le charment tout à la fois : c'est TefiFet d'un philtre. Il cherche des circonstances atténuantes; il voudrait croire à la fermeté et à Thabileté de Cluseret ; si on le pressait, il soutiendrait que Dombrowski a du dévouement et de l'énergie ; il ne sait pas ou il ne dit pas que ce généreux défenseur de Paris a tant de confiance dans ses lumières et dans son armée qu'il a éloigné tous les siens de Paris, en attendant de s'éloigner luimême. Le grand souci des chefs actuels du mouvement a toujours été de se mettre en sûreté. De tous les comités qu'ils forment, le comité de Saune qui peut est à leurs yeux le définitif et l'important. C'est à entrer dans ce brave et dernier comité que chacun vise, les uns en briguant les honneurs et les autres^en les déclinant. Pyat et Rochefort, ces deux adversaires irréconciliables, se rencontrent à
(1)0d accusait, dans le parti, Vermorel d*avoir été affilié à la police de i*Empire.
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la même porte, y arrivant par des routes opposées. M. Be/sier a raison : ce ne sont pas des lions.
Cette vile engeance est néanmoins (voilà le philtre!) la progéniture directe de Luther et de Calvin. M. Bersier le sait et le dit. Il n'ignore pas que r Internationale réclapaera aussi cette paternité réformée. Il cherche à dégager des folies et des sauvageries parisiennes la revendication des libertés nécessaires, assure-t-il, qu'ont affirmées le protestantisme et la révolution.
Il aurait besoin d'une érudition historique plus nourrie que la sienne pour démontrer le lien du protestantisme et de la révolution avec les franchises municipales et la décentralisation, dont il se déclare le chevalier. Le césarisme doit tout son triomphe en Europe aux doctrines et à la politique protestantes. Avant Luther, le droit européen avait toujours repoussé la conception païenne et irresponsable du pouvoir que le pasteur reconnaît et respecte, tandis que TEglise, par le Syllabus de Pie IX, la condamne dans ces derniers jours comme elle l'a anathématisée au moyen âge. Chacun garde sa ligne et suit sa tradition. Catholiques, dans la constitution du pouvoir humain, nous reconnaissons un droit divin qui est la garantie des libertés individuelles. M. Bersier n'est
pas de ce sentiment. Pauvre pasteur, il est rempli des ignorances et des préjugés de son Eglise, qui n'en est pas une, qui n'a paqune affirmation à produire, qui en est réduite à « la religion du foyer de la conscience » et ne comprend rien à une religion publique universelle, divine, embrassant cette vie et Tétemité tout entière. Malgré Thonnêteté de sa nature et la politesse de son esprit, M. Bersier en vient, en présence des abonnés du Journal de Genève, à donner la main à des bandits, à des assassins, h des ivrognes, à tous les goujats de la Commune et de la fédération, à tous les adeptes de l'Internationale ; et il essaie de justifier leurs attentats.
Est-il au moins sincère dans les épanchements de son éloquence onctueuse lorsqu'il vient à parler des attentats contre l'Eglise catholique ? La plupart des paroisses à Paris ont été fermées, presque toutes ont été profanées. M. Eugène Bersier déclare et maintient que « la célébration publique du culte « n'a été nulle part systématiquement interdite. ^ La clôture des paroisses emporte-t-elle interdiction de la célébration publique du culte î M. Bersier devrait en convenir ; mais il soutiendra que l'interdiction n'est pas « systématique, > puisque la Commune n'a pas encore osé fermer toutes les
UN CORRESPONDANT DU Joumal de Genève. 267
églises. Le « systématique » seul serait sans excuses aux yeux du pasteur. Il faut Tentendre, lui-même, disserter, disquisitionner et argumenter à ce propos. On n'est pas plus bénin.
« Il est de fait, écrit-il le !•' mai, il est de € fait que Texercice du culte n'a été entravé sys- « tématiquement nulle part. Les prêtres ont pu € chaque jour officier publiquement, non-seule- € ment dans les églises, mais dans les cimetières. € Dans un ou deux quartiers seulement, la Com- « mune a réclamé l'usage de certaines églises, en « tant que bâtiments municipaux. >
Bn tant que bâtiments municipaux est superbe ; cette excuse à la violation de la liberté religieuse est admirable. Si la Commune prenait les hôpitaux < en tant que bâtiments municipaux. » et mettait les malades dans la rue, M. Eugène Bersier n'aurait rien à dire ni au nom de la religion, ni auliom de l'humanité ! « En tant qice bâtiments municipaux > répond à tout : c'est le dernier mot du pasteur. Cet honorable et véridique ministre de l'Evangile ne se contente pas d'ailleurs de cette raison péremptoire; sa parole a des ménagements hypocrites que les abonnés du Journal de Genèi>e ne peuvent soupçonner.
Il écrivait à cette date du !•' mai, noua l'avons
(Ut; et il signalait « dans un ou deux quartiers certaines églises » fermées par la Commune. Or, le 20 avril, un journal que M. le pasteur lit scrupuleusement, nous avons pu le constater, YC/îiivers^ pour l'appeler par son nom, avait dressé une liste de ving^-deux paroisses, plus du tiers des églises de Paris, fermées aux fidèles. Certaines églises, dans un ou deux quartiers!
Les églises fermées sont dans tous les quartiers de la ville, sur les deux rives de la Seine et daps la Cité, au quartier Latin comme au faubourg Saint- Honoré, à la Cliaussée-d'Antin, au Marais, dans les anciens comme dans les nouveaux arrondissements. Faut-il ajouter que, du 20 avril au P"" mai, Y Univers avait encore complété et augmenté sa liste? Le « foyer de la conscience, >» qui est la « religion » de M. le pasteur, n'en a pas été troublé le moins du monde. Faut-il conclure que dans cette religion intime et personnelle et à ce foyer de la conscience, si l'autorité est « librement acceptée, » la sincérité n'a pas un droit de bourgeoisie bien établi?
Le scrupuleux pasteur, dans cette pratique de « la rpligion du foyer de sa conscience, » ne veut pas seulement atténuer le nombre des violences subies par la liberté religieuse. La théologie du foyer de
UN GOPRBSPONLANT BU Joumal de Genève. 269
la conscience va plus loin et accepte comme légitimes les motifs des perquisitions faites dans les maisons religieuses. On sait les cruautés que ces perquisitions ont amenées : la dispersion, l'emprisonnement, les outrages de toutes sortes. Les fureurs populaires ont été surexcitées et déchaînées. Le pasteur tient à être de bonne compagnie et ne dissimule pas son dégoût ; il ne se rallie pas aux monstruosités que Rochefort a reprochées aux dames de Kcpus : il blâme les violences dont quatre-vingt-quatre religieuses ont été les victimes sur la dénonciation d'un impertinent homme de lettres, dont la peur a exaspéré la verve. Toutefois^ M. Eugène Bersier ne peut pas condamner le principe des perquisitions: : a Elles « avaient, dît-il, dans son petit français de Ré- « forme, elles avaient pour objet de découvrir des « dépôts d'armes. i>
Cet objet suffit au correspondant du Journal de Genève^ non pas peut-être pour justifier doctrinalement, mais pour dissimuler historiquement le pillage qui a eu lieu presque partout.
« On disait, écrit-il, et l'on répète encore, ^ « ajoute-t-il, que la société de Saint- Vincent de « Pat^ faisait ofirir dix francs pour chaque chas-
270 PE LA RÉVOCATION DE i'ÉSIT DE NANTES.
c sepot qui lui était livré ; on a donc voulu dé- € couvrir ces dépôts. »
Rien n*est plus simple, et on aurait tort de plaindre les religieux emprisonnés, c Les délégués de c la Commune, dit encore notre moraliste, décla- € rent qu'ils n'ont jamais voulu violer la liberté c religieuse. > M. le pasteur Eugène Bersier se porte, devant ses lecteurs, garant de cette déclaration inédite. Il va plus loin; il explique Temprisonnement des religieux et des ecclésiastiques. C'est € uniquement à titre d'otages, écrit-il à
< Genève, et pour empêcher les exécutions som-
< maires des prisonniers fédérés. » Monsieur le pasteur prétend bien croire à ces c exécutions sommaires > attestées par les membres de la Commune, et la loi des otages lui paraît en conî^équence normale et de bon aloi. Quelle cuisine intime et personnelle à ce foyer de la conscience, où siège € l'autorité librement acceptée ! »
Les derniers actes de la Commune troublent néanmoins cette habile quiétude de l'aimable pasteur; il les trouve quelque peu tyranniques et vexatoires. La poursuite des réfractaires à la . garde nationale lui semble excessive. Malgré < les vues » de la guerre, la carte d'identité est à ses yeux d*une loi moins respectable que celle des
UN CORRESPONDANT DU Jofumal de Genève. 271
Otages. Il redoute même par instants une sanglante et fâcheuse application de cette dernière loi si normale des otages. Ce détail, toutefois, n'ébranlerait pas sa foi , foi robuste, on le sait, dans les aspirations modernes, dans le droit des peuples, dans la légitimité et la justice de cette révolution enfin, où Luther, Calvin et leurs Eglises désunies et s*anathématisant les unes les autres, dépouillées de tout symbole et abjurant toute divinité, communient avec Rochefort, Vésinier, Grousset, Tlnternationale et tout le carnaval d'écervelés et d'abominables, sans science ni conscience, de la Commune de Paris.
Ce carnaval odieux et atroce giirde un côté consolant aux yeux du modeste pasteur, qui se pique d'impartialité envers les ordres religieux. Dans une lettre signée de son nom entier, il constate le dévouement et la piété de ces ordres religieux; et il reconnaît que leurs efforts ont, jusqu'ici, épargné à Paris les proportions effrayantes et le caractère sauvage delà misère de Londres et de Manchester. Néanmoins, et c'est par là que le carnaval communard et révolutionnaire se relève et s'anoblit à ses yeux, les ordres monastiques ont bien mérité le traitement qu'on leur fait subir. Ce sont eux, en effet, qui sont vraiment responsables des
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attentats consommés à Paris contre le suffrage universel. Ils ont, eux, TEglise catholique tout entière, et M. Veuillot en particulier, « créé l'état « de malaise et d'insécurité de la révolution qu'ils € condamnent ; > et comme « le divorce est absolu € et irrémédiable entre les masses ouvrières et le € catholicisme actuel, » celui-ci a le devoir de ne faire entendre aucune plainte, et on ne sau rait violer aucune justice à son égard. Il y a entre lui et c la société démocratique moderne un € abîme! >
Pour maintenir cet abîme, M. Eugène Bersîer accommode quelque peu les faits, A l'en croire, le peuple réclamerait, à Paris, « un enseignement < primaire communal purement laïque. > Notre véridique pasteur ne s'arrête pas aux énergiques et populaires protestations contre l'expulsion des Frères et des Sœurs; il ne songe pas aux émotions du faubourg Saint-Antoine au temps du siège; il ne constate pas la désertion des écoles après l'intronisation violente par la Commune des nouveaux instituteurs pris partout, et des institutrices tirées de Saint-Lazare. Il ne suffît pas d'analyser, il faut citer le discours d'un si brave pasteur.
< Il est donc naturel .et légitime, dit-il exprès-
UN CORRESPONDANT DU Joumol de Genève. 273
« sèment, que le peuple réclame un enseignement « primaire communal purement laïque. Sur ce € point, MM. Mottu (1) et Clemenceau avaient « ipilk fois raison; leur tort était de faire par un « coup d'autorité ce qui eût dû être l'effet d'une « loi librement votée et ménageant les transitions, ff La liberté religieuse de la famille reste d'ailleurs « intacte, et rien n'empêche non plus de créer « partout où cela est possible des écoles libres « d'un caractère confessionnel. >
Ce morceau est parfait, le dernier détail est exquis; Tartufe n'eût pas mieux dit. Il y a longtemps qu'un homme d'esprit soutenait, un soir, devant feu M. Coquerel, que le Tartufe de la Comédie ne pouvait être qu'un ministre protestant, et qu'en tout cas, puisqu'il veut épouser Marianne, il ne saurait représenter un prêtre de TEglise catholique. M. Bersier, qui sans doute a épousé Marianne depuis longtemps, a toutes les allures du personnage de la Comédie : il en a le confit et le consciencieux ; c'est lui qui ne voudrait pas se mettre en colère pour tuer une puce : et le trait, qui réserve a: la liberté de la famille < partout où cela est possible, i» a manqué à Molière.
(1) M. Mottu a eu des malheurs depuis ses gloires du siège et de la Commune. M. Clemenceau est toujours député de Paris«
274 vm LA RéYOGÂTioN Bs l'édit de hautes.
L'hypocrisie religieuse ne pouvait, dans la société encore chrétienne et civilisée du dix-septième siècle, s'afficher avec le front qu'elle montre dans nos sociétés démocratiques et sauvages. Le Tartufe du théâtre n'aurait pu invoquer la liberté intacte de la famille, en annonçant la violation des écoles publiques et privées. Car M. le pasteur Eugène Bersier n'ignore pas ce détail : ce ne sont pas seulement les écoles publiques et communales qui ont été dépouillées de z^caractlTe confessionnel^ conmie il le dit, auquel tient le peuple. Les écoles privées ont été atteintes ; celles de la rue de Grenelle Saint- Germain, celles de la paroisse de Sainte-Clotilde, pour n'en citer que deux, étaient des écoles privées; les Frères et les Sœurs n'en ont pas moins été chassés, malgré les plus énergiques protestations.
Si ces écoles catholiques laissent un c abîme » entre leur enseignement et les pratiques de la société sauvage moderne, dont la Commune est l'expression et l'agent, M. le pasteur ne devrait-il pas les en louer? Tirer de la bouche d'un pasteur protestant un juste éloge de l'Eglise catholique, ce serait la quadrature du cercle; cet acte de sincérité, véritable pierre philosophale, bouleverserait « le foyer de la conscience ï> et y jetterait des flots
UN GoaiLESPOiiDANT DU Joumal de Genève. 275
de vraie lumière capables de transformer les âmes et de les renouveler.
Ce n'est pas seulement les événements de Paris que M. le pasteur Eugène Bersier frelate ainsi pour abuser les lecteurs an Journal de Genève. Les événements de la Suisse ne leur sont pas mieux présentés toutes les fois qu'ils pourraient tourner à rhonneur de TEglise catholique. On sait la con* duite généreuse des Suisses à Tégard des troupes françaises réfugiées sur leur territoire (1). Un des soldats fédérés de la Commune s'applaudissait devant M. le pasteur Eugène Bersier de cet accueil fait aux solJats de son pays et l'attribuait à l'absence descalottins. M. Eugène Bersier connaît son histoire contemporaine ; il n'ignore pas que le canton de Fribourg a reçu dans un seul jour 25,000 réfugiés, qui tous ont eu un lit, et il sait qu'il y a des calottins dans le canton de Fribourg. Peut-être des cantons plus riches que le petit canton catholique n'ont-ils pas agi avec une égale générosité?...
Je laisse cette questioii et me borne à remarquer que M. le pasteur Eugène -Bersier ne s'est pas appliqué à retirer de l'erreur le fédéré aimable et
(1) L*armée de TEst oubliée dans Tarmistice «igné par M. Jules Favre.
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poli dont il parle. Pourquoi? c II écoutait bien, dit le pasteur, mais ne comprenait pas. »
Si un pasteur avait autant de logique que de componction, un pareil areu pourrait le mener loin. Il y a donc des âmes capables de bons sentiments et incapables d'intelligence : où puiserontelles la lumière, dont elles ont besoin et à laquelle elles ont droit comme baptisées et racbetées par le sang de Jésus*Christ, si c le foyer de la conscience, > comme le constate M. Eugène Bersier, est éteint, obscur et froid cbez elles?
Peut-être aussi, aux yeux des pasteurs, les âmes n'ont-eUes aucun droit à cette lumière, à cette vérité, à ce divin auquel nous croyons. Ce divin surtout effarouche M. Eugène Bersier. Ayant vu que M. le comte de Chambord parle des droits de Dieu et de la libefté de l'Eglise, il ne peut contenir son indignation et son trouble. Ces droits de Dieu lui paraissent tout à tait en dehors d'un c langage intelligent et viril. » Un langage c vraiment royal et grand 9 eût été à ses yeux celui qui eût reconnu c franchement les droits des c peuples. >
Il est plaisant, le pasteur. Où puisera-t-il les droits du peuple, s'il ne les tire pas des droits de Dieu? Les droits de Dieu n*impliquent-ils pas
UN CORRESPONDANT DU Joumal de Genève, 277
toute civilisation et toute liberté? La liberté est divine dans ses racines, et ce qu'on appelle le droit naturel est lui-même divin. Où sera la loi juste, légitime, salutaire, qui ne plonge ses racines dans les droits de Dieu ? C'est par Tordre divin que le soleil éclaire et que les arbres donnent leurs fruits. Les sociétés humaines doivent toujours compter avec le divin ; elles en sont pétries, pour ainsi dire; on a beau vouloir le chasser des codes, il est dans les âmes ; il n'y est pas seulement par les qualités qu'on appelle naturelles et qui sont des dons de Dieu, il y est encore par le don perpétuel et quotidien que Dieu fait de 3oi*mème aux âmes .qui le connaissent et qui le goûtent. C'est cette connaissance et cette vie divines qui effarouchent le pasteur Eugène Bersier. Il se scandalise, lui qui se dit et se croit ministre du saint Evangile, et qui parfois a l'air de croire en Dieu, il se scandalise qu'un roi ose parler de religion à son peuple ! A l'ordre que ce beau langage indique, il préfère sans doute les turpitudes, les scandales et les crimes socialistes de la Commune et de Tlnternationale. Il va plus loin : ces crimes, à ses yeux, font ressembler la Commune à TEglise catholique, c Qu'est-ce que Saint-Just, dit-il ? Un inquisiteur retourné. »
Il ne faut pas discuter cette niaiserie. L'écrivain
278 DB lA RÉYOGATIOS VE L BDIT BS HAKTBS.
n'a assurément pas conscience de ce qu'il dit; il suffira de lui ùâre remarquer qu'il Terse avec Tiur quisition dans l'ornière aussi sotte que criminelle où Bochefort a rencontré les lits orthopédiques et les pauvres folles du couvent de Picpus«
Il ne faut pas non plus abuser du renseignement que donne M. Bersier sur le colonel Rossel, ce maniaque abominable qui se vantait d'avoir tout préparé, dans sa cour, pour y faire fusiller, au cas où ils n'auraient pas répondu à son vœu, les chefs des vingt légions de la garde nationale, qu'il avait convoqués sous prétexte de leur demander leur concours! Si de sa c modeste table à écrire > M. Eugène Bersier, dont les mœurs sont douces, approuve et admire cette énergie, est* ce parce que le colonel Bossel est protestant et élève d'un ministre protestant? Le peloton à fusiller les dis^ sidents ne fait vraiment pas mal dans le respect de la liberté des opinions : le bûcher de Servet valait-il mieux?
Il ne faut pas insister davantage sur les sympathies de M. Eugène Bersier pour la Commune, dont il blâme doucement les crimes tout en essayant d'en démontrer la légitimité ; eu résumé^ il applaudit à ces horreurs plutôt que de reconnaître la nécessité d^une loi divine au sein de la société. Cette
UN coRïiESPOîîDANT DU Joumal de Genève. 279
haine du divin, si curieuse chez les ministres du saint Evangile, n'étonnera personne de ceux qui les connaissent ; elle est devenue le signe caractéristique de la prétendue Réforme. Elle se scandalise encore devant les dernières abjections du socialisme matérialiste ; mais cette répulsion, dernier vestige de la conscience, ne peut l'empêcher de les embrasser. Elle sacrifiera la liberté, la propriété, l'existence sociale même plutôt que de reconnaître l'intervention de Dieu et sa vie mystérieuse et éclatante au milieu des sociétés humaines. Les lecteurs du Jâurnal de Genève sont mal renseignés s'ils se fient aux correspondances de M. le pasteur ^ersier. Ils s'abuseront s'ils le croient sur l'accueil fait en France au manifeste du comte de Chambord. Cette parole calme et royale a trouvé de l'écho partout, justement parce qu'elle parle de Dieu et de religion. L'expérience est faite, les résultats sont évidents : la France est perdue, elle s'anéantit et elle disparaît au milieu du crime et de la folie, si elle ne se relève ce qu'elle a été pendant quinze siècles, la fille aînée de l'Eglise, le soldat du souverain pontife, la gardienne et la protectrice tiu Saint-Siège ; c'est la loi providentielle et la raison d'être de notre patrie dans le monde. Le jour où la France rentrera
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dans cette voie, qu'Henri de Bonrbon Im montre et où il l'indte, la liberté repar^tra en Europe, le droit des petits j sera respecté et la civilisation reSearira de nouvean.